En attendant Une nuit à Rome 3 – Acte 1 –

En 2018 sortira la suite d’Une nuit à Rome avec le troisième tome de ce qui constituera un nouveau diptyque. Avant de retrouver les personnages attachants de Jim qui sont Marie et Raphaël, l’auteur nous fait partager les coulisses du bouclage de l’album. La 94e et dernière planche fraîchement achevée, Jim peut maintenant se concentrer sur les retouches et corrections comme l’atteste la vidéo ci-dessus.

1/ Lors de notre précédente rencontre en janvier, tu nous confiais avoir réalisé la moitié de l’album Une nuit à Rome 3. Où en es-tu aujourd’hui ?

Jim : Par je ne sais quel miracle, je viens d’achever la dernière planche avec 4 mois d’avance sur mon planning. J’ai trouvé l’astuce pour passer pour un héros à ses propres yeux, se faire un planning très très large. Ainsi, il est tenable, on ne se sent pas continuellement en retard, et par exemple en juillet août, été oblige, je m’étais dit que j’avancerai très peu, ne me programmant en objectif que 5 planches pour les deux mois. Hors, tout excité d’avancer, j’ai dû faire dix planches par mois…

2/ Comparativement au premier diptyque, as-tu atteint une « vitesse de croisière » avec cette histoire ou au contraire t’es tu mis plus de pression en raison du succès de ce titre ?

« Dès le départ, je voulais peaufiner l’album et ne pas devoir tenir une date coûte que coûte »

Je savoure un petit luxe, je ne mets pas la pression sur les délais. Ça a été le deal avec l’éditeur (Bamboo -Grand Angle-) dès le départ, je voulais peaufiner l’album et ne pas devoir tenir une date coûte que coûte. L’éditeur est parfait car il a joué le jeu, et j’ai la chance de travailler des scénarios de longs métrages à côté. Ainsi, je travaille sans obligation de « tomber de la planche » pour vivre, j’essaie de revenir au côté amateur dans le sens de plaisir. Et comme les paginations sont importantes, 94 planches ici en l’occurrence, tout cela prend un peu de temps et s’est étalé sur un an et demi. La vitesse de croisière était constante, environ 4 à 5 planches par mois, ça s’est juste emballé à la toute fin. Je savais exactement ce que je racontais (souvent je me laisse de la place pour l’improvisation), du coup j’ai moins zigzagué, là j’ai pu avancer en ligne droite. Ce qui n’étais pas désagréable du tout (rires) !

3/ Peux-tu nous raconter le moment de la confection de la dernière planche ? Comment une telle journée se passe-t-elle ? Comment se sent-on à cet instant précis ?

« S’il reste des devoirs de vacances à faire, j’ai le sentiment d’avoir le bac en poche ! »

C’est encore un sentiment lié à l’enfance, cette impression d’une montagne franchie, d’une vraie étape. C’est un peu la fin de l’école, on se sent fin juin début juillet, les cours sont terminés ! Mais en réalité, je sais que je n’ai pas du tout fini le livre. Je réécris une partie des dialogues après coup, je retouche les dessins sur les couleurs, en refais quelques uns… Bref, s’il reste des devoirs de vacances à faire, j’ai le sentiment d’avoir le bac en poche ! La journée en elle même n’est pas très spectaculaire, elle ne diffère pas des autres. On sait que la première planche et la toute dernière seront les plus regardées par les lecteurs, alors on essaie de ne pas trop se louper…

Jim partage son travail sur Une nuit à Rome 3 (Bamboo) quelques mois avant sa sortie - décrypté par Comixtrip le site BD de référence

Case représentant Marie dans Une nuit à Rome 3/Jim (éd. Bamboo).

4/ À ce moment-là, as-tu envie de faire une « pause » pendant quelques jours ? Prendre du recul avant de gérer les nouvelles échéances qui arrivent ?

Ah non non, en vérité dès le lendemain j’attaquais des corrections textes. Mais c’est vrai que je suis parti une semaine en vacances, et je rentre très vite pour me remettre au travail. Je vais chez mon éditeur une semaine après, et j’aimerais peaufiner un peu l’ensemble pour qu’il ait le temps de lire avant qu’on se voit, et recueillir ses impressions.

5/ Désormais quelle est la prochaine étape ?

Je crois que je suis un traumatisé de mon premier album La Teigne. Personne ne captait grand chose au récit. Du coup maintenant, et c’est une méthode très employé en cinéma, je fais l’équivalent de projections-tests pour recueillir la perception des gens, leurs attentes, leurs déceptions, ce qui marche, ce qui marche moins. Ce sont des lectures, j’envoie l’album à des amis proches, à des gens de la profession, et à des lecteurs que je ne connais pas (par le biais de mon blog le plus souvent).

Ce qui m’intéresse, c’est d’anticiper les défauts qu’on pourrait percevoir, et retravailler en fonction. En vérité je n’en fais qu’à ma tête, et je ne prendrai en compte que les remarques qui me parlent, mais je sais que quand l’album sortira, il aura inévitablement des défauts ici et là. J’essaie de les éviter au maximum avant qu’il soit imprimé.

Donc je retravaille les textes sur l’album entier, je fais lire à une douzaine de personnes, je retravaille. En parallèle, Delphine (sa coloriste et épouse, ndlr) avance les couleurs, et je reprends les pages une à une pour retoucher dessin et couleurs. Et je fais des couvertures. J’aimerais n’en faire qu’une, mais souvent j’en fais une bonne dizaine, histoire d’avoir le sentiment de ne pas trop me louper.

Jim partage son travail sur Une nuit à Rome 3 (Bamboo) quelques mois avant sa sortie - décrypté par Comixtrip le site BD de référence

Recherche de couverture pour Une nuit à Rome 3/Jim (éd. Bamboo)

 

« Faire une nouvelle page, c’est toujours une certaine pression, maintenant le travail est plus minutieux, mais plus simple. »

La semaine prochaine, ce sera une semaine retouche de texte + recherches couvertures. Et à vrai dire, je prends plaisir aux deux, car c’est voir l’album avancer, se peaufiner, approcher de sa forme définitive… Faire une nouvelle page, c’est toujours une certaine pression, maintenant le travail est plus minutieux, mais plus simple…

Et dernière chose, en parallèle je prends des notes pour le tome 4. Je ne l’attaquerai pas tant que le 3 ne sera pas achevé, mais il n’empêche… étant plongé avec les personnages, j’ai des bouts de dialogues qui viennent, des scènes possibles qui apparaissent, en désordre. Je note tout ça. Ainsi, quand je débuterai le tome 4, j’aurai le sentiment qu’une première partie du travail est déjà là, comme par magie (rires) !

Article posté le lundi 11 septembre 2017 par Mikey Martin

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Originaire de Charente-Maritime, il débarque sur Poitiers il y a 17 ans et s'installe avec sa compagne juste en face d'une librairie spécialisée en bande dessinée. Une aubaine pour s'y remettre. Sa passion sans cesse grandissante pour le Neuvième Art se doit d'être partagée par de petites chroniques.

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