My Broken Mariko

My Broken Mariko est le récit d’un deuil. Car Tomoyo a perdu Mariko. Elle aurait aimé la sauver… Mais peut-être n’était-ce pas possible. Ki-oon nous amène la mordante histoire de Waka Hirako.

My Broken Mariko

Une jeune femme de 26 ans est retrouvée morte après avoir fait une chute depuis son appartement au troisième étage. Elle aurait avalé une grande quantité de somnifère. « La jeune femme en question s’appelait Mariko Ikagawa. C’était ma meilleure amie ! ».

C’est ainsi que Tomoyo apprend le suicide de son amie d’enfance. Spectatrice depuis toujours de sa souffrance, elle se met en tête de récupérer ses cendres chez son père. C’est lui, le responsable de son malheur. Depuis son enfance Mariko subissait ses coups. Plus tard, lorsqu’elle était adolescente, il a fait pire que la frapper.

Elles s’étaient pourtant vues la semaine dernière. Et ça avait l’air d’aller. Tomoyo n’en revient pas. Elle refuse d’y croire. S’obstine. Et se retrouve avec l’urne funéraire de Mariko dans les bras, ne sachant qu’en faire. Où aller, pourquoi ? Qu’est-ce que Mariko aurait voulu ?

Au fil de ses pérégrinations, son amie serrée contre elle, Tomoyo se rappelle. Des souvenirs enfouis, chéris, douloureux.

« Tu aurais au moins pu laisser un petit mot avant de partir… »

C’est une errance pour un deuil.

Une esthétique qui déménage

Brutal et viril. A l’image de son héroïne. Le dessin de My Broken Mariko est énergique, un peu comme griffonné à la va vite. Ce style qui tranche dans la feuille comme dans la chair donne un relief puissant à l’histoire. D’autant que Waka Hirako fait un travail de perspective diablement efficace. A chaque mouvement, on se sent bouger avec le dessin. Le style de My Broken Mariko nous fait vivre l’histoire de lui-même.

Mariko a droit à un traitement particulier. Elle apparaît toujours belle, même avec le visage tuméfié. Délicate, parfois d’une douceur dangereuse. Infiniment mélancolique. Elle forme un couple étrange avec Tomoyo. A travers son traitement graphique, différent de celui de son amie, on comprend qu’elle est à part même dans la vie.

Tomoyo, quant à elle, apparaît sans grâce. Une femme brute de décoffrage, virile dès l’école primaire. Elle se positionne comme une femme inébranlable, débrouillarde au possible malgré la tornade de bourdes qu’elle est capable de faire. La façon dont Tomoyo est mise en scène la rend drôle. Elle est un gag à elle seule. Et pourtant une profonde douleur la transperce.

Le manga trouve une certaine élégance dans son absence d’élégance.

La quête du deuil

Mariko est un personnage si vivant qu’on a parfois du mal à se souvenir qu’elle est morte avant même la première page. Elle était là, partout dans la vie de Tomoyo. C’est un peu comme si le lecteur vivait sa mort deux fois. Une fois au début, puis au fur et à mesure de l’errance de l’héroïne.

Le cheminement de Tomoyo nous permet de comprendre que sa relation avec Mariko ne reposait pas seulement sur l’amitié. C’est une plongée dans un labyrinthe sans sortie. C’est une histoire autant vivante que douloureuse.

Hâtif

My Broken Mariko ressemble davantage à une nouvelle qu’à un manga. L’histoire est courte et rapide. A l’image du caractère énergique de Tomoyo, le récit ne fait pas de pause. Elle s’engouffre dans une sorte de frénésie que le récit retranscrit parfaitement. Mais cela donne aussi l’impression d’une écriture incomplète. Trop rapide. Le récit aurait peut-être gagné à avoir un rythme plus lent.

