Green Class

Un virus qui fait muter les habitants en monstre : Walking dead ? Non ! Green Class, la formidable série de Jérôme Hamon et David Tako. Un premier album choral autour d’adolescents, haletant et survitaminé !

Fuir le virus

Dans un marais de Louisiane. M. Denis emmène six adolescents à la recherche de grenouilles qu’il prélève. La chaleur et la longue marche ne plaisent guère à Lucas, Naïa, Linda, Beth, Sato et Noah. Le bal des hélicoptères de l’armée au-dessus de leurs têtes ne semblent pas plus les perturber que cela.

Arrivés en ville, ils sont stupéfaits par la quasi absence de bruits et d’habitants. Ils sont tous sur les routes pour tenter de fuir le virus mutant qui transforme les porteurs en créatures immondes et violentes.

M. Denis réquisitionne un bus scolaire et les six copains montent à l’intérieur, direction l’aéroport pour le Canada afin de rentrer chez eux.

Ne pas abandonner Noah

Alors que l’autorisation leur était accordée, un groupe de soldats investit le car. Ils découvrent que Noah, le petit frère de Naïa a contracté le virus. Pour l’instant en stade 1 – non dangereux – il doit être mis en quarantaine.

A l’hôpital, les cinq autres sont unanimes : impossible de laisser leur pote et l’abandonner. Surtout que les mutants sont tués puis brûlés…

Green Class : superbe récit choral

Entre la lutte pour leur survie, les mutants, les autorités, les soldats et d’autres habitants sains, cette course-poursuite contre le temps et la mort est époustouflante. Le récit de Jérôme Hamon est accrocheur, intelligent et d’une grande originalité.

Entre Walking Dead et Seuls, voire Kidz, l’histoire repose sur un groupe de six adolescents, fort et solidaire. Le scénariste de Emma et Capucine compose un récit choral singulier où tous les protagonistes ont le même espace dans l’album. Il n’y a pas un leader qui se démarque. Un pari osé mais une grande réussite.

« Il y a un peu de nous dans chaque personnage »

Comme nous le confie Jérôme Hamon, il a voulu cet équilibre délicat entre les protagonistes. Les lecteurs pourront se retrouver dans l’un ou l’autre des six adolescents. En prenant un grand soin dans leur psychologie, il a construit une histoire qui séduit tout le monde.

Le scénariste de Nils poursuit : « Avec David, nous n’avons pas voulu nous retenir dans les albums concernant les personnages. Nous n’avons pas eu envie d’en garder sous le pied. Dans ce premier volume, il y a un peu de leur passé, en hors-champ, mais cela sera distillé dans les autres tomes. Ce qu’il vont vivre, vont les faire gagner en profondeur psychologique ».

Green class : un groupe bienveillant

Si dans The walking dead, c’est souvent chacun pour sa peau, dans Green Class, c’est le contraire. Les six sont soudés et de plus en plus bienveillants entre eux au fil de l’album.

En choisissant des adolescents, Jérôme Hamon s’offre plus de portes pour la suite de son récit. Comme c’est la période des doutes, des changements et de tous les possibles, cela permet plus de pistes narratives.

Il en parle ainsi : « Ils sont en pleine construction. L’évolution est forcément plus grande et les arcs narratifs plus variés qu’avec des adultes. En plus, ils font des choix surprenants. C’est le carrefour d’une vie. C’est un moment où l’on peut facilement faire le bien ou le mal. » A l’adolescence, on se pose de questions : « Est-ce que l’on peut changer les choses ? Est-ce que l’on en a envie ? » poursuit-il. D’ailleurs, cette période charnière est commune à tous ses albums. Il l’aime parce que cela permet d’imaginer des personnages non-manichéens, mais surtout très humains.

« Les personnages nous échappent et c’est plaisant ! Ils prennent leur destin en main »

Le projet Green Class s’est développé à partir de dessins de David Tako dans le cadre d’Inktober (1 jour = 1 dessin pendant le mois d’octobre). Ils se sont alors dit que l’univers et les personnages créés avaient un énorme potentiel.

Ainsi, Jérôme Hamon admet humblement que « c’est plus profond que ce que nous avions prévu au début y compris les personnages. En cela, ils nous surprennent ! »

Sans vouloir à tout prix étirer et diluer leur idée de départ, ils ne se sont pas fixé de limite dans le temps et de nombre de volumes à publier. Même si le chiffre de 6 est avancé. Ils savent où ils veulent aller précisément. La grande liberté que leur laisse Le Lombard est d’ailleurs appréciable de ce côté-là.

De la force du dessin

Comme avec Lena Sayaphoum (Emma et Capucine), Jérôme Hamon a découvert le travail de David Tako sur les internets. Arrivé sur le tard sur les réseaux sociaux, le scénariste aime s’y perdre pour découvrir de nouveaux talents. Cela lui permet surtout de découvrir les illustrations plus personnelles des dessinateurs : « On perçoit mieux ce qui leur tient à cœur ».

Impressionné par ses publications, il lui propose un premier projet qui n’aboutira pas. Tout de suite, il perçoit le potentiel de David : « J’aimais ce côté nostalgique dans son dessin et la grande humanité qui transpirait. Son graphisme n’était ni caricatural ni artificiel. »

Après des études en animation 3D, l’illustrateur s’est aventuré dans le jeu vidéo et l’animation. Green Class est son premier album. Et quel album ! Ses planches à mi-chemin entre le manga et le comics en mettent plein la vue aux lecteurs. C’est nerveux (les scènes de combats et le découpage), c’est précis et les visages sont très expressifs. Quant à la couleur, elle apporte cette ambiance post-apocalyptique entre tensions et mystères.

Green class : un début nerveux, haletant et survitaminé. Un groupe d’adolescents qui se révèle au fur et à mesure des obstacles sur sa route. Vite le tome 2 !

Article posté le samedi 09 février 2019 par Damien Canteau

Green Class 1 de Jérôme Hamon et David Tako (Le Lombard)
  • Green class, tome 1 : Pandémie
  • Scénariste : Jérôme Hamon
  • Dessinateur : David Tako
  • Editeur : Le Lombard
  • Prix : 12.45€
  • Parution : 15 février 2019
  • IBAN : 9782803672387

Résumé de l’éditeur : De retour d’un voyage scolaire dans les marais de Louisiane, une classe de jeunes Canadiens se retrouve immédiatement plongée en plein cauchemar. Un mystérieux virus s’est répandu, transformant peu à peu les humains en inquiétants monstres végétaux. L’armée a pris le contrôle du territoire. Mis en quarantaine, forcés d’abandonner un des leurs, cinq d’entre eux décident de se rebeller. Fin du monde ou pas, ils resteront maîtres de leur destin…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir