Mercredi

Notre avis : Un quartier d’une ville comme il en existe des millions en Europe, vit, bouge et permet aux habitants de se croiser ou échanger. Ces anonymes sont brillamment mis en lumière dans Mercredi, un très beau roman graphique de Juan Berrio aux éditions Steinkis.

Délicat de résumer Mercredi sans en dévoiler le schéma narratif d’une grande originalité à l’instar de Vive la marée de David Prudhomme et Pascal Rabaté (Futuropolis) pour les lecteurs qui connaissent cet œuvre. Moderne et d’une grande fraîcheur, le récit de Juan Berrio magnifie les anonymes que l’on peut croiser dans nos quartiers. L’auteur espagnol leur permet de se croiser et d’échanger même s’ils ne connaissent pas. Le geste de l’un peut donc avoir des conséquences sur la vie de l’autre. Malgré tout, leurs relations sont toujours saines, sans anicroches ni méchanceté.

Ce monde rêvé et idyllique est porté par une excellente partie graphique dans la veine de la ligne claire et des auteurs comme Dupuy & Berberian, Avril, Loustal, Clerc ou Torres. D’une élégance rare, son trait est d’une grande expressivité.

  • Mercredi
  • Auteur : Juan Berrio
  • Editeur : Steinkis
  • Prix : 15€
  • Parution : 11 mai 2016

Résumé de l’éditeur : Un mercredi comme tous les autres, l’aventure du quotidien… Des voisins, un quartier, une ville. Des vies qui se croisent et se décroisent, les fils invisibles d’une toile que Juan Berrio, avec son trait limpide, nous fait voir dans tous ses détails. Parce que nos routines peuvent être aussi passionnantes qu’un roman policier. Et parce que le quotidien peut avoir quelque chose de merveilleux.

Bart is back

Notre avis : Découverte par la publication de la série Les paresseuses ou de L’Iliade et l’Odyssée, l’auteure française Soledad Bravi imagine les 9 vies de Bart, un chat revenu d’entre les morts dans le très bon Bart is back, un album Denoël Graphic.

L’auteure a eu connaissance d’un drôle de fait-divers qui s’est déroulé en 2015 à Tampa en Floride. Alors que Bart, un petit chat fut écrasé dans un accident de voiture et après avoir été enterré dans le jardin de son propriétaire, il ressortit de sa tombe, cinq jours plus tard, tel un mort-vivant. Surnommé Zombie Cat par la population, l’animal va connaître de multiples vies sous les pinceaux de Soledad Bravi.

Dès que sa voisine apeurée vit Zombie Cat, elle se précipita pour le câliner mais soudain dans un élan de folie, il la dévora. Il fit de même avec une petite fille et d’autres personnes. Dans un premier temps, les journaux faisaient de leurs gros titres d’un serial killer de 46 ans ne pensant pas que cela était possible de la part d’un gentil félin. La vie de Bart changea. Rebelle, il dévora à tour de pattes. Son physique défiguré faisait peur à tout le monde…

S’essayant à la description des relations animal/humain, Soledad Bravi livre un petit album teinté d’un petit humour agréable. Il faut souligner que ce dernier repose sur une cruauté féroce et décomplexée. Tels les Rodeurs de Walking dead, ce chat n’hésite jamais à croquer de la chaire fraîche. Ce gentil chat pas du tout choupinou est à mille lieues de ceux rencontrés dans les mangas japonais vénérés dans ce pays hormis ceux du Journal de Junji Ito (Delcourt).

  • Bart is back
  • Auteure : Soledad Bravi
  • Editeur : Denoël Graphic
  • Prix : 14.50€
  • Parution : 11 mai 2016

Résumé de l’éditeur : L’épopée en 9 vies de Bart le Zombie Cat s’inspire d’un fait divers survenu en 2015 : à Tampa, Floride, un chat enterré depuis cinq jours est sorti de sa tombe à la stupeur de son propriétaire. Les médias se sont empressés de le surnommer Zombie Cat. Partant de là, Soledad imagine le destin de ce félin indestructible. Un destin fait de pulsions de liberté sans cesse contredites par les réalités du monde. C’est violent et lucide, avec une sorte de happy-end, of course , il faut toujours une happy-end. L’éternel recommencement, le cycle de la vie, est à ce prix.

Les 9 derniers mois (de ta vie de petit con)

Notre avis : Cookie Kalkair raconte les 42 semaines qui ont précédé la naissance de Léon son fils, dans Les 9 derniers mois (de ta vie de petit con), un album très drôle et décalé sur ces moments intimes avec sa compagne.

