Space Bastards

Une explosion, une balle dans le crâne, un coup de couteau à la gorge… Rien de bien novateur en termes d’exécution, mais des valeurs sûres qu’affectionnent Joe Aubrey et Eric Paterson. Car finalement, tous les moyens sont bons pour livrer son colis aux dépends d’un collègue quand on est un Space Bastards.

Fortune, gloire et décès

Une chose est sûre, il faut en vouloir pour devenir facteur de l’espace à la solde du Service Postal Intergalactique (SPI). Car ce métier tient davantage de la passion que de la simple profession. Passion baston, passion tuerie, passion argent… Tous les Space Bastards ont des motivations qui leurs sont propres. C’est d’ailleurs l’appel du gain qui pousse David Proton à embrasser cette nouvelle carrière de coursier. Peut-être aurait-il dû y réfléchir à deux fois avant de croire bêtement aux promesses de fortunes du SPI.

En effet, livrer un colis rapporte gros, ’autant qu’à chaque fois qu’il change de main, sa prime de livraison augmente. Encore faut-il pouvoir l’acheminer à son destinataire afin d’être payé. Mais comme dans tout nouveau travail, David peut compter sur la bienveillance de son patron. Avant de le jeter dans la fausse aux lions, ce dernier lui octroie une journée de stage auprès d’un livreur extraterrestre expérimenté nommé Manicorne. Un couteau dans le dos plus tard (au sens propre comme au figuré), David réalise qu’au SPI, tous les coups sont permis… Quitte à envoyer ses collègues déjeuner avec la mort.

Quand la morale est mise au placard

Clairement, Space Bastards n’est pas à mettre entre toutes les mains. D’intenses discussions furent d’ailleurs nécessaires pour parvenir à un accord au sein des Humanoïdes Associés. Certains reprochaient à ce one-shot de briser trop de codes moraux pour pouvoir être proposé aux lecteurs. Ceci dit, la couverture affiche clairement la couleur. Rien qu’avec le titre dans un premier temps, puis avec la pastille « par le co-créateur de The Boys », le dessinateur Darick Robertson. Sans même tourner une seule page, on sent déjà que la bienséance et la morale vont être sévèrement corrigés et que quelques têtes devraient valser dans la mêlée.

Promesse tenue dès les premières planches. Robertson nous gratifie d’une explosion venue de nulle part qui plonge d’emblée le lecteur dans un univers futuriste violent aux contours dystopiques. Son trait brut et nerveux donne parfaitement vie à la narration sans répit des scénaristes Joe Aubrey et Eric Peterson. Ces trois-là se sont bien trouvés, proposant une aventure pleine d’humour, trash à souhait, mais sans tomber dans le dégoutant. Un équilibre savamment entretenu qui pousse même le lecteur à se questionner sur de nombreux aspect de notre société actuelle.

Une critique à plusieurs vitesses

À bien y regarder, les Space Bastards ne sont ni plus ni moins que de la chair à canon. Leur utilité ? Faire grimper les primes de livraisons pour enrichir le propriétaire du SPI. La précarité du métier n’est pas sans rappeler l’ubérisation grandissante de notre quotidien. Le contexte libéral des plus sauvage a de quoi effrayer, mais poussé à l’extrême, devient carrément absurde… Au point que le lecteur se surprend parfois à le tolérer, voir à l’apprécier.

Ceci dit, on s’aperçoit bien vite que de nombreux livreurs adorent leur travail… En partie parce qu’ils y trouvent le moyen d’évacuer leurs pulsions les plus violentes. Ceci dit, difficile de s’identifier au moindre personnage tant leurs actes sont condamnables. Pas même ce bon vieux David Proton. Toutefois, ce sont bien leurs travers que les lecteurs prennent en affection tout au long de l’histoire. Au final, c’est avec le sentiment d’avoir passé un agréable moment dans une société dystopique, violente, gangrénée par le laissez-faire des forces de l’ordre et le chômage de masse, que l’on referme le comics.

Article posté le jeudi 07 octobre 2021 par Hugo Noirtault

  • Space Bastards
  • Scénaristes : Joe Aubrey & Eric Peterson
  • Dessinateur : Darick Robertson
  • Éditeur : Les Humanoïdes Associés
  • Prix : 24,95 €
  • Parution : 1er septembre 2021
  • ISBN : 9782731646054

Résumé de l’éditeur : Dans un futur où le chômage atteint des sommets, le Service Postal Intergalactique capitalise sur des livreurs qui n’ont plus rien à perdre. Grâce à une prime qui augmente à mesure que les colis changent de mains, cette poste sans scrupule attire à son service les mercenaires les plus violents de la galaxie. Mais avec l’arrivée d’une société concurrente, ces coursiers intergalactiques pourraient bien devenir obsolètes plus tôt qu’ils ne le croient…
Chaque chapitre de ce récit complet s’attache à un personnage différent, brossant un portrait déjanté de ce Service Postal unique en son genre.

Lire le premier chapitre

Space Bastards, chapitre 1 en intégralité : https://www.humano.com/digital/play/2621

À propos de l'auteur de cet article

Hugo Noirtault

Hugo Noirtault

Fan de BD, d'animation japonaise, de comics, de super-héros, de film d'action, de jeux de rôle et de jeux vidéos... Bref, la panoplie complète du geek ! J'ai fini par en faire mon métier. Journaliste pigiste indépendant, je parle chaque jour d'actualité technologique dans le podcast Choses à Savoir TECH, et avec une touche d'écologie dans Choses à Savoir TECH VERTE. Il m'arrive aussi de présenter les infos au micro d'Hit West à Nantes.

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