L’étrange vie de Nobody Owens

Neil Gaiman adapte son propre roman L’étrange vie de Nobody Owens (éditions Albin Michel) avec l’aide de P. Craig Russel, un conte gothique étonnant, édité par Delcourt.

LES OWENS : DES FANTÔMES COMME PARENTS

Jack, un tueur se rend dans une maison familiale. Là, il égorge les parents et la fille du couple, mais il laisse s’échapper le plus petit, un garçon de 3-4 ans. Apeuré, il se réfugie dans le cimetière voisin. Alors que le tueur réussit à s’introduire dans le lieu, il est accueilli par Silas, sorte de vampire qui le raccompagne à la sortie. Entouré de fantômes et d’esprits, le petit garçon n’est absolument pas affolé. Ses parents biologiques mués en fantômes, expliquent qu’ils viennent de mourir. Attendrie par la situation, Dame Owens décide de l’adopter. Le couple, décédé depuis plus de deux siècles, devient alors ses nouveaux parents, avec l’assentiment des autres pensionnaires du cimetière. Il est alors rebaptisé : Nobody Owens.

LE CIMETIÈRE COMME TERRAIN DE JEU

A partir de ce moment-là, Nobo grandit entouré d’une grande famille, apprend à lire à partir des pierres tombales, reçoit des cours de Silas, cet être fantastique qui a la possibilité de parcourir le monde la nuit tombée, devient ami avec Scarlett, une petite fille vivante ou découvre le plus vieux personnage du cimetière Caïus Pompeius.

UN RÉCIT FANTASTIQUE DÉCALÉ

Auteur de l’excellent comics Sandman, Neil Gaiman réussit parfaitement l’adaptation de son roman. Même si le récit est un peu poussif dans les premières pages, il s’avère accrocheur, intelligent, poétique et teinté d’un bel humour. L’univers du cimetière est finalement pas si glauque que cela, plutôt empli de vie, amusant par certains personnages, très dans l’entraide et l’amitié. Tous apportent quelque chose à Nobo, le font grandir. Une vraie famille pourtant étrange et décalée s’installe autour de lui. Alors que le lieu pourrait rapidement tourner au gore, il est ici positif, d’une belle chaleur (un comble pour des êtres décharnés). Le point fort de ce premier livre est donc cette opposition, cette ambivalence entre le réel et le surnaturel, entre la vie et la mort, mais qui se rejoignent en la personne du petit garçon. Les créatures surnaturelles et fantastiques sont au rendez-vous : vampires, loup-garou et revenants. D’ailleurs Nobody est souvent menacé par des esprits malveillants au fil des pages. Admirateur de récits du 19e et 20e siècle, Neil Gaiman rend hommage ici à Rudyard Kipling en mettant en scène un très jeune garçon élevé dans un univers inconnu de lui (cimetière et fantômes) comme l’avait fait son illustre aîné en mettant en scène Mowgli accueilli par des animaux dans Le livre de la jungle. Une belle transposition pour un beau clin d’œil.

UN TRÈS BEAU COLLECTIF DE DESSINATEURS

L’étrange vie de Nobody Owens fut lauréat de nombreux prix (la Médaille Newbery de la fiction jeunesse 2009, le Prix Hugo en 2009, le Prix Locus du meilleur livre pour jeunes adultes 2009 et la Médaille Carnegie de la fiction jeunesse 2010), notamment grâce à la partie scénaristique mais aussi la partie graphique. Philip Craig Russel est chargé de coordonner les différents dessinateurs (Tony Harris, Scott Hampton, Galen Showman, Jill Thompson et Stephen B. Scott), se contentant d’illustrer le premier chapitre. Les ambiances atypiques et différentes voulues par l’histoire sont portées par les univers des 6 auteurs.

Article posté le mercredi 20 mai 2015 par Damien Canteau

  • L’étrange vie de Nobody Owens, livre 1/2
  • Scénariste : Neil Gaiman
  • Dessinateurs : Collectif sous la coordination de Philip Craig Russel
  • Editeur: Delcourt, collection Contrebande
  • Prix: 19.99€
  • Sortie: 20 mai 2015

Résumé de l’éditeur : Nobody Owens serait un garçon normal. S’il ne vivait pas dans un cimetière, élevé par des fantômes, avec un gardien qui n’appartient ni au monde des vivants, ni à celui des morts. De nombreuses aventures attendent le petit garçon dans le cimetière : un homme Indigo, un portail vers une cité abandonnée envahie par des goules, l’étrange et terrible Sleer. Mais à l’extérieur, Jack attend pour le tuer.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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