Quand un brigand d’Europe de l’Est vole l’identité d’un passager d’un train, cela donne Vous oubliez votre cheval, un formidable album de Thomas Gosselin. Entre tragédie humaine et aventure, cette bande dessinée est éditée par Atrabile.

Les haïdouks, brigands de grand chemin
A la fin du XIXe siècle au sud-est de l’Europe, les populations connaissent un grand brassage. Musulmans, Rroms, bergers nomades, orthodoxes, catholiques et autres Roumains se croisent.
Parmi ces nomades, les Haïdouks sont “des brigands de grand chemin […], des Balkans et du Caucase. Ils disparurent à la fin du XIXe siècle, avec la dissolution de l’Empire Ottoman” comme le souligne la préface de l’album.
Alors qu’il tente de réguler un flux de bisons, un Haïdouk et ses compagnons d’infortune attaquent un train d’ennemis.

L’attaque du train
La bataille est déséquilibrée. Les Haïdouks sont à cheval, armés d’arcs et de flèches. Les soldats du train sortent sabres et fusils.
Après un combat épique à l’intérieur des wagons, le mystérieux homme tient en joue un passager ayant tué un de ses comparses.
Il lui demande alors de se déshabiller et de sauter du train. Il découvre son identité : Cosmin Radu.

Usurpation d’identité
Les habits de Cosmin sur le dos, l’Haïdouk descend du train. Il entend alors Simza, la femme de Cosmin, cherchant son mari.
“Bah… On a échangé nos places… Chuut… Prends-moi à l’essai quelques jours avant de m’adopter…”
Simza joue le jeu devant un soldat. Elle embarque ensuite “Cosmin” dans sa charrette. Rapidement, l’homme prend vraiment la place de Cosmin dans cette famille avec trois enfants…

Vous oubliez votre cheval : l’aventure selon Thomas Gosselin
On est loin de la chanson de Charles Trenet écrite en 1936 et ayant le même titre. Vous oubliez votre cheval ne parle ni de pur-sang, ni d’hippodromes et ni de victoires hippiques.
Vous oubliez votre cheval met en scène une aventure légèrement surréaliste entre usurpation d’identité et relations familiales dans une Europe de l’Est en mouvement.
Thomas Gosselin imagine ainsi une tragédie humaine construite comme un western. Ici, point d’Amérindiens ni de saloons mais des villages agricoles où l’on survit comme on peut.

Vous oubliez votre cheval : Cosmin chez des inconnus
La comédie pourtant s’invite dans Vous oubliez votre cheval. Le fait que Simza accepte que son vrai mari soit remplacé par un inconnu est absolument divin. Les enfants emboîtent les pas de leur mère et cet homme mystérieux prend la place d’un absent.
On ajoute ensuite le souffle de l’aventure et les petites malversations et l’on obtient un album délicieux. Une tragi-comédie mouvementée. Un récit glissant inéluctablement vers le drame avec l’arrivée d’un couple d’acrobates de cirque dans la vie des Radu, .
L’auteur de L’espacée, La trêve chérie et Les visés dessine les contours de ses personnages à la perfection. Leurs personnalités sont bien campées. Et leurs interactions sont savoureuses. L’amour, les rivaux et les femmes sont au cœur de ces relations humaines. Le faux Cosmin ne cherche finalement qu’à être aimé.
L’album bénéficie de couleurs absolument fabuleuses. Les jaunes, verts, oranges, roses et bleus très simples, sans dégradés, se mélangent avec harmonie. Thomas Gosselin a pris un soin particulier pour les costumes et c’en est plus qu’agréable.
Plongez dans Vous oubliez votre cheval, un très bel album de Thomas Gosselin. Un récit riche et accrocheur au cœur de l’Europe de l’Est.
- Vous oubliez votre cheval
- Auteur : Thomas Gosselin
- Éditeur : Atrabile
- Date de publication : 05 mars 2025
- Nombre de pages : 56
- Prix : 17€
- ISBN : 9782808209991
Résumé éditeur : Fin XIXe quelque part dans les Balkans, alors que la Roumanie commençait à exister, différents peuples la traversaient et l’attisaient : voyous, orphelines, orthodoxes, catholiques, bergers nomades, musulmans pieux, juifs, soldats, Roms affranchis – personne ne se satisfait de sa condition, tous embrassent l’aventure. C’est un Western déplacé à l’Est : grands espaces, esprit pionnier, bisons, vie sauvage, attaques de train, incertitude des frontières. Prenons un Haïdouk d’alors, un des derniers brigands ou rebelles, c’est selon. Profitant d’une attaque de train, spectaculairement ratée, et pour échapper à un chagrin d’amour, il usurpe l’identité d’un passager. Désormais quincailler, et baptisé «Cosmin Radu», il récupère également la famille de celui qu’il remplace : une femme rom, appelée Simza, et des enfants malingres. Ça devient ensuite leur histoire. Mais le drame et les coups du sort ne sont jamais loin, et à l’image de ce territoire en perpétuel bouleversement, la sérénité ne s’installe que de façon passagère dans cette nouvelle famille recomposée; ainsi, l’arrivée inopinée d’un couple d’acrobates de cirque ne tardera pas à tout faire voler en éclat. Thomas Gosselin signe avec Vous oubliez votre cheval un récit dense et mouvementé, plus linéaire qu’à l’accoutumée, mêlant portraits psychologiques poussés, tragédie humaine, références historiques et aventure débridée. «C’est, de nouveau, ce douloureux instant – qui se renouvellera sûrement encore plein de fois dans le futur – où je me rends compte qu’il est temps, pour moi, d’aller me faire aimer ailleurs.»
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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