Big John Buscema

Vision, Les Avengers, Wolverine ou Conan le barbare, tant de séries à succès mises en image par le grand John Buscema. Florentino Florez dévoile Big John Buscema, une magistrale biographie de l’immense dessinateur de comics américains.

AVANT LES ANNÉES DE DESSINATEUR

Né le 11 décembre 1927 à Brooklyn aux Etats-Unis, fruit de l’union de Giovanni – italien d’origine – et Rosario, Giovanni Natale Buscema fut rapidement appelé Johnny puis John.

La famille vécut dans le quartier de Red Hook sans vraiment connaître la pauvreté. Elle ne roulait pas sur l’or mais grâce à son père, infatigable travailleur, elle ne connut pas les temps de disette.

Dès son plus jeune âge, John aimait dessiner – le Popeye de Segar, qu’il n’arrivait pas vraiment à copier – puis découvrit Superman et La torche humaine grâce à son voisin vers 12 ans. Par la suite, à la bibliothèque de son quartier, il observa avec une grande émotion les peintres classiques : Michel-Ange, Rubens ou Toulouse-Lautrec.

En bande dessinée, il découvrit pêle-mêle Tarzan, Prince Valiant, Flash Gordon ou Terry et les pirates dans les quotidiens ou suppléments du dimanche.

UN PROFESSEUR COMME DÉCLIC

Un de ses professeurs reconnut en lui un immense talent de dessinateur, notamment en regardant les portraits de boxeurs que John réalisait et qu’il vendait pour 25€ pièce. Encouragé par l’enseignant, le futur grand dessinateur suivit les cours de la High School of Music and Art de Manhattan. Ces années lui permirent avant tout de mieux apprécier l’art dans tous les disciplines. Il apprit surtout à dessiner seul, en autodidacte en observant pendant des heures The Human Figure, un livre de John H. Vanderpoel.

Se rêvant en peintre, il entra dans le petit cercle du comics en répondant à une annonce du New York Times. Là-bas, il fut reçu par l’immense Stan Lee. Il confiera d’ailleurs : « Alors je suis rentré chez moi, et j’ai dit à mes parents que j’avais ce boulot à 75 $ par semaine. Je voyais bien qu’ils étaient contents pour moi mais pourquoi est-ce qu’il dansaient de joie ? Et soudain, j’ai réalisé que je n’étais plus à leur charge, financièrement [rires] ».

LES PREMIERS PAS DANS LE COMICS

C’est en 1948, à 21 ans, que John Buscema intégra l’équipe de Timely Comics (futur Marvel Comics). Au 14e étage de l’Empire State Building, il fit la connaissance de grands anciens comme Carl Burgos (Human Torch), Mario Acquaviva ou George Klein.

Sa première publication – qui a été la plus difficile à faire de sa carrière – fut Crime kidnapping ! Victim Abraham Lincoln ! pour le Crime Fighters n°4 (de novembre).

Il multiplie les histoires dans tous les genres possibles, du western au polar, en passant par le suspense ou l’histoire d’amour ; produisant plus d’un page et demie par jour ! Puis, il est licencié, comme tous les membres de l’équipe après un an et demi de salariat.

Il poursuivit alors dans d’autres revues comme Ace Comics ou Quality Comics mais en ne gagnant que 30 à 35 $ par page. C’est pourquoi, il accéléra sa cadence de production.

C’est aussi la même année qu’il rencontra Dolorès, sa futur femme, âgée à ce moment-là de 19 ans. Il l’épousa en 1953. Ensemble, il emménagèrent alors dans le Queens et y vécurent cinq années.

Il travailla ensuite pour les adaptations en comics de longs métrages (Four color comics – Dell) : Opération requin, Les vikings ou Spartacus, qu’il considérait comme « l’un des meilleurs comics que j’ai jamais faits ».

STAN LEE FAIT DE NOUVEAU APPEL A LUI

Alors que Spartacus (1960) est sa dernière publication, il connaît un vrai ralentissement de sa carrière. Pendant six ans, il s’éloigna des comics et travailla même pour la publicité dans la Studio Chaite (communiqués de presse, chemin de fer, couvertures de livres ou pub pour la télévision).