Artiste français vivant à Montréal, Cookie Kalkair dévoile sans pudeur ni filtre ces 9 mois de la gestation de sa femme. Ces aventures loufoques ont été publié dans un premier temps sur son blog http://9dm.tumblr.com/tagged/chrono/chrono .

Ainsi, il détaille semaine par semaine, tel un carnet de bord, les affres de la paternité mais aussi les moments délicats, tendres et forts avec sa compagne. Le lecteur a même l’impression que Cookie grandit en même temps que le petit Léon grandit dans le ventre de sa maman. Mais surtout, il détaille ce moment si fort où il dira au revoir à sa vie d’adulescent, de couple sans enfant à l’arrivée du bébé (les nuits très courtes, le vomi et les couches à changer).

Avec force folie et une dose énorme de dérision, il décline ces instants magiques de la gestation : de l’annonce à la maternité, en passant par le secret à garder, les médecins, les émotions qui se décuplent, le sexe, les avis et les conseils des autres, le ventre qui grossit, les rires et les pleurs.

La partie graphique est aussi folle que le récit, c’est à dire un trait vif, simple et lisible agrémenté de couleurs flashy extra-pop. C’est frais, c’est rigolo, c’est à offrir aux futurs papas ou jeunes parents ! (voir ici notre Top 10 des BD à offrir à de jeunes parents, dans lequel Les 9 derniers mois de ta vie de petit con pourrait entrer)

  • Les 9 derniers mois de ta vie de petit con
  • Auteur : Cookie Kalkair
  • Editeur : Les Arènes
  • Prix : 15€
  • Parution : 11 mai 2016

Résumé de l’éditeur : Les 9 Derniers Mois (de ta vie de petit con) raconte les 42 semaines si particulières qui précèdent la naissance d’un enfant vu par les yeux de son père. qui n’est pas encore prêt à un tel changement. Réalisé sous la forme d’un guide, semaine après semaine, l’auteur raconte ses découvertes, ses doutes, ses petits bonheurs et comment il a réussi à faire grandir en lui un futur papa opérationnel. Loin des guides classiques du parfait papa, ici les échographies et les rendez-vous médicaux cohabitent avec Star Wars, X-Men et les leçons de vie tirées du Seigneur des Anneaux.

Le bonheur occidental

Notre avis : Suite de petites histoires courtes quasi-autobiographiques, Le bonheur occidental est un recueil signé Charles Berbérian édité par Fluide glacial.

Cet album de 96 pages est composé de courtes histoires déjà parues dans différents revues comme Le Tigre, Lapin, lemonde.fr, New-Yorker, Impossible, Télérama ou encore Les Inrocks. Charles Berbérian se met donc en scène dans l’ensemble de ces mini-récits, entouré de personnages plus loufoques et décalés les uns que les autres. Il tourne en ridicule toutes ses élites auto-proclamées, qui font de l’entre-soi et qui se congratulent. Ceux sont les marchands d’art, les éditeurs, les politiciens ou les gens de la finance.

Duo inséparable de Philippe Dupuy avec lequel il a imaginé de merveilleuses histoires Le journal d’Henriette, Monsieur Jean ou Journal d’un album et Grand Prix du Festival d’Angoulême en 2008, Charles Berbérian a choisi de continuer seul sa carrière, comme son ancien comparse. Ainsi, avec Le bonheur occidental, il peut donner la pleine mesure de son talent notamment graphique. Parce que si le dessin est toujours aussi intéressant, aérien, d’une grande fluidité, dans la veine de la ligne claire (François Avril, Chaland, Philippe Petit-Roulet, Daniel Torres ou Serge Clerc), les scénarios ne sont parfois pas à la hauteur. Alors qu’ils devraient nous faire rire – ou en tout cas sourire – certains tombent à plat.

S’il s’égratigne, par une belle auto-dérision, on referme cet album avec une pointe de déception, restant sur notre faim. Dommage, on attendait plus de ce formidable auteur !

