Frédéric Maffre au scénario et François Ruiz au dessin proposent avec Terorisuto un récit politique sur la mondialisation des terrorismes, des années 70 à nos jours, entre Japon et Moyen-Orient.

La Révolution comme horizon
Vu d’ici, Mai 68 a rimé avec barricades, voitures incendiées, et pavés arrachés au bitume parisien. Des grèves massives ont aussi paralysé un pays qui l’été venu passa à autre chose. A l’automne, la plupart des étudiants, fers de lance de cette grande révolte, regagnèrent les bancs des facultés. Une minorité toutefois voulut poursuivre la lutte contre l’impérialisme, le capitalisme et une société sclérosée dont ils ne voulaient plus.
En France, en Allemagne, en Italie, des groupuscules s’engagèrent dans une autre spirale, celle de la lutte armée. Action Directe, les Brigades Rouges ou encore la bande à Baader ont dans les années qui suivirent poursuivi un combat qui se voulait encore plus radical et violent. Au Japon aussi, une partie de la jeunesse s’engagea sur cette voie.
Moins connue, l’histoire de l’Armée rouge japonaise, organisation révolutionnaire d’inspiration marxiste qui connut son apogée dans les années 1970-1980 est aujourd’hui au coeur de Terorisuto, un récit porté par le scénariste Frédéric Maffre et le dessinateur François Ruiz, publié en ce début d’année par Glénat.

Un terrorisme international
Avec un scénario très dialogué et beaucoup de voix off, un dessin nerveux aux couleurs vives ( la coloriste est Kathrine Avraam) ce one-shot de 136 pages retrace de manière vivante cette décennie qui secoua les fondations politiques du pays du Soleil levant.
A travers une galerie de nombreux personnages, on pénètre dans l’univers mental de jeunes hommes et femmes aveuglés par une lutte idéologique mortifère, faite de sacrifices allant jusqu’à la pratique de l’attentat suicide… De Singapour à La Haye en passant par Djakarta, Rome ou Naples, cette Armée rouge japonaise signait ainsi ses actions.
Mais la révolution prônée par l’armée rouge japonaise ne devait pas s’arrêter à ce seul pays. Elle devait être mondiale. Aussi les leaders de ce groupe, dont un certain Kozo Okamoto, exportèrent leurs méthodes et proposèrent leurs « services » à d’autres pays.
Et c’est au Sud Liban, dans les années 70, auprès du FPLP, le Front Populaire de Libération de la Palestine, que ce jeune homme sans éclat trouva refuge pour engager à nouveau un combat anti impérialiste.

Un monde qui change ?
A l’aube des années 2000, l’armée rouge japonaise se dissout et annonce par la voix de sa fondatrice Shigennobu, autre figure emblématique de ce groupe, vouloir « cesser toute lutte armée ».
Car le monde avait changé pensait-on. Vraiment ? Ici et là sur la planète, d’autres mouvements avaient pris en quelque sorte « la relève », avec des méthodes similaires, semant par exemple la terreur en lançant des avions contre des tours jumelles…
Extrêmement bien documenté, ce récit dessiné éclaire un pan encore mal connu de l’histoire. Sans pathos et sans jugement moral, les auteurs exposent des faits et constatent l’échec d’une violence qui n’aura permis aucune des avancées sociales et politiques escomptées par ces acteurs.
A la fin de l’album Terorisuto, deux longues interviews des auteurs viennent compléter la compréhension de cette histoire. A découvrir.
- Terorisuto
- Scénariste : Frédéric Maffre
- Dessinateur : François Ruiz
- Editeur : Glénat
- Prix : 22, 50 €
- Parution : 15 janvier 2025
- ISBN : 9782344052204
Résumé de l’éditeur. À la fin des années 60, la jeunesse étudiante du monde entier est descendue dans la rue, révoltée par une Société injuste et rétrograde. Le Japon ne fait pas exception et se voit paralysé pendant des mois par de très jeunes gens habités par l’idée d’une révolution marxiste. Mis en échec par un gouvernement inflexible, les plus radicaux se lancent alors dans une vague d’attentats meurtriers, portés par une spirale fanatique qui les emportera presque tous. Presque, car ce n’est pas au Japon que leurs actions marqueront le plus les esprits mais au Moyen-Orient, au soutien de la cause palestinienne. Et le plus meurtrier d’entre eux sera le fait d’un jeune homme sans éclat, sans vision, sans destin. Son nom : Kozo Okamoto.Le scénariste Frédéric Maffre livre ici un récit historique étonnant, intrigant et précis, retraçant le parcours de l’Armée rouge japonaise, équivalent des Brigades rouges italiennes ou d’Action directe en France. Surtout, il nous raconte comment cet acteur du terrorisme international de 1971 au début des années 2000 a introduit dans la lutte idéologique la pratique de l’attentat-suicide. Le trait nerveux de François Ruiz nous plonge au cœur de l’action de ce maelstrom meurtrier.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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