Jigorô

Jigorô, c’est le grand-père de Yawara, la judokate imaginée par Naoki Urasawa. Comme sa petite-fille, il excelle sur les tatamis. Le mangaka japonais dévoile ses aventures dans un recueil d’histoires courtes, décalées et très drôles, aux éditions Kana.

Jigoro n’a peur de personne

Tokyo en 1934. Jigorô, 21 ans, débarque tout juste de Yamagata, son village natal. Il pensait qu’en offrant du riz à un policier, ce serait facile. Perdu. L’officier lui explique qu’il ne peut pas s’installer par terre et manger en pleine rue.

“Moi, Jigorô Inokuma, je déteste qu’on gâche la nourriture !!”

A peine le bento repoussé que le policier est à terre. Jigorô vient de lui infliger une prise de judo !

Le dojo de la gloire

Eiji, un écrivain qui passait par là, attrape Jigorô et l’emmène loin du policier. Le jeune homme lui raconte quelques-uns de ses exploits et lui demande d’écrire un livre sur lui. Il veut entrer dans la légende. La légende du judo.

Pour cela, Jigorô se rend au dojo d’Umanosuke Ushio. Ce petit endroit ne paie pas de mine. Mais c’est ici que commence l’ascension irrésistible de l’homme de Yamagata.

 

Coup de foudre pour Kaneko

Jigorô apprend que le maître Ushio est décédé d’une maladie. Il ne reste que deux élèves. La fille d’Umanosuke, Kaneko, tente tant bien que mal de garder le dojo ouvert.

Pas simple quand celui de Gôdôkan se développe. Pire, ces brutes veulent récupérer le dojo de Kaneko.

Il n’en fallait pas moins à Jigorô pour défier les malotrus. Mieux, le jeune judoka veut remporter le Tournoi national de judo

Jigorô, haut en couleurs

C’est entre 1986 et 1993 que Naoki Urasawa réalise la série Yawara. Alors âgé de 26 ans, le jeune mangaka imagine cette adolescente à quelques mois des Jeux olympiques de Barcelone, les premiers à accueillir le judo comme discipline.

Yawara est tout de suite un succès populaire avec 30 millions d’albums vendus. La personnalité de l’héroïne, le judo – art martial numéro 1 au Japon – et l’approche des JO alignent les planètes. Mieux, le manga déclenche une vague immense de licenciées femmes dans les clubs.

Dans Yawara, Naoki Urasawa crée Jigorô, le grand-père de la protagoniste. Un homme haut en couleurs !

Jigorô, légende du judo

Comme il l’explique dans la postface du manga, Noaki Urasawa a développé les histoires réelles ou inventées de Jigorô sous l’œil bienveillant de son éditeur chez Spirits.

Ces mini-récits, le mangaka réussit à les dessiner en slalomant entre ses autres séries de l’époque Pineapple Army et Master Keaton.

Yawara sait de qui elle tient ! Comme son grand-père, elle est têtue et sait ce qu’elle veut. Même si elle lui fait souvent remarquer qu’il change les versions de ses propres histoires, Jigorô est attachant. Vantard et de mauvaise foi, ce vieil homme fut pourtant un des plus grands judokas de sa génération avec ses 8 Dans. Il a d’ailleurs le même prénom que le fondateur du judo, Jigorô Kanô (1860-1938).

Jigorô Kanô (photo Domaine public, wikipedia)

Jigorô Kanô

Vantardise et mauvaise foi

Ainsi dans les 9 épisodes du manga, on le retrouve à combattre sur les tatamis mais aussi pendant la Seconde Guerre mondiale, dans une île avec son escadron.

Le lecteur appréciera la toile de fond historique de Jigorô. Ainsi, les histoires se déroulent avant et pendant le conflit mondial.

Jigorô est un manga décalé et très drôle. Par la personnalité du protagoniste, les situations cocasses, son envie d’enjoliver la vérité pour écrire sa légende, sa relation avec Yawara et les dialogues piquants

On s’attache à ce personnage fanfaron et baratineur qui n’a pas eu une vie des plus douces. Son épouse, Kaneko, est décédée très tôt, le laissant seul gérer le petit dojo familial.

L'affiche officielle des RDV BD Amiens 2025 réalisée par Noaki Urasawa

« Tous mes personnages n’en font qu’à leur tête ! Ils m’ont tous échappé. »

Comme il l’avait expliqué en entretien lors des Rendez-vous BD d’Amiens :  “Je suis sûr que c’est lorsque les personnages n’obéissent plus à l’auteur que le manga devient intéressant.”. C’est aussi le cas avec Jigorô.

Le graphisme de Naoki Urasawa est toujours aussi virevoltant. L’auteur de Pluto, Monster, 20th Century Boys, Atchoum et Asadora met en image avec virtuosité les scènes de combats.

Jigorô : une jolie manière de prolonger l’expérience de lecture de Yawara, avec un certain plaisir pour l’humour décalé du personnage principal.

Article posté le lundi 14 juillet 2025 par Damien Canteau

  • Jigorô
  • Auteur : Naoki Urasawa
  • Traduction : Thibaud Desbief
  • Editeur : Kana, collection Big Kana
  • Prix : 15,95 €
  • Parution : 06 juin 2025
  • Nombre de pages : 234
  • ISBN : 9782205086218

Résumé de l’album : Voici l’histoire de Jigorô Inokuma, l’invincible grand-père de Yawara !

Le judo ne s’apprend pas en un jour, crévindiou !

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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