  • Le bonheur occidental
  • Auteur : Charles Berbérian
  • Editeur : Fluide Glacial
  • Prix : 17€
  • Parution : 18 mai 2016

Résumé de l’éditeur : Comme une suite à Boboland qu’il aurait menée sans son compère Dupuy, afin, on le comprend à la lecture, de plonger plus profondément dans sa propre histoire (Berberian a grandi en Irak et au Liban). Charles se met en scène en auteur Bobo un peu désabusé, malmené par son éditeur qui lui demande de produire « mainstream ». Il s’agit-là d’un patchwork ou plutôt d’une vue calidéoscopique alternant autofiction, illustrations pleines page totalement bluffantes, « nouvelles du monde », mais aussi des apparitions surréalistes de nos dirigeants impuissants, dépassés par les événements. Berberian parle depuis le centre du monde, à savoir le Canal St Martin. Il s’agit d’une vision du monde bobocentrée désabusée et ironique. Le livre se termine sur les attentats de novembre 2015. C’est un ouvrage ultra-personnel, inclassable, riche, drôle, triste… magnifique et majeur.

Les raisins sauvages

Notre avis : Afin de rendre la vue à sa cousine, une petite gardeuse d’oies part vers la montagnes pour y cueillir Les raisins sauvages. Ge Cuilin et Wu Jinglu dévoilent un très beau conte chinois illustré aux éditions Fei.

Au cœur de la Chine, une petite fille gardeuse d’oies vit dans la ferme de ses parents. Décédés, elle est recueillie par sa méchante tante, qui lui refuse l’intérieur de la maison. Il faut dire qu’elle est jalouse de ses beaux yeux contrairement à sa propre fille qui est aveugle.

Un jour, en colère, sa tante lui frotte les yeux avec de la chaux. Ce terrible geste lui fait perdre aussi la vue. La petite fille se rappelle alors une histoire racontée par sa maman : il existe des raisins sauvages aux caractéristiques médicinales qui permet à celui qui en mange de recouvrer la vue. Elle décide alors de partir à leur recherche en haut de la Montagne…

La première version des Raisins sauvages fut écrite en 1956 par Ge Cuilin et mis en image par Lu Buqing. Avec le succès, de nombreux autres artistes chinois illustrent alors d’autres versions jusqu’à aujourd’hui. Pourtant l’auteur apprécie plus particulièrement celle proposée par Wu Jinglu en 1985. Trente ans plus tard, le duo décide de retravailler ensemble : la scénariste reprend son texte tandis que le dessinateur retravaille ses planches. L’album est alors publié en 2012 aux éditions de La Chenille en Chine et en France par Fei cette année sous un format 22*21 avec une très belle couverture cartonnée cousue.

Ce très beau conte traditionnel chinois plonge le jeune lecteur – à partir de 4 ans – dans une petite aventure faite de quelques obstacles. Le récit de Ge Cuilin est construit comme une belle quête initiatique où l’héroïne frêle, rejetée par sa tante et orpheline va se muer en une fillette courageuse aidée par des oies. Avec bravoure, elle se rend sur la montagne, récupère les raisins et fait le bien autour d’elle. La partie graphique douce et chaleureuse est magnifiquement mis en image par Wu Jinglu. Son dessin au stylo rétro des années 50-60 fait encore merveille aujourd’hui.

  • Les raisins sauvages
  • Scénariste : Ge Cuilin
  • Dessinateur : Wu Jinglu
  • Editeur : Fei
  • Prix : 14.90€
  • Parution : 06 mai 2016

Résumé de l’éditeur : Dans un lointain village chinois, il y a très longtemps, vivait une jolie petite fille, gardienne d’oies. Elle chérissait ses oies qui étaient ses seules amies. Elle avait perdu ses parents toute petite, il ne lui restait pour seule famille que sa tante. Cette dernière avait une petite fille du même âge qui avait perdu la vue. Jalouse, elle jeta du sable dans les yeux de sa nièce. Un très beau conte traditionnel chinois, magnifiquement illustré par Wu Jinglu en 1975.

Poptropica, tome 1 : Le mystère de la carte magique

Notre avis : Trois enfants en ballade en montgolfière se retrouvent sur une île déserte après que leur pilote un peu fou les ai dérouté. Jeff Kinney, Jack Chabert et Korry Merritt dévoilent le premier volume de Poptropica, une série BD Kids.

Deux montgolfières naviguent dans les airs. Dans la première, Oliver, Mia, Jorge et leur pilote Octavien; dans la seconde, la mère de Jorge. Alors qu’un orage se prépare, le pilote des trois amis change d’attitude, déroute leur engin volant et les fait passer par dessus bord. Avant de tomber, Mia arrache sans le vouloir son sac et récupère une carte.

