En attendant Une nuit à Rome 4

Qu’elles soient bonnes ou mauvaises, toutes les séries ont une fin. Certaines, lorsqu’elles arrivent à leur terme, ont cette particularité de laisser ce petit goût de nostalgie. Une Nuit à Rome va connaitre à son tour son épilogue. Il nous reste encore quelques semaines avant de savoir où Jim va emmener Marie et Raphaël. Et on a envie de savourer l’attente de cet ultime épisode qui, quelque soit son dénouement, deviendra une série marquante. En attendant, Jim nous a accordé un peu de son temps pour parler de Marie, du cinéma, de ses projets BD. Et quand on se retrouve face à un tel passionné, les minutes qui défilent sont savoureuses.

Jim partage son travail sur Une nuit à Rome 4 (Bamboo/Grand Angle)) quelques mois avant sa sortie - décrypté par Comixtrip le site BD de référence

Huit ans après, le 4e et ultime tome de Une Nuit à Rome marquera la fin d’une série au succès indéniable en mai prochain. Bien qu’il soit trop tôt pour que tu en tires un bilan, quel a été ton ressenti lorsque tu as écrit le mot « Fin » ?

Jim : Ça ressemble à des adieux de deux personnes qui ne veulent pas se quitter, mais en vérité, nos personnages fétiches, on ne les quitte jamais. Il y a fort à parier que dans 5 ans, dans 10 ans, je dédicacerais des albums et dessinerais Marie. Certains personnages trouvent un écho dans le public, et on ne s’en sépare pas comme ça… et c’est tant mieux, ça fait dix ans que je vis avec eux. Qu’ils vivent par procuration une vie que je n’ai pas eue.

Est-ce difficile de conclure une histoire qui t’aura pris tant de temps ?

Conclure, non. Enfin, scénaristiquement, la fin ne m’a pas posé de souci. J’aime les fins. Les fins et les débuts. Les fins et les débuts c’est passionnant. Je passe ma vie à écrire des débuts, j’en ai plein mes tiroirs. Après, souvent ça se complique avec le milieu. Et si on ne trouve pas le milieu, on n’a pas souvent l’occasion de se questionner sur la fin. Il y a parfois des débuts qui viennent avec la fin, mais personnellement, je suis quelqu’un qui écrit des débuts. Et si ça me semble bon, j’essaie de continuer…

« Dans le tome 3, j’ai placé énormément de choses auxquelles je réponds dans le dernier… »

Cette fin justement, est-elle celle que tu avais imaginée dès le départ ou a-t-elle évolué au fil des années ?

Je tenais la fin pendant que j’écrivais le tome 3. La fin du premier cycle, je l’avais au départ écrit comme une piste possible, mais qui me semblait un peu trop évidente. Et puis, curieusement, elle plaisait à tout le monde quand je l’évoquais. Vraiment comme une évidence, du coup je n’ai pas eu le loisir de chercher autre chose. La fin du second cycle, elle m’est apparu dès l’écriture du 3, et j’ai placé des éléments pour bâtir au mieux le tome 4. C’est peut être le défaut du tome 3 d’ailleurs, il a besoin du tome 4 pour être complet. J’ai placé énormément de choses auxquelles je réponds dans le 4, ou qui deviennent payantes, prennent sens.

À trois mois de sa sortie, tu as déjà choisi et présenté la couverture de l’édition classique. En martelant l’importance du choix des bonnes nuances de couleur. L’occasion de mettre une nouvelle fois en valeur le travail de ton épouse et coloriste Delphine. Comment perçoit-elle la fin de Nuit à Rome ?

Alors,  je lui demande de ce pas. Le premier mot que j’entends est dans un éclat de rire : « délivrance !». Pour elle c’est dix ans de travail, quatre albums d’une centaine de planches chacun. Le travail sur Une nuit à Rome imprègne son parcours, il définit un peu son registre. Il y a un avant et un après pour elle avec cette série.

Jim partage son travail sur Une nuit à Rome 4 (Bamboo/Grand Angle)) quelques mois avant sa sortie - décrypté par Comixtrip le site BD de référenceJim partage son travail sur Une nuit à Rome 4 (Bamboo/Grand Angle)) quelques mois avant sa sortie - décrypté par Comixtrip le site BD de référenceJim partage son travail sur Une nuit à Rome 4 (Bamboo/Grand Angle)) quelques mois avant sa sortie - décrypté par Comixtrip le site BD de référence

L’adaptation au cinéma est-elle toujours d’actualité ?

Ce monde du cinéma est décidément un chemin extrêmement sinueux. Je me souviens de mon premier contrat cinéma, j’appelais les copains en disant « ça y est, je fais un film, j’ai signé ». C’est ce qui se passe quand un signe un album avec un éditeur, on sait qu’on travaille et à la fin, que ça va sortir. En signant avec un producteur, on sait qu’on part pour des années et lui-même ne sait pas si il montera le film. J’attends de boucler totalement l’album pour aller aux nouvelles sur Nuit à Rome version ciné. C’est toujours dans les tuyaux, mais où en est l’énergie ? Je ne sais pas.

