Les grands cerfs

Être à l’affut des mots illustrés pour mieux entendre le son des bois qui brame une ode à la liberté de la vie sauvage, c’est cette merveilleuse expérience qui m’a été offerte en ouvrant mon regard sur l’observation de l’invisible capturé dans les planches « Les grands Cerfs » .

Comixtrip m’a permis de faire tomber le velours de ma lecture pour frotter les bois de mes crayons sur sa page et laisser la place à ce superbe album qui a fait sortir le soleil d’octobre entre ses pages pour regarder tout ce que la nature peut illustrer quand on prend le temps de la regarder.

S’AFFRANCHIR DE L’HUMAIN POUR ÉCLAIRER SA VISION ANIMALE

Parfois, le monde est sourd et on s’étourdit, enlisé, dans ce vacarme au milieu de cet espace contre nature. On cherche alors à se porter secours dans un « îlot secret ». C’est le cas de Pamina qui, mal à l’aise parmi les humains, s’échappe dès qu’elle peut de la condamnation à l’angoisse citadine. Elle quitte une vie trop synthétique à son âme pour rejoindre Les Hautes-Huttes , une ancienne métairie isolée dans la forêt où elle vit avec son compagnon Nils.

Un jour, elle fait la connaissance avec Léo, un photographe animalier qui lui apprend que son habitation est au milieu d’un  passage pour un clan de grands cerfs et lui propose de les observer avec lui en construisant sur son terrain une cabane d’affût. Il va ainsi lui apprendre progressivement les clés du temps biologique de la vie de ces animaux.

Convaincue par cette aventure unique de pouvoir entrevoir les grands cervidés, de comprendre le fonctionnement de leur clan et d’apprendre les figures de légendes aux grands bois, elle se décide parallèlement d’écrire un livre, un « livre de grand air » pour mieux respirer auprès de ces histoires de faune, de flore, de saisons et  d’animaux qui l’accrochent à la vie en s’affranchissant du genre humain.

Au bord de cette nouvelle fenêtre silencieuse sur la vie sauvage, elle va donc élargir sa vision, amplifier ses sens pour essayer de croiser enfin le regard de ces grands cervidés, armure baissée face aux ramures.

L’ART DU CAMOUFLAGE POUR IDENTIFIER LA CHAINE DES ACTEURS

Sous les nuits de lune pleine et de ciel découvert, elle essaye de suivre et d’écouter les pas, elle cherche à effleurer ce moment intime où la vie animale ne fuira plus devant elle pour vivre enfin le moment de grâce, cette rencontre singulière avec les grands cerfs.

En s’immergeant au milieu de la forêt, elle va essayer d’appartenir au rythme de la nature en faisant preuve de patience, se fondre en laissant la vie revenir autour de soi. Elle va affûter ses ressentis, prendre du temps pour se connecter à ce qui peut sembler imperceptible en se donnant l’opportunité d’observer comme si elle n’était pas là.

Mais dans cet art du camouflage, le risque est aussi d’apercevoir aussi la menace d’un traquenard.

Les grands cerfs : « CERF, CERF, OUVRE-MOI! OU LE CHASSEUR ME TUERA !

Dans l’observation de cette vie sauvage, les nuits peuvent être parfois sans lune car en avançant dans les besoins de la narration de son livre , Pamina va se retrouver face à deux camps, l’Office National des Forêts et la Confédération des chasseurs  et elle pourrait rentrer blessée par un constat amer.En effet, pour celle qui voulait échapper à la société de ses semblables, elle risque de se retrouver face à la vraie nature humaine et être plongée dans un imbroglio.

Dans les magnifiques grandes masses de camaïeu de bleu, Gaétan Nocq  (Le rapport W, Soleil brûlant en Algérie) dessinateur, peintre et carnettiste nous transporte dans la magie du climat de la forêt vosgienne où le rouge magenta se glisse dans le semis fertil du récit pour apporter la montée en puissance de la tension.

Adapté du roman de Claudie Hunzinger (Les Grands Cerfs paru en 2019 aux éditions Grasset), ce somptueux album graphique sous la très belle édition qualitative de Daniel Maghen nous fait merveilleusement saisir que la nature est un espace où l’alchimie peut nous offrir  de merveilleuses connections mais que ce sont nous les invités et que le spectacle a lieu seulement si les acteurs le veulent bien.

Article posté le dimanche 24 octobre 2021 par Gwénaëlle Favrais

Les grands cerfs de Gaëtan Nocq (Daniel Maghen)
  • Les grands cerfs
  • Auteur : Gaétan Nocq
  • Editeur : Daniel Maghen
  • Prix : 29 €
  • Parution : 23 septembre 2021
  • ISBN : 9782356741035

Résumé de l’éditeur : C’est dans les montagnes des Vosges, dans une ancienne métairie au coeur de la forêt, que Pamina a choisi de vivre isolée du monde avec son compagnon Nils. Elle se sait entourée par un clan de cerfs dont elle ne perçoit que les traces. Jusqu’au jour où un inconnu, Léo, photographe animalier, construit une cabane d’affût et l’initie à l’observation des grands cerfs. Au fil des saisons, par tous les temps et souvent de nuit, Pamina guette l’apparition des cerfs. Elle apprend à les distinguer, les nommer et découvre aussi toute une vie sauvage. Au fil de cette initiation, elle va découvrir d’autres clans plus cruels – les hommes qui gèrent la forêt et les chasseurs – et s’engager dans le combat pour la préservation de la nature et de ses espèces sauvages

À propos de l'auteur de cet article

Gwénaëlle Favrais

Passionnée de lecture et de course à pied, Gwénaëlle aime dénicher des trésors de bande dessinée. Instagrameuse influente en BD, elle aime les récits intimistes et humains. Son Insta : https://www.instagram.com/runforbook/

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