En 1966, Stan Lee le rappela, avec un contrat et des conditions financières plus avantageuses encore. Mieux, il pouvait travailler de chez lui. Avec lui, les anciens revinrent (John Romita, Gene Colan). Ce sont des années de bouleversement très fastes au niveau créatif chez Marvel : Hulk et Thor par Lee & Kirby, Spiderman par Ditko, mais aussi Les Avengers, Ant-Man, Iron Man, Dr Strange ou les X-Men.

Buscema s’inspira alors des travaux de Jack Kirby et prendra alors la suite du King pour certaines de ses séries : Silver Surfer.

Il fit ensuite la connaissance du scénariste Roy Thomas et débuta des épisodes des Avengers jusqu’en 1972 avec lui.

JOHN BUSCEMA : BOURREAU DE TRAVAIL

La vitesse d’exécution de John Buscema est véritablement l’un de ses points forts. Capable de fournir 7 à 8 pages par jour !, il enchaîne les épisodes de nombreuses séries (par exemple, pendant l’année 1980, il dessina plus de 1000 pages!). Soit il crayonnait et encre lui-même, soit il faisait appel à des encreurs comme son frère Sal ou encore Tom Palmer qu’il appréciait énormément.

Etonnament, il travaillait avec une pendule au-dessus de son bureau pour contrôler le temps passé sur une case. Si le temps imparti était écoulé, il passait à la suivante. Etonnant encore, il dessinait avec sa planche sur les genoux, légèrement relevée et non sur une table (sauf s’il encrait).

En plus de son travail avec Roy Thomas sur les Avengers, il continua de collaborer avec Stan Lee, qui soulignera «Un des choses que j’aimais chez le grand John, c’était que je n’avais pas besoin e perdre du temps à écrire des synopsis pour lui. Il grommelait toujours au téléphone : «Pas la peine de m’envoyer un script écrit, Stan, je déteste perdre mon temps à les lire. Dis-moi ce que tu as en tête. Je m’en souviendrai »».

Pour Avengers, il eut l’occasion de créer un grand nombre de personnages : Man-Ape, Red Wolf, Tiger-Shark, Mephisto, Typhon ou Valkyrie. Mais il aimait aussi énormément Vision (octobre 1968) qu’il fera entrer dans la grande famille des Vengeurs.

Viennent ensuite Sub-Mariner, Silver surfer après Kirby, The Amazing Spider-Man ou Fantastic Four toujours après Kirby.

En 1970, avec Roy Thomas, ils créèrent Conan le barbare, un véritable phénomène. En effet, après avoir dessiné Ka-Zar (scénarios Stan Lee) sorte de Tarzan peu civilisé, John Buscema attaqua Conan. Après son frère Sal, l’encrage fut confié à Barry Windsor-Smith puis Ernie Chan. L’originalité des récits et la force des dessins en fit une série à succès dès le départ.

BIG JOHN BUSCEMA : MERVEILLEUSE BIOGRAPHIE

Sans conteste l’une des plus belles biographies éditées par Urban Comics (Jack Kirby, the King of Comics ou Marc Davis, anatomie d’une légende) Big John Buscema est un chef-d’œuvre sur l’un des maîtres du comics américains. 328 pages de bonheur, des analyses très fines, beaucoup de citations de Buscema mais aussi des gens qui l’entouraient (sa femme, Stan Lee ou Roy Thomas), des croquis, des recherches et des planches restituées pleine page !

Florentino Perez a effectué un travail colossal pour réunir dans un même livre toutes les richesses de John Buscema. Et pour 39€ (ce n’est pas cher), tout grand amateur de comics se doit de posséder Big John Buscema dans sa bédéthèque !

Article posté le lundi 02 octobre 2017 par Damien Canteau

Big John Buscema de Florentino Florez (Urban Comics) décrypté par Comixtrip
  • Big John Buscema
  • Auteur : Florentino Florez
  • Éditeur : Urban Comics, collection Urban Books
  • Prix : 39€
  • Parution : 08 septembre 2017
  • ISBN : 9782365776349

Résumé de l’éditeur :  Souvent considéré comme l’un des piliers de l’industrie des comics, John Buscema a contribué à redéfinir de nombreuses séries devenues cultes aujourd’hui. Des Avengers à Conan en passant par Wolverine ou le Surfeur d’Argent, ce beau-livre illustré, soutenu par une iconographie rare et spectaculaire, rend hommage à son oeuvre. Un must-have pour tout fan de Buscema, de super-héros ou d’illustration.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir