Après les merveilleux Rosalie Blum, Juliette les fantômes reviennent au printemps et Les Vermeilles, Camille Jourdy est de retour avec L’homme de fer-blanc, une sublime tranche de vie ; une comédie campagnarde ; une bande dessinée emplie de tendresse et d’humanité.

Blanche et Marcelle : une longue vie à la campagne
En cet été dans la maison de Marcelle et Blanche, c’est un tourbillon. Les deux sœurs quatre fois vingtenaires font des cartons. Des dizaines de cartons. Elles doivent déménager, non sans nostalgie et non sans vraiment en avoir envie.
Surtout que leur vieille maison campagnarde est le lieu de rassemblement estival pour de nombreux membres de leur famille. Il y a Jeanne et Mathieu, les enfants de Marcelle et Billie, la fille de Mathieu.
Tout ce petit monde cohabite tant bien que mal, entre les chamailleries de deux sœurs, des souvenirs qui refont surface, des objets à emballer ou à jeter et des tensions entre le père et sa fille.

“Le temps passe. Et chaque fois qu’il y a du temps qui passe, il y a quelque chose qui s’efface.” [Jules Romains]
Mathieu, très pris par l’écriture de son livre, s’éloigne peu à peu de sa fille. Billie grandit, elle a des questions, beaucoup de questions. Que cela est difficile de parler à son enfant quand on est séparé de sa maman.
Tout glisse sur le trentenaire ; rien ne semble l’intéresser. Les choses de ce quotidien qui changent ne s’impriment pas sur lui.

L’homme de fer-blanc, un fusil et le passé qui réapparait
Heureusement pour Billie que Jeanne, sa grand-mère et la sœur de sa grand-mère sont là. Elles lui permettent de passer un été plus agréable.
Surtout que les mamies ont toujours des histoires à raconter, dont celle de l’Homme de fer-blanc. Cette jolie fable, tout le village la connaît. Mieux, l’armure de ce chevalier trône dans une cahute dans le village. Et pour lui rendre hommage, tous les ans, les habitant.e.s organisent une fête en son honneur.
Mais Mathieu se fiche bien de cette fête. Il a en tête d’aller récupérer le fusil de son père – qu’il pensait être le sien par héritage – chez son demi-frère. Et si l’homme de fer-blanc pouvait l’aider ?

L’homme de fer-blanc : un peu de love et de tendresse
Il y a de la tendresse, beaucoup de tendresse. C’est fou ce qu’il y a de tendresse dans L’homme de fer-blanc ! Comme dans ses précédentes publications (Rosalie Blum, Juliette les fantômes reviennent au printemps et Les Vermeilles), Camille Jourdy se penche sur les relations humaines intra-familiales. Celles qui au premier abord semblent si insignifiantes mais qui se révèlent complexes et surtout universelles.
A travers 240 pages, l’autrice de Pépin et Olivia sillonne les liaisons parfois tortueuses entre les membres de cette famille. Pour cela, Camille Jourdy construit L’homme de fer-blanc comme une jolie aventure du quotidien. Une fantaisie emplie d’émotions, entre rires et parfois angoisses-larmes.

“Un manque d’humour trahit un manque d’humanité” [Dezsö Kosztolányi]
Et d’humanité, il en est question dans L’homme de fer-blanc. Une humanité dans les personnages, simples et beaux. On se régale devant les dialogues et les facéties de Blanche et Marcelle. A leur âge, hors de questions de se laisser marcher sur les pieds. Pas de filtre pour les mamies, qui sont les deux clowns de l’histoire.
On apprécie également la personnalité de Jeanne, celle qui semble la plus posée, la plus diplomate.
Quant à Billie et Mathieu, comme un père et une fille qui entre dans l’adolescence, la tension est sourde. Le papa se complaît dans le silence, s’éloigne sans le voir, tandis que l’adolescente cherche un point de chute auprès de Johnny, comme un substitut de père absent.
Reste la campagne, un personnage à part entière. Un endroit calme, un lieu de tous les possibles, un immense terrain de jeux pour les enfants (comme pour les adultes). Tout le monde se connaît, telle Rosalie, la gérante de la supérette, que les lecteurices apprécieront de revoir en dehors de ses aventures de papier.

Les aquarelles dansent sur les planches
Si l’on est séduit par l’histoire de L’homme de fer-blanc, on l’est aussi par le très beau dessin de Camille Jourdy. L’autrice de Je t’aimerai toujours poursuit son superbe travail graphique par des aquarelles lumineuses qui fonctionnent à merveille pour mettre en lumière les relations entre les personnages. Tout est clair et lisible dans les planches. Le découpage impose un rythme où l’on prend le temps de parler, se parler, se fâcher, s’aimer, se désaimer pour mieux se (re)aimer.
L’homme de fer-blanc est encore un admirable album de Camille Jourdy. Un ravissement pour les yeux et pour l’esprit.
- L’homme de fer-blanc
- Autrice : Camille Jourdy
- Éditeur : Actes Sud BD
- Prix : 28€
- Parution : 07 octobre 2026
- Nombre de pages : 240 pages
- ISBN : 9782330226053
Résumé de l’éditeur : Au village, on prépare la fête de l’homme de fer-blanc. Allongée sur son lit, Billie s’ennuie. Elle joue avec les reflets d’un miroir pour aveugler son père. Elle a douze ans et voudrait bousculer ce père désinvesti de tout, mais, agacé, il l’envoie balader. Alors, Billie cherche du réconfort auprès des trois femmes de la maison en plein chambardement. Et si ça ne suffit pas, elle ira voir ailleurs… L’Homme de fer-blanc signe le grand retour de Camille Jourdy, après Rosalie Blum et Juliette, les fantômes reviennent au printemps. L’autrice scrute une fois encore, au peigne fin, la sphère familiale pour révéler, tout en finesse et en couleur, les faux-fuyants et les subterfuges absurdes mis en place pour éviter de parler des choses qui fâchent.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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