Les trois enfants se retrouvent alors sur une île déserte où gambadent des dodos – oiseaux qui ont disparu depuis des siècles – mais surtout des vikings et un drôle de drakkar…

Avant d’être une série dessinée, l’univers Poptropica est un jeu vidéo en ligne créé par Jeff Kinney, auteur américain notamment de la série à succès Le journal d’un dégonflé. Pour ce premier volume, il s’est adjoint les services de Jack Chabert pour le scénario. Lui aussi, est auteur de plus de 25 livres mais surtout il est le game-designer de Poptropica. Le duo de scénaristes livre ici une belle histoire où ils mêlent habilement la magie, le fantastique, l’aventure et l’humour. Même si le postulat de départ – des enfants sur une île déserte n’est pas très original – ils parviennent un peu à accrocher leur jeune lectorat. Si l’humour est présent par Jorge, le garçon un peu bête et qui aime manger, on ne peut pas dire qu’il soit très dévastateur au point où l’on soit plié en deux.

Néanmoins l’apport d’Octavien, un pilote complètement fou et dangereux, ainsi que celui des vikings, donne un petit souffle agréable au récit. Du côté graphique, Korry Merrit s’en sort plutôt bien. Ses personnages tout en rondeur sans nez lui permettent de bien travailler leurs expressions. Les décors eux sont a minima, dommage.

  • Poptropica, volume 1 : Le mystère de la carte magique
  • Scénaristes : Jeff Kinney et Jack Chabert
  • Dessinateur : Korry Merritt
  • Editeur : BD Kids
  • Prix : 11.50€
  • Parution : 06 avril 2016

Résumé de l’éditeur : Oliver, Mia et Jorge profitent, le nez au vent, d’une ballade en montgolfière… jusqu’à ce que l’orage les engloutisse. Un orage magnétique très spécial, car les enfants se retrouvent soudain au-dessus d’une île couverte de végétation tropicale ! Où est passée la campagne qu’ils viennent de quitter ? C’est à ce moment-là que le pilote, Octavien, les fait passer par-dessus bord. Après s’être réceptionnés tant bien que mal dans les ramures des cocotiers, les enfants se rendent compte qu’ils ont réussi à lui dérober une carte de l’île. Mais une carte magique ! Elle leur permettra de faire face à une avalanche de révélations fracassantes : l’île est couverte de dodos, une espèce disparue ; un drakkar est caché sous le sable de la plage ; son équipage, assoiffé de sang mais extraordinairement idiot, rôde dans la forêt… Les enfants vont tâcher de lui échapper et, surtout, de comprendre pourquoi Octavien les a embarqués dans cette… dans ce drakkar !

Damned master #1

Notre avis : Les phénomènes paranormaux sont au cœur de Damned master, le nouveau manga des éditions Komikku, signé Uni et Shu Katayama. Alors qu’il entre à l’université, Uni croise la route de son « maître » en occultisme et découvre ainsi que nous sommes entourés d’esprits vagabondant sur Terre.

Depuis sa plus tendre enfance, Uni possède le don de voir les fantômes. Jusqu’à présent, il n’a jamais trop osé le clamer sur tous les toits, de peur que les autres le prennent pour un fou. Mais tout cela change, le jour où il entre à l’université et rencontre un jeune diplômé en art bouddhique. Curieux, il écoute les histoires qu’il peut raconter et décide de l’emmener dans un endroit qu’il adore : un restaurant. Là, Uni a les oreilles qui sifflent, ne se sent pas bien mais surtout découvre avec stupeur qu’il peut voir des jambes de fantômes. C’est ainsi qu’il se rend compte qu’il n’est pas le seul à posséder ce drôle de don.

C’est à partir de ce moment, qu’il a commencé à l’appeler « maître ». Un jour, chez lui, il observe que des revenants peuvent entrer facilement sans que cela ne le perturbe. Pas étonnant, il ne ferme pas à clef son modeste appartement !

Avec actuellement trois volumes parus au Japon chez Fatabasha, Damned master est un véritable succès dans ce pays. Adapté bientôt en série live et en anime, le manga de Uni et Shu Katayama démarre en douceur. Il faut souligner que proposer une histoire sur le paranormal, le surnaturel et l’occultisme est plutôt une bonne idée. Au départ, le scénariste avait écrit des histoires courtes sur internet et décida alors de les compiler en romans. Avec sa dessinatrice, il les déclina alors en manga.

