La virginité passé 30 ans

Ils seraient plus de 2 millions d’hommes au Japon à n’avoir jamais eu de relation sexuelle avec une femme. Ces « puceaux tardifs » font l’objet d’un manga surprenant à caractère sociologique, La virginité passé 30 ans signé Atsuhiko Nakamura et Bargain Sakuraichi chez Akata.

Les « puceaux tardifs » : de l’article au manga

On ne ressort pas indemne de la lecture de La virginité passé 30 ans ! Questionnements incessants tout au long des pages, ce manga ne laisse pas indifférent sur l’évolution de nos sociétés contemporaines occidentales. Atsuhiko Nakamura fut dans un premier temps journaliste, quitta cet univers car peu rémunérateur pour ouvrir une maison de retraite où il vit cette nouvelle génération de « puceaux tardifs » parmi ses employés (comme il le décrira dans le premier portrait de Sakaguchi) qui devaient s’occuper du mieux possible des personnes âgées. Grâce à ce cas très spécifique, il creusa le sujet, redevint alors journaliste et publia un reportage sur les « puceaux tardifs » qui eut un certain succès. C’est cet article qui est décliné aujourd’hui en manga sous les pinceaux de Bargain Sakuraichi.

La virginité passé 30 ans : huit portraits surprenants

Socialement mis à l’écart, ces huit « puceaux tardifs » sont donc mis en lumière par Atsuhiko Nakamura. S’ils ont ce point commun de ne pas avoir encore goûter au plaisir défendu, ils ont de profils différents : de l’auxiliaire de vie auprès de personnes âgées au nationaliste d’extrême-droite, en passant par Hiroshi geek qui se scarifiait, Tarô l’otaku, Ichirô acteur porno ou encore Hiroshi qui couche avec des hommes. Pour tenter de surmonter tout cela, il y a donc le trollage sur internet, la religion ou le fantasme. Ils se réfugient ainsi dans ces univers qui les réconfortent.

Autant d’hommes qui ne choisissent pas vraiment de rester vierge après 30 ans pour autant de difficultés de se fondre dans la masse. Avant tout, ils sont à la marge, mais une marge qui s’accroit d’années en années au Japon.

Chaque chapitre de La virginité passé 30 ans est consacré à un de ces 8 hommes. A la fin de chacun d’eux, un texte du journaliste complète la partie dessinée et éclaire ainsi le lecteur. Solidement documenté, certains sont agrémentés de graphiques.

Ces portraits fustigent ainsi en creux cette société japonaise incapable d’aider ces hommes si malheureux dans leur vie. Le lecteur ressent donc un profond malaise en découvrant leur existence si triste et pathétique. Comme il aimerait les aider dans leur épreuve psychologique et physique !

Un dessin grotesque pour renforcer le propos

Pour mettre tout cela en image, c’est Bargain Sakuraichi qui s’y colle. L’auteur de Ladyboys vs Yakuza (dans la collection WTF!! de Akata comme Tu seras un saumon mon fils ou World war demon) réalise des planches souvent très grotesque pour renforcer le propos. Les visages des protagonistes sont déformés par leurs envies ou leur folie. Ça suinte, ça dégouline, ça sent mauvais ! Les fantasmes et les scènes plus crues sont elles aussi déformées.

Article posté le vendredi 29 juin 2018 par Damien Canteau

La virginité passé 30 ans de Sakuraichi et Nakamura (Akata) décrypté par Comixtrip
  • La virginité passé 30 ans, souffrances et désirs au quotidien
  • Scénariste : Atsuhiko Nakamura
  • Dessinateur : Bargain Sakuraichi
  • Editeur : Akata, collection WTF!!
  • Parution : 22 mars 2018
  • Prix : 12.99€
  • ISBN : 9782369743019

Résumé de l’éditeur : Au Japon, un quart des hommes entre trente et cinquante ans n’aurait jamais eu d’expérience sexuelle, ce qui représente donc plus de 4 millions d’individus… vierges ! Ce sont les vies de huit d’entre eux qui sont mises en scène dans ce manga sociologique. Des vies bien réelles, entre souffrances et désirs, espoir et fierté, honte et humiliations publiques… Avec un regard bizarrement tendre et sans jugement, mais aussi très acerbe sur la société, Sakuraichi nous dévoile leur intimité, dénonçant du même coup toute l’hypocrisie du système. Un système qui use les individus, les tue à petit feu. Malgré des situations humainement inacceptables, les auteurs se refusent à tout compromis, et nous offrent une vision sans fard d’un Japon bien réel. Victimes et bourreaux à la fois, les « puceaux tardifs » décrits dans ce recueil ne sont-ils pas, après tout, que le résultat des dérives d’une société trop déshumanisée ?

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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