Les fantômes d’Ermo

Orphelin, Ermo rejoint la troupe d’un magicien qui parcourt l’Espagne des temps très troubles de la Guerre Civile. Bruno Loth dévoile Les fantômes d’Ermo, une magnifique fresque historique aux accents fantastiques à La Boîte à Bulles.

LES RÊVES DE VOYAGE D’ERMO

Juillet 1936, dans une petite ville du Sud de l’Espagne. Ermo et ses deux amis vivent dans les rues. Le jeune garçon, orphelin, est heureux : Sidi Oadin, le magicien, est en ville. Une représentation sera donnée le soir même. Il décolle une affiche, la glisse sous sa chemise et se met quête de récolter de l’argent pour y assister. Le tronc de l’église du village fera l’affaire.

Accueilli par une jolie jeune fille, Ermo s’installe au premier rang. Choisi par le magicien, il doit monter sur scène pour un tour. Sidi découvre même l’affiche volée. Malgré quelques remontrances, cela ne refroidit pas le jeune garçon qui décide de se cacher dans une malle et de partir à l’aventure avec la troupe.

UN PAYS SOUS TENSION

La roulotte accrochée au camion, les membres de la troupe rallient la ville voisine mais ils ne sont pas très bien accueillis. Il faut souligner que l’Espagne est sous tension depuis quelques temps : les troupes phalangistes, aidées de l’Eglise Catholique, tentent d’imposer le pouvoir dictatorial de Franco sur l’Espagne mais font face aux Républicains, désireux de maintenir la démocratie.

Ainsi Sidi Oadin tente de parlementer avec le maire de la commune pour pouvoir installer son chapiteau. Malgré les réticences infondées du curé, la troupe donne une représentation privée pour l’édile, les milices et ecclésiastiques le soir même. Au passage, Ermo est découvert mais le magicien le couvre en expliquant qu’il fait aussi partie du spectacle.

LA TROUPE EST ARRÊTÉE

La nuit tombée, les numéros s’enchainent. Le jeune orphelin doit aussi monter sur scène. Il se met à chanter divinement bien. Sur la chanson suivante, sa voix déraille et il fredonne L’Internationale. S’ensuit une gigantesque bagarre entre les membres de la troupe et les phalangistes. Sidi et ses amis sont arrêtés, ligotés et emmenés dans le palais du Gouverneur qui les emprisonne…

LES FANTÔMES D’ERMO : TRÈS BELLE FRESQUE HISTORIQUE

Très belle fresque historique de Bruno Loth, Les fantômes d’Ermo plaira de suite aux amateurs du genre mais aussi ceux qui souhaitent découvrir la Guerre Civile espagnole. Publié la première fois par les éditions Libre d’image (créée par l’auteur lui-même) sous la forme de 6 albums (entre 2006 et 2013) et vendu à 25000 exemplaires (un exploit pour des albums auto-édités !), la Boîte à Bulles a vraiment eu la riche idée de proposer de nouveau cette série sous forme d’intégrale.

L’auteur de Dolorès (La Boîte à Bulles) imagine une très belle histoire en Espagne dans les années 30. Moment de tensions fortes, ce premier volume met en lumière les affrontements sanglants entre les troupes de Franco et les Républicains. Pour incarner cette Histoire avec un grand H, il met en scène Ermo et une petite troupe d’artistes qui vont être pris dans le tourbillon des révoltes contre le Caudillo. Plutôt enclin aux idées anarchistes et révolutionnaires, Sidi va donc rejoindre la lutte armée (son camion servira à la fameuse colonne Durruti qui combat à Barcelone).

Très documenté,  Les fantômes d’Ermo bénéficie de tout le talent de conteur de Bruno Loth qui mêle une histoire à la Grande Histoire. Il porte un regard éclairé sur le rôle des anarchistes dans le conflit mais brosse aussi un portrait au vitriole des Phalangistes qu’il montre parfois comme des crétins (voir le curé sadique et un peu trop proche des enfants).

UNE HISTOIRE MATINÉE DE FANTASTIQUE

Le discours de l’auteur de Mémoires d’un ouvrier (La Boîte à Bulles) est profondément optimiste et empli d’humanisme. Alors que ses héros de papier sont des anarchistes, il met en lumière leurs valeurs de partage, de solidarité et leur loyauté en la démocratie.

Il mâtine son histoire de fantastique en choisissant d’incarner les parents d’Ermo sous forme de fantômes qui l’aident et le protègent, le sortant tout le temps de mauvaises postures. Ainsi son récit est porté par cet équilibre de la violence du conflit et la légèreté de ses revenants. Le petit garçon représente aussi la pauvreté, les enfants orphelins des rues, ceux des combats armés mais aussi la perte d’innocence et la grande maturité de ces jeunes désorientés.

Comme pour Mémoires d’un ouvrier, Bruno Loth met en lumière les idéaux révolutionnaires et anarchistes dans Les fantômes d’Ermo. A lire !

Article posté le vendredi 25 août 2017 par Damien Canteau

Les fantômes d'Ermo 1 de Bruno Loth (La Boîte à Bulles) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Les fantômes d’Ermo, intégrale 1/2
  • Auteur : Bruno Loth
  • Editeur : La Boîte à Bulles
  • Prix : 25€
  • Parution : 23 août 2017
  • IBAN : 9782849532805

Résumé de l’éditeur : Orphelin des rues rêvant d’aventures et d’horizons lointains, Ermo rejoint, à l’été 1936, la troupe du magicien Sidi Oadin qui parcourt l’Espagne en roulotte. Le jeune garçon ne se doute pas que ce voyage s’avèrera plus mouvementé et dangereux que prévu car le pays bascule peu à peu dans la guerre civile. À peine arrivés dans une première ville en Andalousie, Ermo et ses compagnons se retrouvent confrontés à la montée en puissance du fascisme qui cherche à renverser le pouvoir en place. Il faudra à Ermo du courage, de l’inventivité et l’aide – effective ou fantasmée ? – de ses défunts parents pour tirer la troupe de ce mauvais pas. Malgré tout, l’Histoire s’est mise en marche avec ses sanglants dégâts collatéraux. Bien vite, le petit groupe rejoint les factions anarchistes et la colonne du célèbre Durruti pour défendre la cause du peuple espagnol. Ainsi, de Barcelone à Saragosse, hommes et femmes espagnols s’entraident et résistent tant bien que mal, tandis que le jeune Ermo tente de conserver son innocence…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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