Si le suspens est bien évidemment présent, on ne peut pas dire que Damned master soit très haletant. La faute peut-être à un manque de véritable horreur sanguinolent. Ce premier volume, qui est plutôt une mise en place de la série possède néanmoins un charme fou notamment grâce à un humour distillé avec parcimonie – pas le gros humour visible dans les shônen – mais un humour apporté par le héros principal dans ses énervements. Le lecteur a donc un petite impression de manque – peut être est-ce voulu par le scénariste – et aimerait néanmoins en connaître un peu plus sur cette série car elle possède un potentiel énorme. Du côté graphique, Shu Katayama rend une très belle copie. La mangaka, auteure de la série Dragon fist, fait la part belle aux personnages – les décors étant vraiment a minima – grâce à un trait enlevé très moderne. On notera le soin apporté aux scènes avec les fantômes dans un cadre noir pour les pages et une trame très maîtrisée.

  • Damned master, volume 1
  • Scénariste : Uni
  • Dessinatrice : Shu Katayama
  • Editeur : Komikku
  • Prix : 7.90€
  • Parution : 28 avril 2016

Résumé de l’éditeur : Tout droit sorti de sa campagne, Uni est intrigué par les légendes urbaines et phénomènes paranormaux. À son entrée à l’université, il rencontre un jeune étudiant qui deviendra son « Maître » en la matière… Au fil de son initiation, il enchaîne les expériences extra-ordinaires qui vont changer sa vie. Avec « Damned Master », découvrez les ténèbres les plus sombres que ce monde puisse vous offrir. Un titre plein de mystères qui mêle surnaturel, occultisme et horreur !

Journées rouges et boulettes bleues

Notre avis : Journées rouges et boulettes bleues conte l’histoire de François, père de deux enfants – qui doute de sa vie d’homme – dans une maison du bord de mer, entre enquête policière, rapports délicats avec sa femme et son fils aîné en pleine adolescence. Ce beau roman graphique est signé Rémy Benjamin, Cyprien Mathieu et Olivier Perret aux éditions La boîte à bulles.

Quand vient l’heure des vacances, toutes les familles sont heureuses. Toutes ? Pas réellement celle de François, quadragénaire avec ses deux fils – Kévin en pleine période de l’âge ingrat, désagréable et renfermé et Baptiste petit garçon bien vivant qui aime par dessus tout Hermione sa chienne – qui débarquent à Ramiolles, un village du Sud de la France.

Après des bouchons à n’en plus finir, ils arrivent dans une belle maison de la station balnéaire où François a passé de nombreuses vacances plus petit. Au téléphone, fréquemment, il a sa femme qui repousse son arrivée. Y aurait-il des tensions dans le couple pour qu’elle ne voyage pas avec eux ? Entre les engueulades avec son épouse, la plage et les râles incessants de Kévin, Hermione vient de disparaître, ce qui plonge le benjamin de la famille dans une immense tristesse…

Belle tranche de vie familiale entre ses rires et ses pleurs, Journées rouges et boulettes bleues plonge le lecteur dans un très beau mélodrame. Entre l’usure du couple, la vision d’une ancienne camarade de vacances et ses deux fils qui le perturbent, le pauvre François ne sait plus où il en est; il sent sa vie lui échapper. Le scénario de Rémy Benjamin et Cyprien Mathieu semble simple au premier abord mais en fait est composé de nombreuses portes d’entrées et met en scène des thématiques contemporaines universelles : l’amour, l’amitié, la crise de la quarantaine; le tout mâtiné par une enquête policière autour des chiens qui disparaissent et sont même retrouvés mort.

Si le récit flirte avec ceux de Etienne Davodeau, il n’égale pas le maître de la chronique sociale. N’empêche que l’on passe un bon moment de lecture grâce à un grand soin apporté à la personnalité complexe des personnages principaux et même secondaires.

La partie graphique confiée à Olivier Perret est elle aussi très réussies. Accompagné aux couleurs par Rémy Benjamin, l’auteur de Un jour sans elle (Ankama) ou D’air pur et d’eau fraîche (La Boîte à Bulles) dévoile des planches d’une belle qualité notamment dans les décors provençaux mais aussi sur les portraits des protagonistes.

  • Journées rouges et boulettes bleues
  • Scénaristes : Rémy Benjamin et Cyprien Mathieu
  • Dessinateur : Olivier Perret
  • Editeur : La Boîte à Bulles, collection Hors-champ
  • Prix : 19€
  • Parution : 06 avril 2016

Résumé de l’éditeur : Après des heures de bouchons interminables, François et ses enfants – Kévin, l’adolescent renfermé et Baptiste, garçonnet plein d’amour pour sa chienne Hermione – arrivent enfin à Ramiolles, village du Sud de la France où ce père de famille passait jadis ses vacances.