Un recueil sur le père

Le manga accueille une seconde histoire. Yiska. Récit d’un vieux gangster en fuite et un jeune homme analphabète qui s’improvisera guide contre de l’argent. Ils partagent quelques jours, comme une virgule au milieu de leur solitude respective. Une rencontre qui esquisse une relation père et fils. La question de l’abandon et de l’héritage social.

C’est cela finalement, My Broken Mariko, un recueil de nouvelles autour du père. Le bon, le mauvais, celui qui aurait aimé être meilleur, celui qui voudrait que son fils soit différent, celui qui ne contrôle pas sa violence. C’est un héritage macabre aux résonances sociétales.

Hirako, Éclectique personnage

Waka Hirako est une jeune autrice éditée depuis 2017 au Japon. Sa première œuvre publiée est justement Yiska.

Un interview calé entre les deux histoires confirme la volonté de l’autrice à traiter des questions sociétales. Il permet aussi de s’assurer que Waka Hirako est branchée humour. Un humour amer, critique, qui fait réfléchir. Citant l’adaptation de Zazie dans le métropar Louis Malle au côté du roman graphique Pilules Bleues de Frederik Peeters, du manga Vagabond  de Takehiko Inoue et des films de Xavier Dolan. Éclectique personnage.

Waka Hirako trouve le moyen de nous inviter à l’espoir même lorsqu’on ne voit pas de lumière au bout du tunnel. Une proposition rendue possible par des personnages singuliers. Aux antipodes des archétypes du genre. Exemple en est avec la femme virile qu’est Tomoyo et Danton, de Yiska, jeune adulte doux, presque encore dans l’enfance. Cela les rend très proches de nous, humain ordinaire.

Une autrice à suivre

En conclusion, Waka Hirako a un style graphique à part, qui vivifie son histoire. A mi-chemin entre le manga standard et un travail plus naturel. Empreint de sa personnalité. Cependant, on ressent aussi un besoin d’affiner ses scénarios.

My Broken Mirako et Yiska sont des histoires pleines de bonnes idées. Elles intiment une réflexion très actuelle sans une once de moralité. Mais plutôt comme un point d’interrogation posé là, au milieu des pages.

A la lumière de tout cela, une chose est sûre : Waka Hirako s’annonce comme une autrice singulière dont il faudra guetter les nouveautés !

Article posté le dimanche 31 janvier 2021 par Ma Lo

My Broken Mariko de Waka Hirako (Ki oon)
  • My Borken Mariko
  • Autrice : Waka Hirako
  • Editeur : Ki-oon
  • Collection : Seinen
  • Prix : 9,95€
  • Parution : 28 janvier 2021
  • ISBN : 9791032707791

Résumé de l’éditeur : Quand Tomoyo apprend aux informations la mort de son amie Mariko, elle n’en croit pas ses oreilles. Elles s’étaient pourtant vues la semaine précédente, sans que rien ne laisse présager un tel drame. Mariko, à la jeunesse brisée, qui lui vouait une admiration sans bornes et qui s’est vraisemblablement suicidée…

Tomoyo ne contient pas sa rage : elle doit trouver un moyen de rendre un dernier hommage digne de ce nom à sa seule confidente. Pas question de laisser le père violent de la jeune fille prendre les choses en main ! Bouleversée et confuse, elle se précipite chez lui, vole l’urne funéraire et, malgré les coups, hurle les mots de colère que Mariko a gardés en elle pendant toutes ces années ! Les précieuses cendres sous le bras, Tomoyo se lance dans une course effrénée, en quête de salut pour son amie comme pour elle-même.

 

À propos de l'auteur de cet article

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"C'est fou ce qu'on peut raconter avec un dessin". Voilà comment les arts graphiques ont englouti Ma Lo. Depuis, elle revient de temps en temps nous parler de ses lectures, surtout quand ils viennent du pays du soleil levant. En espérant vous faire découvrir des petites pépites à savourer ou à dévorer tout cru !

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