Mort aux vaches

Polar campagnard drôle et inventif, Mort aux vaches suit les aventures rocambolesques de quatre cambrioleurs partis se mettre au vert après leur méfait, en plein dans la période de la crise de la vache folle. Accompagné par François Ravard au dessin, Aurélien Ducoudray dévoile avec malice, une excellente histoire aux éditions Futuropolis.

QUATRE CAMBRIOLEURS EN FUITE

1996. Quatre cambrioleurs viennent de faire le casse de l’Agence bancaire de Clermont l’Abbaye. Il y a là Ferrand en couple avec José, Romuald – un grand costaud pas finaud – et Cassidy, une jolie jeune femme forte et libérée.

Pour se faire oublier, le premier décide d’aller se mettre au vert chez son cousin Jacky avec qui il a quelques petites tensions depuis que l’homme a gâché son mariage. Si la rusticité de l’agriculteur peut choquer, ils le savent cette ferme modeste va leur permettre de laisser passer l’orage.

Le père de Jacky – très bougon –  est éleveur de taureau de compétition mais est peu causant, un peu comme son fils qui préfère le poing au dialogue. La vie s’installe tranquillement, entre la bobonne de gaz à changer, Romuald et Cassidy qui fricotent à la vue de tout le monde et la jeune femme qui doit aller faire quelques courses au village. Mais les poulets rodent dans les coin (coin) et ça risque de ne pas se dérouler comme ils le voudraient…

AURELIEN DUCOUDRAY JOUE AVEC LES CLICHÉS

Scénariste multi-tâches mais qui commence à compter dans le petit monde du 9e Art – et c’est amplement mérité – Aurélien Ducoudray (dont nous vous avons parlé sur Comixtrip : Mobutu dans l’espace avec Eddy Vaccaro, Bob Morane avec Luc Brunschwig et Dimitri Armand, L’anniversaire de Kim Jung-Il avec Mélanie Allag mais surtout le formidable Bots avec Steve Baker) se lance dans le polar à la « Audiard et Lautner » à grand coups de dialogues savoureux, belles femmes, monsieur muscle, vieux cambrioleurs et policiers ventripotents pour notre plus grand bonheur. Pourtant, Mort aux vaches est plus que tout cela, parce que l’auteur de Amère russie avec Anlor joue avec les clichés du polar « à la papa » pour les tordre aux maximum : les 4 ressemblent plus aux Pieds-Nickelés que Bebel dans Le professionnel et les situations cocasses s’enchaînent pour encore plus d’humour.

Ses personnages sont un peu has-been mais tellement attachants : le couple de vieux homosexuels – loin de La cage aux folles – plus intelligent que l’on croit, Romu le tatoué pas futé et Cassidy agile et grande gueule, féministe assumée. Le lecteur rit franchement de leurs piques et leurs relations tendues (joutes verbales fleuries et castagnes dès qu’on les chauffe un peu).

HUIS-CLOS CHAMPÊTRE

Pour donner du corps à son histoire, Aurélien Ducoudray la fait glisser vers une chronique sociale très subtile : il raconte une certaine France de la campagne. Si son récit est situé dans les années 90, Jacky, son père et leur ferme semblent être restés coincés dans les années 50-60 : la nappe à carreaux, la table en fomica, les bonbonnes à aller acheter à la ville ou les vieux tracteurs; ainsi que leur mentalité : mariage avec un fille du coin et succession de la ferme de père en fils.

Cette France de l’exode rurale doit pourtant se confronter à deux nouveautés : les rurbains et la vache folle. En effet, c’est dans cette période d’une grande dureté pour tous les éleveurs que le scénariste déroule son action. Les deux bons paysans ne se résolvent pas à tuer une de leur bête pourtant touchée; ce qui les place aux premières loges des services sanitaires et autres policiers. De plus, cette vieille campagne doit composer avec les nouveaux habitants, des urbains et ici plus particulièrement des étrangers. Des Roumaines ont élu domicile pas loin de la ferme pour venir vivre aux côtés des agriculteurs solitaires. Un beau clin d’œil au film de Isabelle Mergault, Je vous trouve très beau qui mettait en scène un paysan allant en Roumanie chercher une femme et la ramenant chez lui.

Ce huis-clos champêtre amusant repose sur une partie graphique très forte de François Ravard.

MORT AUX VACHES : UN DESSIN CINÉMATOGRAPHIQUE

Loin des pérégrinations humanitaires proches du danger de Clichés de Bosnie (le scénariste avait suivi un convoi lors de la guerre civile, un remarquable album à (re)découvrir) qu’ils avaient raconté ensemble, François Ravard dévoile de magnifiques planches en bichromie bleue et noire. Les ombres et lumières sont très travaillées. Les trognes sont géniales et l’ambiance campagnarde bien restituée. Son découpage cinématographique permet d’imprimer un rythme fou à l’histoire.

Article posté le jeudi 22 septembre 2016 par Damien Canteau

Mort aux vaches de Aurélien Ducoudray et François Ravard (Futuropolis) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Morts aux vaches
  • Scénariste : Aurélien Ducoudray
  • Dessinateur : François Ravard
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 19€
  • Parution : 15 septembre 2016

Résumé de l’éditeur : 1996, en France. Ferrant et ses trois complices : Romu, Cassidy et José viennent de cambrioler le Crédit Agricole de Clermont l’Abbaye. Ils s’enfuient au nez et à la barbe des forces de police. Ils ont prévu d’aller se planquer à la campagne, dans la vieille ferme de l’oncle de Ferrant, en attendant que les choses se tassent. Là, Jacky, le fils du vieil oncle, éleveur bovin spécialiste en génétique bovine, tente de cacher ses bêtes atteintes de la maladie de la vache folle, de la réquisition et de l’abattage par la gendarmerie. Pour échapper à la police, nos quatre braqueurs vont donc se planquer à la campagne, au moment du pic de la contamination de l’épizootie, l’endroit où on trouvait le plus de gendarmes au mètre carré. Coincés à la campagne, ils vont devoir se supporter les uns les autres. Pour le meilleur et pour le pire.

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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