Un village tout ce qu’il y a de plus paisible pour des vacances qui auraient dû l’être tout autant. Mais la tranquillité de leur séjour se trouve rapidement compromise. Non seulement par les rapports houleux entre François et sa femme, Clara, qui tarde à les rejoindre, mais surtout par la soudaine disparition d’Hermione…

D’autant plus qu’elle n’est pas le seul canidé du coin à manquer à l’appel et que François se voit rapidement soupçonné. Dépassé par ses fils, excédé par sa femme et troublé par son amie d’enfance, François se retrouve pris dans une tourmente qui le dépasse…

 

Tokyo ghost # 1 : Eden atomique

Notre avis : Que sera la Terre dans quelques décennies ? Les Hommes seront-ils tous hyper-connectés ? Seront-ils tous accros aux nouvelles technologies ? Rick Remender et Sean Murphy tentent d’y répondre dans le premier tome de Tokyo Ghost, un début de saga d’anticipation très intéressant aux éditions Urban Comics.

2089, sur la Terre. Tous les Hommes ont succombé à l’hyper-connectivité et à l’ultra-technologie. Ce mode de vie est à la fois écrasant, leur seule préoccupation mais aussi le seule fenêtre vers la liberté. Parmi eux, il y a Let et Debbie, employés de la Flak Corp – une agence de sécurité – le premier consacre sa vie aux technologies quant à la seconde, elle est une zéro tech, c’est-à-dire qu’elle n’a aucun lien avec cette hyper-connectivité.

Les deux collègues décident d’effectuer une ultime mission, celle de partir pour Tokyo, un lieu vierge de toute technologie; un monde tech-free qui semble résister à la mode du moment. Cela permettra-t-il à Let de se débarrasser de son côté addictif ?

Accro aux comics, Rick Remender dévoile un premier volet de Tokyo Ghost, plutôt plaisant et bien écrit. Le scénariste de Black Science plonge le monde dans un univers où la technologie a pris le pas sur l’Humain et les sentiments. Pour incarner son histoire, il met en scène Let et Debbie, différents mais complémentaires et amoureux. Cherchant l’eldorado – un ailleurs meilleur – leur quête sera parsemée d’embûches et leur feront vivre des aventures où les affrontements seront légion.

Déclaration d’amour à Mad Max 2 – le long métrage culte réalisé par George Miller – Rick Remender flirte aussi du côté de Jugde Dredd ou 13 assassins. Par son premier volume de saga, il essaie de réfléchir à notre dose quotidienne d’internet et d’autres objets connectés, notre volonté de connaître toutes les informations mais aussi notre soif de divertissement. De plus, il confie : « Ce qui m’intéresse dans cette thématique, c’est l’idée que tous les accros de notre monde moderne doivent s’appuyer sur un proche pour tenir le coup. » Ainsi Debbie semble être la bouée de sauvetage de Let, sa dernière chance pour ne pas sombrer corps et âme dans ces mondes virtuels. « Elle est le Jiminy Cricket de Led, toujours sur son épaule à essayer de l’orienter dans le bon sens […] ».

L’ambiance sombre est bien restituée par Sean Murphy, plus à son aise dans la seconde partie de l’album, à partir du moment où il met en scène Tokyo. Les personnages sous influence japon médiéval sont alors extrêmement pensés et réussis. Agrémentées de sublimes couleurs de Matt Hollingsworth, les planches du dessinateur de The Wake sont agréables à l’oeil.

  • Tokyo Ghost, volume 1 : Eden atomique
  • Scénariste : Rick Remender
  • Dessinateur : Sean Murphy
  • Editeur : Urban Comics, collection Urban Indies
  • Prix : 10€
  • Parution : 29 avril 2016

Résumé de l’éditeur : L’archipel de Los Angeles, 2089. L’Humanité est devenue totalement accro à la technologie. Créer le buzz est désormais l’unique motivation d’une population tenue dans une dépendance virtuelle et asservie par un gouvernement ouvertement criminel. Et vers les criminels se tournent-ils lorsqu’ils doivent faire appliquer leur loi ? Led Dent et Debbie Decay sont le bras armé de ce pouvoir corrompue et leur prochaine mission les emmènera en plein coeur des Jardins Préservés de Tokyo, bien au-delà de l’influence de leurs commanditaires.
Contenu : Tokyo Ghost vol.1 : Atom Garden (#1-5)

Azolla

Notre avis : Azolla, jeune femme, se sent de plus en plus abandonnée par son compagnon, de plus en plus absent. Entre rêves et réalité, elle va laisser son corps vagabonder afin de retrouver sa liberté. Karine Bernadou conte cette histoire fantastique muette dans Azolla aux éditions Atrabile.

