On est chez nous, tome 1

Une petite ville du sud de la France à l’aube des élections municipales et à l’aune d’un crime raciste, voilà le sujet de On est chez nous, un album fort de Sylvain Runberg, Olivier Truc et Nicolas Otero.

L’album s’ouvre sur un crime xénophobe. Pendu à un arbre, l’homme porte autour du cou une pancarte avec comme écrit « On est chez nous », slogan des extrémistes de droite du coin.

Thierry Mongin, journaliste, est en reportage à Tarvaudan, une petite ville du sud de la France, tenue de main de fer par un maire d’extrême-droite. Il vient couvrir la campagne des municipales.

L’assassinat raciste bouleverse la donne. Son rédacteur en chef insiste sur la couverture de cet événement tragique. Têtu, Thierry continue d’interroger les habitants, les réfugiés dont le défunt fait partie ou les soutiens extrémistes du maire. Ce dernier voit d’un mauvais œil, le parachutage de Chloé Vanel, voulu par le parti. Un caillou dans sa chaussure…

A l’image du film du même nom réalisé par Lucas Belvaux, On est chez nous décrypte avec justesse les mécanismes du pouvoir sous l’extrême-droite. Sylvain Runberg et Olivier Truc imaginent cela sous le prisme d’une ville du sud de la France, un terreau fertile pour cette mouvance xénophobe. L’histoire est simple et percutante.

Des élections municipales, un fait-divers tragique qui glace le sang et un journaliste non-désiré dans la commune et l’on obtient un cocktail explosif.

Comme dans Infiltrés, le précédent album d‘Olivier Truc et Sylvain Runberg qui se déroule au Danemark dans les milieux extrémistes, ils fondent leur récit sur des figures connues du FN/RN, sans les nommer.

Tristement d’actualité, On est chez nous n’oublie ni la haine de l’autre, ni les groupuscules (nervis) fascisants, soutenus par les barons locaux. Les intimidations ou la parole qui ne se cache plus sont aussi au cœur de l’album.

Comme pour Hayange, les bénévoles associatifs voient leurs travaux à destination des plus pauvres mis à mal. Le centre social, fermé, la faute à des crédits municipaux en baisse. Ce lien n’existe plus. Sans compter tous les malheurs qui serait du aux réfugiés. On est chez nous est donc fait de tensions multiples (trop) proches de la réalité, malheureusement.

Restent l’optimisme et une lueur d’espoir notamment par les anciens employés du centre social ou les deux journalistes moins sensationnalistes que leurs collègues.

Pour accompagner le duo de scénaristes, Nicolas Otero réalise un belle partie graphique. Le dessinateur du merveilleux Morts par la France dévoile des planches très sobres afin de ne pas casser le propos fort de l’album. De la retenue, pour ne pas perturber la lecture.

A la fin de ce premier opus, le lecteur retrouve un dossier de Jean-Claude Camus, précis et intelligent.

Article posté le jeudi 26 septembre 2019 par Damien Canteau

On est chez nous de Otero, Truc et Runberg (Robinson)
  • On est chez nous, tome 1 : soleil brun
  • Scénaristes : Sylvain Runberg et Olivier Truc
  • Dessinateur : Nicolas Otero
  • Éditeur : Robinson
  • Prix : 14.95€
  • Parution : 4 septembre 2019
  • ISBN : 9782017044468

Résumé de l’éditeur : Une BD fiction-documentaire sur l’implantation de l’extrême droite dans le sud de la France.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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