Mishima boys #1

Eiji Otsuka est de retour avec un nouveau manga Mishima boys. Après l’excellent Unlucky young men, il brosse le portrait de trois jeunes japonais fomentant des attentats dans le Japon d’après Seconde Guerre Mondiale. Accompagné au dessin par Seira Nishikawa, ce seinen politique est édité par Akata.

K, M ET Y : LES MISHIMA BOYS

Japon, années 60. Un homme étrange et mystérieux réunis K, M et Y, trois adolescents pour leur parler de leurs futures actions. K – dont l’initiale en japonais en le K est en fait coréen et son nom commence par un R. M est un terroriste de la même trempe que Daisuke Nanba qui eut le culot de lancer une pierre sur le cortège impérial du prince héritier et Y lui a faire offrande de son corps à la « juste cause ». Pour les épauler dans leur quotidien, l’homme-fort leur adjoint les services d’un chaperon, qui leur donnera des alibis lorsqu’ils seront sur la sellette.

K, fils d’ouvrier, est un étudiant bien sous tout rapport. Cette belle couverture lui permet de faire de nombreux coups et notamment étrangler et tuer une jeune fille qu’il a croisé dans la journée. Schizophrène, il est même secouru par le chaperon qui lui trouve tout de suite des excuses…

D’ailleurs, les meurtres de jeunes filles, il les multiplie comme G, 16 ans en 1958 qu’il tue au bord de la piscine et cache dans un caniveau. Après l’avoir tué, il la viole et la dissimule dans cette cavité. Aucun journal ne relate ce fait. Pour que tout le monde le sache, son chaperon appelle lui-même la police pour dénoncer son crime. La gloire est à ce prix !

MEURTRES, ATTENTATS ET TERRORISME

L’homme mystérieux, cerveau de l’équipe est en fait Yukio Mishima, écrivain nationaliste japonais reconnu mondialement. Comme le souligne la postface des traducteurs : « Mishima, écrivain hors-norme, l’un des seuls japonais dont le nom soit spontanément connu dans le monde entier […] passe pour un intellectuel nationaliste d’extrême-droite. Son discours aux forces d’auto-défense appelant à un coup d’état nationaliste avant son suicide est célèbre en ce sens. » Pourtant Otsuka apporte une grande nuance et dit de lui qu’il n’est pas un véritable fasciste mais une « sorte de nihiliste de droite », un « esthète anti-humaniste ».

Il manipule ainsi les trois garçons afin de leur faire effectuer ses pires bassesses. Eiji Otsuka essaie donc de relier un à un ces crimes à cet homme qui n’aime ni la famille impériale ni la démocratie. Ainsi l’auteur de Unlucky young men (avec Kamui Fujiwara, chez Ki oon) brosse un drôle de portrait de ces hommes qui se radicalisent pour leur « juste » cause. Si ce dernier se déroulait dans les années 70, Mishima boys à pour toile de fond la décennie précédente. D’ailleurs le sulfureux écrivain est aussi présent furtivement dans Unlucky young men. Comme le souligne le mangaka, professeur à l’université : « Yukio Mishima est celui qui a le mieux compris cette jeunesse à la dérive, qui rêvait de révolution contre le système en place ». Il essaie d’ailleurs de faire un parallèle avec la société japonaise actuelle qui ne possède plus en son sein d’agitateurs et qui est plus lisse alors que : « la rage des années 70 était en lien avec des idéaux de changement ».

En pleine perdition, les trois protagonistes se laissent doucement embarquer, embrigadés par un Mishima d’une rare intelligence. Ils se transforment ainsi en bête brutes et sanguinaires sans réellement s’en apercevoir ou tout du moins ne voulant pas voir cette violence en eux, en face. Ils furent d’ailleurs surnommés « les 17 ans terribles ». Pour développer son manga, Otsuka met en scènes trois événements criminels qui bien réels.

MISHIMA BOYS : TITRE EXIGENT

D’aspect délicat et exigeant, ce manga possède différents niveaux de lecture mêlant avec beaucoup d’habileté le thriller, le jeu de manipulation, l’enquête policière et la chronique sociale historique. La volonté de Mishima étant de restaurer la grandeur du Japon par tous les moyens, revenir vers des traditions séculaires pour que le pays soit plus à l’équilibre. Après l’impérialisme américain d’après-guerre, les années 60 sont celles où les Japonais se réveillent et prennent conscience de leur potentiel et de cette envie de rejet de cette « occupation » non voulue.

Le trait de Seira Nishikawa est d’une grande douceur, tranchant avec l’apprêté de l’histoire. Si quelques fois, elle durcit son trait par plus de noirceur, lors des scènes de violences, c’est toujours avec élégance. Certaines vignettes sont voilées comme un focus d’appareil photo pour imposer aux lecteurs un sentiment de trouble.

A noter que Mishima boys fut directement présenté à Akata, éditeur français, après les refus et la frilosité des éditeurs japonais. Lorsqu’ils apprirent que les Français allaient publier l’album, beaucoup d’entre eux se précipitèrent pour obtenir les droits au Japon.

Article posté le mercredi 30 mars 2016 par Damien Canteau

Terrorisme, meurtres et attentats dans le Japon des années 60 dans l'excellent Mishima boys de Eiji Otsuka et Seira Nishikawa aux éditions Akata, décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Mishima boys, coup d’état, volume 1
  • Scénariste : Eiji Otsuka
  • Dessinatrice : Seira Nishikawa
  • Editeur : Akata
  • Prix : 16.50€
  • Parution : 28 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : K., M., Y. … Trois lettres, pour trois garçons.

Qui sont-ils ? Quels projets fomentent-ils ? Et surtout, quel étrange lien les relie à Yukio Mishima, écrivain mondialement connu et nationaliste ayant vécu au tournant d’une époque dramatique du pays et prônant un retour aux valeurs traditionnelles du Japon ? Dans un après-guerre tourmenté, alors que le Japon s’ouvre trop vite au capitalisme et à l’Occident, voici un portrait complexe et désabusé de jeunes gens égarés dans une société en perdition…

Découvrez Mishima Boys, coup d’état, le manga politique et historique d’Eiji Otsuka, le scénariste du très culte MPD Psycho ! Entre meurtres, attentats et terrorisme, voici une oeuvre qui questionne avec force sur les changements qu’imposait une époque. Une oeuvre créée spécialement pour la France !!

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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