Être enfant ne veut pas dire qu’on n’a pas le droit de dire non. Chaque petit acte laisse des traces invisibles, des pansements qui ne se voient pas. La petite fille l’a bien compris : elle n’aime pas que le poissonnier lui caresse les cheveux. Que son tonton la fasse monter sur ses genoux. Que les copines de son frère la prennent en photo… Dans Les pansements invisibles, Baptiste Beaulieu et Qin Leng mettent en lumière le consentement des enfants, aux éditions les Arènes.

Ces marques invisibles
Les pansements invisibles raconte toutes ces petites marques, ces pansements, ces cicatrices invisibles qui nous collent à la peau quand notre consentement n’est pas pris en compte. “Il y a plein de gestes à hauteur d’enfants qui dérangent et qu’on n’accepterait pas en temps qu’adultes”, raconte Baptiste Beaulieu. Les pansements invisibles nous met face à ces comportements, ces petits “riens” qui sont loin d’être anodins. Car derrière ces actes se trouvent en réalité l’absence de consentement, qui laisse des marques invisibles.

A travers son ouvrage, l’auteur et médecin nous fait voir le monde à hauteur d’enfant. Car même s’il s’adresse aux plus jeunes, l’album a une double lecture : pousser aussi les adultes à se mettre à la place des enfants. Que feriez-vous si on vous forçait à grimper sur les genoux de votre oncle ? Si on vous touchait les cheveux sans rien vous demander ? Cet album illustré le montre parfaitement. Le consentement n’a pas d’âge, comme le souligne Les pansements invisibles.
Dire non
Ce titre est absolument nécessaire. Alors non, il ne s’agit pas de bande dessinée à proprement parler, mais d’un ouvrage illustré. Le trait de Qin Leng est d’ailleurs particulièrement doux et expressif. La dessinatrice explore sur des doubles pages entières les différentes situations exposées, jouant parfois sur le contraste entre la page de droite et celle de gauche pour nous montrer les deux facettes de certaines situations. Ainsi la joie des adultes fait face à la réticence de l’enfant par exemple.

Parler de consentement, écrire ces phrases que chaque enfant doit entendre pour être en confiance, dénoncer les petits gestes auxquels on ne veut pas consentir… Les pansements invisibles est un livre à mettre entre toutes les mains. Parents, enseignants, infirmières, médecins… L’ouvrage évoque aussi les violences médicales en filigrane. Mais aussi les abus et les violences que l’on peut subir à l’école de la part d’autres camarades. Traité avec finesse et douceur, ces thèmes rayonnent autour de celui du consentement.
Un titre nécessaire
Avec délicatesse, Baptiste Beaulieu nous raconte comment on peut changer son regard, comment on peut voir, au-delà des habitudes. Avec douceur, Qin Leng nous le dessine, nous montre ces situations comme un enfant les perçoit. C’est un titre important, à bien des égards, que ce soit dans les thèmes abordés ou la façon dont ils le sont. L’ouvrage se lit rapidement, mais il questionne, accompagne d’autres discussions. Bande dessinée, ouvrage illustré, il fait partie de ces titres où la question ne se pose pas, tant le propos est important, tant la mise en scène est bien faite.

- Les pansements invisibles
- Auteur : Baptise Beaulieu
- Dessinatrice : Qin Leng
- Éditeur : Les arènes
- Prix : 16,90 €
- Parution : 2 octobre 2025
- Nombre de pages : 40 pages
- ISBN : 9791037514103
Résumé de l’éditeur : Ce livre parle de ces petites douleurs que l’on tait trop souvent. Celles qui ne laissent ni bleus ni bosses mais qui s’incrustent comme des échardes dans l’âme. Celles que l’on enrobe de silence parce qu’on ne sait pas comment les dire, ou parce qu’on craint de ne pas être entendu. Car nous sommes nombreux à avancer masqués, bardés de ces pansements invisibles – ils n’attirent pas l’attention, mais ils sont bien là. Ce sont ces regards insistants, ces gestes non consentis, ces silences encaissés. Ce sont toutes ces fois où l’on n’a pas osé dire non, parce qu’on ne savait pas qu’on en avait le droit. C’est là que l’histoire commence…
À propos de l'auteur de cet article
Bénédicte Coudière
Journaliste spécialisée en bande dessinée mais aussi en jeux vidéo depuis près de 15 ans, conférencière, autrice et plein d'autre chose encore ! Membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), elle est passionnée d'art et de narration, d'exploration de papier et de pleins d'autres choses encore.
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