Dans une très belle demeure au bord de l’eau, vivent Azolla et son mari. Tous les jours, elle l’attend patiemment, voyant les heures défiler. Lui aime la chasse et être à l’extérieur, tandis qu’elle, elle s’occupe de la maison et des tâches ménagères. Femme amoureuse, elle sent pourtant qu’elle est abandonnée par celle qu’elle chérit. Alors qu’il partait toute la journée, il commence à être absent même les nuits.

Se posant de nombreuses questions sur son couple, elle divague, délire et rêve d’une vie meilleure. En désordre dans sa maison comme dans sa tête, elle s’évade par des songes oniriques parfois lumineux mais souvent très sombres…

Sans aucun texte ni dialogue, le récit de Karine Bernadou va surprendre agréablement plus d’un lecteur. A partir d’un constat simple – une femme abandonnée, triste et à la vie si ronronnante – elle va décliner  l’histoire d’Azolla comme un très beau conte fantastique. Ses envies de changement vont l’entrainer dans un monde onirique, foisonnant de plantes, d’animaux et de créatures étranges au gré de ses rêves, et même dans les bras d’autres hommes. Les peurs, les manques et l’amour – en un mot : la vie – sont magnifiés par une belle partie graphique. Le trait à l’aquarelle de l’auteur de Canopée (Atrabile) ou La femme toute nue (Sarbacane) impressionne. Son découpage rythmé est proche des films d’animation – extrêmement important puisqu’il n’y a pas de dialogue – et quasi cinématographique.

Azolla : belle fable fantastique à la fois crue, violente mais ambitieuse !

  • Azolla
  • Auteure : Karine Bernadou
  • Editeur : Atrabile, collection Ichor
  • Prix : 23.50€
  • Parution : 13 mai 2016

Résumé de l’éditeur : Seule dans sa demeure, bien trop grande, bien trop vide, Azolla vit des heures sombres; l’être aimé est parti et l’attente est longue, trop longue… Oubliée, Azolla, abandonnée, ou pire? Que peut-elle faire quand l’espoir lentement s’amenuise et que des rêves bien sinistres envahissent ses nuits… Se diviser, se multiplier, ou, comme une irrépressible faim devenue femme, se transformer en mangeuse d’hommes? Karine Bernadou nous plonge ici dans un univers ouvertement fantastique, un univers où réalité et rêve se percutent et se mélangent sans cesse, un monde dont les tenants et les aboutissants se prêtent bien plus aux interprétations qu’aux explications. Bien que dénué de texte, le livre se lit et se vit avec une intensité folle, et cela grâce au travail impressionnant réalisé par Karine Bernadou – un travail à l’aquarelle, non seulement incroyablement efficace dans sa narration, mais d’une recherche et d’une beauté formelles subjuguantes – on ne plaisante pas!

Notre père

Notre avis : Très beau témoignage d’amour filial, Notre père est un ouvrage illustré par Thisou où elle décrit son enfance entre la force de son géniteur et son amour pour la Vierge Marie. Délicat et d’une belle sensibilité, l’auteure dévoile ses difficultés pour trouver sa place entre ses deux figures qui écrasent.

Thisou, jeune auteure, raconte son quotidien de petite fille en Belgique aux côtés de son père, fort, protecteur et travailleur, qui voue un culte à la Vierge Marie. Pas très étonnée par cet amour envahissant, elle doit se contenter de trouver sa place dans cette famille très chrétienne. Elle se demande néanmoins pourquoi il aime tant cette femme à travers sa statuette ayant les mains jointes et en couleurs. Elle décrit aussi les messes, les robes de pratiquantes, l’hôtel ou le curé; elle avouera même que la mère du Christ est plus belle que la sienne.

Pourtant dans cette famille avec un modèle très patriarcal, elle ne se plaint pas, apprécie sa vie de petite fille. En effet, à aucun moment on ressent de la tristesse. Au contraire, elle décline des petits moments de son enfance qu’elle a adoré comme le jardinage avec son père.

