Solitude d’un autre genre

Très joli manga sur l’acceptation de soi, sur le mal être et bien plus encore, Solitude d’un autre genre est un belle autobiographie de Kabi Nagata aux éditions Pika.

Comment Kabi en est-elle arrivée là ?

Comment Kabi s’est-elle retrouvée nue dans un lit avec une prostituée ? Entre attirance et répulsion, elle ne sait plus où elle en est. Jeune mangaka de 28 ans, elle n’a jamais connu ni le sexe, ni l’amour que ce soit avec une femme ou un homme.

Pour avoir des réponse, grand bond en arrière de 10 ans. Tout juste diplômée et majeure, elle se perd. Ses troubles alimentaires sévères lui font perdre pied. Obligée d’arrêter ses études, elle trouve un petit job qui semble lui convenir dans une supérette.

Rapidement, elle se rend compte que ses retards incessants et ses troubles de l’appétit la mettent à l’écart. Kabi n’est pas accepté comme elle le voudrait.

Repos chez maman

Elle est remerciée de son travail, se retrouve chez le médecin qui lui demande de se reposer. Une grosse déprime la traverse.

Seule, sans amis, ni travail, elle continue alors de vivre chez ses parents. N’ayant plus de vrais buts dans la vie ni de raison de se lever, Kabi s’enfonce dans la dépression.

Malgré un bref moment où elle reprend confiance (un nouveau travail en manga), elle retombe vite dans une spirale négative…

Solitude d’un autre genre : être en marge au Japon

Solitude d’un autre genre n’est pas uniquement un manga sur l’attirance pour le même sexe (lesbianisme), il est encore plus profond que cela. Comme elle le montre dans son très beau récit autobiographique, Kabi Nagata brosse un portrait fort juste des êtres à la marge au Japon. Invisibilisés, ces « laissés pour compte » ont toutes les difficultés à trouver une vraie place dans un société hétéronormée, individualiste et capitaliste.

A l’image de Saltiness ou La virginité passé 30 ans, la mangaka décrit avec pudeur son quotidien entre frustrations, désillusions et doutes.

Virginité, sexe, homosexualité et réconfort

Comme l’explique avec justesse Karyn Nishimura-Poupée, journaliste française et épouse du mangaka japonais Jean-Pierre Nishi (A nos amours), si les LGBT+ japonais représenteraient 8% de la population, ils ont aussi un problème de sexualité comme bons nombres d’habitants hétérosexuels. Le sexe est caché et très tabou encore dans l’archipel. L’abstinence jusqu’au mariage (surtout pour les femmes) crée un malaise profond dans la société.

Etre vierge encore à 28 ans, vivre chez ses parents et découvrir son attirance pour les femmes n’est pas le plus simple pour Kabi Nagata.

Il lui faudra 10 ans pour comprendre qu’il lui manque quelque chose : le réconfort (elle aime être manipulée par une chiropracteur, mais aussi la relation tactile avec sa mère), ainsi que le sexe. Se découvrir, bien se connaître et s’accepter voilà le long cheminement de l’autrice japonaise.

« En fait, il en va de la recherche de l’âme sœur comme la quête d’un emploi : on espère dans les deux cas, un contrat à durée indéterminée avec la même personne » (Karyn Nishimura-Poupée)

En effet, la pression de l’emploi est elle aussi très forte au Japon. Le capitalisme ne fait pas que des heureux. Ceux qui n’ont pas de métier sont rejetés par tous.

De la souffrance à l’espérance ?

Depuis qu’elle a pris conscience de « ses manques », Kabi Nagata semble aller mieux. Et si l’espérance avait succédé à la souffrance ?

Il en faut du courage et du recul pour se livrer aux autres de la sorte, se raconter sans filtre ni artifice ! Solitude d’un autre genre est une catharsis, un cheminement dans son analyse psychologique.

Un manga à conseiller à toutes les personnes en recherche de soi, en cheminement pour son bien être !

Article posté le vendredi 21 décembre 2018 par Damien Canteau

Solitude d'un autre genre de Kabi Nagata (Pika)
  • Solitude d’un autre genre
  • Autrice : Kabi Nagata
  • Editeur : Pika, collection Pika graphic
  • Prix : 18€
  • Parution : 10 octobre 2018
  • ISBN : 9782811641412

Résumé de l’éditeur : Kabi Nagata, 28 ans, souffrant de dépression et de troubles alimentaires, vit encore chez ses parents, et n’a pas trouvé sa place dans la société. Après de nombreux échecs et petits boulots, elle réalise ce qu’elle souhaite vraiment faire : dessiner des mangas ! En parallèle de ses débuts artistiques, elle se sent terriblement seule et réalise qu’elle n’a aucune expérience sexuelle. Elle désespère d’avoir quelqu’un ne serait-ce que pour la prendre dans ses bras. Elle décide alors, pour le bien de sa création artistique mais aussi pour elle-même, d’avoir recours à une prostituée afin de trouver ce “doux nectar” dont les autres semblent jouir en secret…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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