L’art de Jirô Taniguchi

Après plus de 40 ans de carrière, Jirô Taniguchi s’est imposé comme l’un des maîtres mangakas les plus connus au monde. Le plus européen des auteurs japonais connait aussi beaucoup de succès en France. C’est ainsi que Casterman a décidé de publié L’art de Jirô Taniguchi, un très art book reprenant de nombreuses illustrations issues de ses séries les plus marquantes.

JIRÔ TANIGUCHI : UN AUTEUR RARE ET SINGULIER

Né en 1947 à Tottori au Japon, Jirô Taniguchi va devenir l’un des plus grands mangakas mondialement reconnus. Fils d’un coiffeur et d’un mère femme de ménage, il connaîtra une jeunesse dans cette famille pauvre et endettée. Alors que sa santé est précaire, il passera son temps à lire et à dessiner. S’il débute ses lecteurs par des shônens classiques, il dérive vers des mangas plus adultes – gekiga – notamment vers les histoires de Yoshihiro Tatsumi et sa revue Goro.

Son rêve ultime : devenir dessinateur de manga. C’est pour cela qu’il déménage vers Tokyo en 1969. L’année suivante, il devient assistant de Kuyta Ishikawa pour lequel il va dessiner de nombreux animaux puis ensuite celui de Kazuo Kamimura, l’auteur du remarquable Club des divorcées dont Comixtrip vous a parlé (Kana). C’est à cette période qu’il découvre les auteurs européens – très peu connus au Japon à cette époque – qui vont fortement l’influencer.

DE LA CHAMBRE RAUQUE…

Le premier récit qu’il publie est La chambre rauque en 1971, il a alors 24 ans, puis viennent les Chroniques animalières de Seton, bandes dessinées éducatives (4 volumes de la série de 12 entre 1974 et 1975). Le rythme s’accélère et il dessine alors un récit par mois qui sont édités en revue.

Son éditeur lui présente alors Sekikawa Natsuo qui lui écrit un scénario en 1977 Fonce, chien tueur ! puis l’année suivante Ville ouverte. Mais comme il avait des difficultés pour restituer des histoires humoristiques, il se lance dans sa première saga policière Trouble is my business (à partir de 1980) toujours avec le même scénariste.

… AUX RÊVERIES D’UN GOURMET SOLITAIRE

Puis vient la série Le chien Blanco (1984/1986), le merveilleux Au temps de Botchan (5 volumes pendant l’ère Meiji avec Sekikawa Natsuo), Ice Age Chronicle of the Earth (science-fiction publiée l’année dernière par Kana mais datant de 1987/1990).

Puis arrive l’un de ses chefs-d’œuvre Le journal de mon père (1994) puis Le gourmet solitaire (1994/1996). Il rencontre alors Moebius qu’il apprécie et ensemble ils imaginent Icare (1997, Kana) et ensuite vient ensuite le remarquable Quartier lointain (1998).

Le sommet des dieux (2004/2005), Un zoo en hiver (2008), puis en 2014 trois récits Les gardiens du Louvre (Futuropolis), Elle s’appelait Tomiji (Rue de Sèvres) et Rêveries d’un gourmet solitaire (Casterman).

« L’ART DE TANIGUCHI EST DIFFICILE A DÉFINIR »

Dans le préface de L’art de Jirô Taniguchi, Benoît Peeters explique ainsi que : « L’art de Taniguchi est difficile à définir. Il tient à une alliance rare de retenue et d’efficacité, de délicatesse et de clarté. C’est entre les cases, dans les silences et les retraits, les interstices d’une vie, les instants perdus ou suspendus, que l’essentiel se met en place […] L’influence du cinéma est manifeste dans son œuvre, tout comme celles de la littérature et de la peinture ».

Multi-récompensé par la profession et le public (Prix culturel Osamu Tezuka en 1998, Alph’Art du meilleur scénario 2003 et Prix du dessin en 2005 à Angoulême…), Jirô Taniguchi est un mangaka très apprécié en France. Il confiera d’ailleurs : « Au Japon, souvent on trouve mes histoires trop sobres, trop littéraires, alors qu’en France je sens une attention très profonde à mon travail, notamment au texte ». (lefigaro.fr, 27 janvier 2015).

Ce beau recueil plaira aux amateurs français du mangaka, retrouvant des illustrations de ces ouvrages les plus connus. Un régal pour les yeux !

Article posté le jeudi 02 juin 2016 par Damien Canteau

L'art de Taniguchi est un très bel art book édité par Casterman et décrypté par Comixtrip le site Bd de référence
  • L’art de Jirô Taniguchi
  • Textes : Jirô Taniguchi, préface de Benoît Peeters
  • Editeur : Casterman
  • Prix : 35€
  • Parution : 1er juin 2016

Résumé de l’éditeur : L’Art de Jirô Taniguchi est une nouvelle étape dans la reconnaissance du travail de l’auteur au Japon et surtout en France. Depuis les récits d’aventures et les polars de ses débuts, jusqu’au chef d’oeuvre du récit familial qu’est Quartier Lointain, en passant par le sommet de contemplation qu’est L’Homme qui marche, ou encore ses fresques historiques, ses récits animaliers et ses déambulations culinaires, Jirô Taniguchi incarne à lui seul la diversité de la création en bande dessinée. Cet artbook est un panorama de cette diversité et un portrait de l’artisan qui se mue au ! l du temps en auteur au sens le plus fort du terme. Si les travaux du maître sont régulièrement exposés (d’abord à l’abbaye de Fontevraud puis à Angoulême et aujourd’hui à Versailles), son art demeure diffcile à définir. Ce livre paraît aussi pour mieux donner à voir l’alliance rare de retenue et d’efficacité, de délicatesse et de clarté, au coeur de l’oeuvre de Jirô Taniguchi.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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