Avec On était des anges, Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Riszbjerg proposent un récit choral autour d’un groupe d’adolescents désœuvrés dans un village du Grand Est. Une chronique douce-amère, entre amours naissantes et rêves d’un ailleurs.

Vivre pour de vrai
À Isheim, petite ville pavillonnaire quelque part dans l’Est de la France, Chris, Vivi, Magou, Sissy, Tralala et les autres traînent leur ennui. Nous sommes au mitan des années 1990. Ils et elle ont seize, dix-sept ans. L’âge où la petite vie tranquille des parents n’est nullement un horizon. Alors, au rythme d’une bande son qui leur raconte tout autre chose, ils rêvent d’un ailleurs.
C’est l’époque des Cure, des Cindy Lauper et autres Prince, omniprésents dans On était des anges, le nouvel album du duo Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg, édité en février chez Dargaud. Un deuxième tome est annoncé dans le courant de cette même année.

Yeux noirs et cheveux en bataille
« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », écrivait un certain Arthur Rimbaud en son temps. Un siècle à peine plus tard, ces jeunes-là revendiquent aussi le droit de ne pas l’être. Et surtout de rêver. Et ils le disent: « On a besoin d’autre chose que de quatre murs et des petites clôtures ! On a des rêves agités. On ne demande rien à personne; on veut juste vivre pour de vrai ».
A cette époque en tout cas, tout fait sens pour se démarquer des générations précédentes. On porte rangers et jeans déchirés, on se maquille le tour des paupières avec un noir charbonneux, on se coiffe volontiers à la manière d’un Robert Smith, figure emblématique des Cure… Et si certains d’entre eux semblent s’être déjà résignés à rester au bercail, d’autres, comme Hervé et Vivi, rêvent d’un ailleurs…

L’art de la fugue
Dans cette chronique douce-amère d’une génération qui se cherche, il y a aussi la blonde et jolie Persille. Elle veut entraîner Vivi la brune dans son projet de départ pour Londres. Là-bas, lui assure Persille, « on vivra nos rêves, au lieu de dormir dessus « . Les deux jeunes femmes n’iront pas bien loin. Elles seront ramenées au bercail par la police après une nuit à la belle étoile, une baignade dans un lac et une soif de liberté qui ne les quittera plus…

Partir un jour
La lecture de ce premier opus s’achève sur un constat d’échec. Persille et Vivi sont contraintes de retourner chez leurs parents. Mais ce n’est sans doute que partie remise. Comme Hervé, autre ado plein de rêves d’aventures, elles feront leur possible pour partir « loin de ce trou ». Bientôt, les virées en « mob », les retrouvailles à « glander » sur un terrain vague, à gratter des guitares en imitant ses idoles ne suffiront plus.

Un élan de vie
C’est cet élan de vie, cette énergie à s’extraire d’une vie toute tracée que les auteurs expriment avec force dans ce premier volet très réussi. Tandis qu’Anne-Marie Pandolfo multiplie les angles narratifs et les points de vue, son complice au dessin Terkel Risbjerg souligne de ses noirs ténébreux les regards fiévreux, les codes vestimentaires de l’époque. Depuis Emmène-moi si tu peux et bien d’autres, ces deux-là s’entendent à explorer les destinées des grands de ce monde comme celles des petites gens. On attend en tout cas la suite de cette histoire avec une certaine impatience. Pour retrouver cette petite bande-là, trente ans plus tard…
- On était des anges (1/2)
- Scénario : Anne-Caroline Pandolfo
- Dessin : Terkel Risbjerg
- Editeur : Dargaud
- Prix : 22, 95 €
- Parution : Février 2026
- Nombre de pages : 152
- ISBN : 9782505131014
Résumé de l’éditeur : Années 1990. Un groupe de jeunes désoeuvrés traîne son ennui dans une petite ville pavillonnaire du Grand Est. Isheim est peut-être un endroit où les parents trouvent leur compte de tranquillité après le travail mais, à seize ans, la tranquillité ne fait pas partie des rêves que l’on peut avoir. Certains, comme Chris, Magou ou Tralala, font avec… aussi parce qu’il faut bien quelqu’un pour s’occuper des petits frères et soeurs. Mais Hervé et Vivi, eux, ne pensent qu’à partir. Où ? « N’importe où ! Loin de ce trou. » En attendant, ça débat sur la bonne prononciation de fuck, ça organise des boums à coup de The Cure et Cyndi Lauper – une vraie « fanfare de punks » pour les voisins –, ça se retrouve la nuit en cachette… Il faut parfois une étincelle pour amorcer le mouvement. Pour Vivi, ce sera Persille – celle qui danse toute seule dans les champs, qui fait du patin à roulettes sous les lampadaires, la « folle », qui a encore moins de raisons que les autres de rester à Isheim. Et les yeux noirs de Vivi sont fascinés par la blondeur de Persille… Justesse des situations, humour des dialogues… À se demander si Anne-Caroline Pandolfo n’a pas connu certains des huit ados ! Tout comme le beau dessin charbonneux de Terkel Risbjerg semble n’avoir attendu que les Cure et cette mode des années 1980 pour s’épanouir… Grâce à ces excellents raconteurs d’histoires, une seule envie en refermant l’album : vite retrouver cette petite bande. Justement, la suite du diptyque paraît dans l’année !
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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