Thisou Dartois, auteure namuroise, dévoile un petit ouvrage proche de la broderie – elle dessine et compose ses textes directement sur du tissu comme le fait aussi Aurélie William Levaux (Sisyphe les joies du couple ou encore Le verre à moitié vide, Atrabile) – ce qui lui permet de proposer des pages d’une très grande originalité où les couleurs sont absorbé par la matière. Plus étonnant, elle parle d’elle et de sa famille mais à aucun moment le lecteur ne voit de personnages à part la Vierge. Des oiseaux, des animaux, le Christ, des robes… mais pas de silhouettes humaines.

Enseignante en illustration dans la fameuse école Saint-Luc de Bruxelles, Thisou joue avec malice et grande intelligence avec les mots tels des haïkus ou de petits textes versifiés, mêlant habilement plusieurs notions en même temps. Cette prière à son père – beau message d’amour – ressemble à ces petits missels que l’on trouve dans les églises. Etonnant mais ô combien fascinant !

  • Notre père
  • Auteure : Thisou
  • Editeur : Frmk, collection Flore
  • Prix : 11€
  • Parution : 11 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Enfant, Thisou a observé timidement son père, un homme impressionnant, dont la colère pouvait sidérer, mais qui expliquait aussi le monde. Son père qui savait décrire le bruit causé par le hérisson, la nuit, et connaissait le nom des arbres. Un homme pieux et exigeant, auprès duquel il n’était pas facile de trouver sa place. Alors sa fille a regardé, minutieusement, tout ce dont ses sens pouvaient se saisir, palliant ainsi la difficile expression au sein de sa famille. Elle a enregistré les plis du pantalon paternel, le cliquetis des épingles de sa mère en train de coudre, la répétition des motifs d’une robe. Échappant ainsi à l’austère vie quotidienne, l’enfant a vu se révéler tout un monde de formes, de couleurs et de sensations, la promesse d’une vie plus pleine s’offrir.

Colt frontier

Notre avis : Colt frontier est la quarante-quatrième ouvrage des éditions Mosquito concernant Sergio Toppi. Dans la veine des précédentes publications, le lecteur (re)découvre les récits westerns du maître italien. Dans ce recueil, l’auteur de Sharaz-De imagine :

  • Amiral au rencard (1983). Au milieu d’une forêt canadienne, un ancien officier vit en ermite. Sa seule visite, c’est celle de Wilson le chasseur d’ours qui lui apporte des vivres tous les mois. Un jour après venue, un jeune homme rôde autour de sa cabane…
  • Une visite pour John Colter (1983). John Colter possède une vieille barque où il fait du troc. Un jour, un indien vient échanger des peaux contre des cartouches mais le vieil homme entourloupe le pauvre indien. Avant de partir, ce dernier le menace de représailles…
  • Katana (1988, histoire en couleurs). Jedediah Mc Coy est un vieux chasseur d’or qui n’a pas beaucoup de chance : non seulement, il trouve rarement le précieux minerai et il lui une manque une main mangée par un grizzly. A la place, il en arbore une mécanique. Après quelques recommandations, il prend la route à la recherche d’un filon…
  • Répondez à ma question (1983). Un détrousseur de chercheurs d’or attend son heure. En effet, après un ultime vol, il est arrêté et jugé : il encourt la peine de mort. Pourtant, il semble innocent…
  • La rage de vivre (1976). Deux hommes marchent péniblement vers le Sud après le chavirage de leur canoé. Quasiment affamés, ils errent comme des morts-vivants. Lorsque l’un d’eux se blesse à la cheville, l’autre ne l’attend pas et l’abandonne…

Quelle riche idée, les éditions Mosquito ont eu de rééditer l’œuvre de Sergio Toppi ! Comme pour ses autres publications, elles ont pris un grand soin dans ce beau travail de mémoire : la couverture et la mise en page sont de grande qualité. Encore une fois, le lecteur pourra admirer avec émerveillement le talent graphique de l’auteur italien. Ses planches en noir et blanc sont sublimes et rares sont les dessinateurs qui peuvent tutoyer cette excellence. En plus de ces pages enchanteresses, le lecteur découvre un excellent conteur d’histoires où souvent les « blancs américains » n’ont pas le beau rôle, souvent seuls en ermite ou voleur, ils vivent chichement. On retiendra alors plus particulièrement les histoires Katana, Une seule fois dans la vie et La rage de vivre comme petites pépites narratives.

  • Colt frontier
  • Auteur : Sergio Toppi
  • Editeur : Mosquito
  • Prix : 14€
  • Parution : 05 mai 2016