« Cette année, je m’accorde un peu de temps sur le film que je travaille, Belle Enfant »

Même si prochainement va paraître la suite et fin de Detox que tu co-dessines avec Antonin Gallo, est-ce que le Jim dessinateur va faire une pause ?

Cette année, je m’accorde un peu de temps sur le film que je travaille, Belle Enfant. Et je prendrais la mesure de la démangeaison. Est-ce que dessiner va me manquer rapidement, ou est-ce que je ne ré-attaquerais qu’en fin d’année ? Je ne sais pas.

Parle-nous de tes différents projets en cours, que ce soit en BD ou au cinéma

Un beau projet avec Laurent Bonneau, un autre avec Antonin Gallo dès que Détox est achevé. Nous avons envie de travailler ensemble avec Jean-Michel Ponzio aussi, j’ai écrit un scénario mais je n’en suis pas entièrement satisfait, je dois le retravailler… ou le jeter (rires). Et puis, j’ai envie de découper un album, de crobarder, sans forcément savoir qui dessinera, mais revenir au plaisir du page après page…
Côté cinéma, Belle Enfant est un projet qui m’anime, sur un trio de jeunes femmes en Italie pour la fausse tentative de suicide de leur mère. Les lits séparés est un autre film que je prépare, et j’ai plusieurs autres scénarios en développement, sans savoir de quel côté ils vont basculer. Et Détox le film est également en écriture.

Tu diriges la collection de romans chez Grand Angle, est-ce toujours aussi enrichissant ? As-tu trouvé de nouveaux auteur.ice.s ?

Nous allons sortir le roman Une nuit à Rome, correspondant au cycle 1, et adapté par Ulysse Terrasson, déjà auteur de Plein de promesses. C’est intéressant car il embarque sa jeunesse dans l’écriture, et donne une vision « de l’intérieur » des personnages.

Les années 2010 auront été clairement un tournant dans ta carrière d’auteur, cette nouvelle décennie sera-t-elle celle de Jim réalisateur ?

Je n’en sais rien. « Toujours en mouvement est l’avenir » disait Yoda dans L’Empire contre-attaque. Ce que je sais, c’est que les années BD à venir vont être passionnantes, car je me retrouve devant une grande page blanche, avec un appétit gargantuesque de faire de beaux albums. Et je compte bien en profiter, car c’est un vrai terrain de liberté. Et que je savoure de plus en plus cette liberté là.

Jim partage son travail sur Une nuit à Rome 4 (Bamboo/Grand Angle)) quelques mois avant sa sortie - décrypté par Comixtrip le site BD de référence

« On n’a pas tous les jours l’occasion de faire revivre les gens qu’on aime bien… »

Lors d’un de nos précédents entretiens, tu ne fermais pas la porte à l’idée d’imaginer une suite ou un préquel de Nuit à Rome. Alors Jim ? Reverra-t-on un jour Marie & Raphaël ?

Mon cerveau me dit que non, mais mon ressenti me dit que oui. Je ne serai pas la même personne dans un an, dans deux ans, je sais juste que les dessiner à soixante ans ne me donne pas du tout envie. Peut être un roman un jour sur leur jeunesse, leur rencontre, ou peut être une BD ? En vérité, j’espère ne jamais y revenir. Cela voudra dire que je suis happé par plus grand, plus emballant. Mais si le plaisir est là, et que j’ai le sentiment de tenir une bonne histoire, en même temps pourquoi s’en priver ?
On n’a pas tous les jours l’occasion de faire revivre les gens qu’on aime bien… (rires)

 

Nous avons demandé à Jim de nous commenter la planche qui lui a donné le plus d’émotion pour ce dernier tome d’Une Nuit à Rome. La voici :

 

Jim partage son travail sur Une nuit à Rome 4 (Bamboo/Grand Angle)) quelques mois avant sa sortie - décrypté par Comixtrip le site BD de référence
Jim : Dans l’album, cette page me touche particulièrement, je ne suis pas certain que ce soit un choix de page qui tapera particulièrement dans l’œil des lecteurs, elle n’a rien d’épatant graphiquement en soi…
Mais justement, je la trouve visuellement d’une simplicité qui fait du bien, il y a juste le nécessaire pour raconter ce qu’elle doit raconter, tout en essayant d’être vivante… On est avec lui qui passe son coup de fil, simplement… C’est durant la crémation de la maman de Marie, une sorte de moment suspendu, de retour à l’essentiel.
D’un point de vue du contenu, je trouve rare en BD qu’un héros passe du temps avec sa maman, c’est un côté de nos vies qui compte, mais sur lequel on ne prend jamais le temps de s’arrêter… et puis, à titre personnel, je l’ai écrit en parlant à ma mère dans ma tête… Ce que dit le personnage, c’est moi qui le dit par le biais du livre. Comme une sorte de petit recul sur une vie. Bref, comme le disait la grande philosophe Jackie Quartz, c’est juste une mise au point…
Article posté le mardi 04 février 2020 par Mikey Martin

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

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Mikey, dont les géniteurs ont tout de suite compris qu'il était sensé (!) a toujours été bercé par la bande dessinée. Passionné par le talent de ces scénaristes, dessinateur.ice.s ou coloristes, il n'a qu'une envie, vous parler de leurs créations. Et quand il a la chance de les rencontrer, il vous dit tout !

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