A l’occasion de la sortie de son nouvel album « IA des histoires comme ça » (une aventure où se côtoient réflexion et fantastique, avenir et voie sans destination, batracien et créature à sabots), Phicil nous a accordé un peu de son temps pour une interview express où il nous parle, entre autres, d’Intelligence Artificielle, d’autoédition et du parc des Buttes-Chaumont.

« J’avais envie de faire cette BD sur le parc gréco-romain, sur des étudiants en art et sur cette menace de l’IA »
Phicil. Quelle est l’inspiration première du scénario ?
Mes scénarios sont souvent un mélange de plusieurs idées. Ça fait 10 ans que je voulais faire une bande dessinée sur le parc des Buttes-Chaumont, qui est un parc d’inspiration gréco-romaine, avec tout ce que cela porte comme mythes et philosophies, et qui se trouve à 50 mètres de mon école, l’école Jean-Trubert. Un album aussi sur des étudiants en art, mais je n’arrivais pas à trouver le point d’accroche intéressant.
Fin 2022 et début 2023, avec l’arrivée des intelligences artificielles génératives grand public, il y a eu de fortes discussions dans le milieu de l’art et aussi à l’école. C’est là que mon idée a germé de mélanger tous ces éléments : mon envie de faire cette BD sur le parc gréco-romain, sur des étudiants en art et sur cette menace de l’IA, le pillage ressenti par les artistes.

« Mon style est le reflet de mes inspirations, de mes forces et de mes faiblesses, il évolue petit à petit. »
Quelles ont été les techniques utilisées pour la partie dessin ?
De mon point de vue, il y a différentes sortes d’auteurs et d’autrices de bande dessinée. Ceux qui sont dans une recherche graphique et qui changent constamment de style, et ceux qui sont un peu des monolithes graphiquement.
Il me semble que je fais partie de cette deuxième famille. Je n’ai pas vraiment le souci de faire des recherches graphiques. Mon style est le reflet de mes inspirations, de mes forces et de mes faiblesses, il évolue petit à petit. J’ai plutôt le souci de raconter des histoires et que mon style soit opérationnel pour servir au mieux ces textes, qu’ils soient romancés ou scénaristiques.
Donc après Georges Frog en 2010 (que je devais terminer dans la même technique), j’ai changé et ajouté des lavis à l’aquarelle.
Depuis, j’utilise cette même technique, un encrage à la plume à l’encre de Chine avec un lavis à l’aquarelle en bleu. C’est une technique, il me semble, que j’ai emprunté à Frederik Peeters, qui l’utilisait dans sa bande dessinée RG, vers 2006 ou 2007 et dont j’avais vu les planches originales. J’apprécie beaucoup son travail. La différence ici, c’est qu’il n’y a pas de couleurs ajoutées en informatique, pour une raison simple, le manque d’argent et de temps.

« J’ai décidé de faire aboutir celui-ci, coûte que coûte. Peu importe le chiffre de vente »
Pourquoi se lancer dans de l’autoédition ?
Je ne peux pas enchaîner les projets rapidement, je connais les techniques d’écriture pour faire des scénarios bien ficelés, mais ce n’est pas cela le plus difficile. Le plus difficile, c’est d’avoir un vrai fond.
Je mets beaucoup de temps à développer un album, surtout sur la partie scénario, pour avoir une histoire aux imbrications complexes, à plusieurs niveaux de lecture, une apparence jeunesse et un fond qui va puiser dans des éléments solides. Tout ça me prend des années.
Donc en 2023 et 2024, j’ai développé mon projet qui parle de l’intelligence artificielle, et quand je l’ai proposé aux éditeurs, début 2025, malheureusement ce n’était pas le bon moment. L’année 2025 a été catastrophique pour les éditeurs (mais aussi pour les auteurs, les libraires et toute la chaîne du livre : mon livre Les Fantômes du Mont-Blanc a été très peu distribué).
Donc quand j’ai présenté mon projet, ce n’est pas passé. Bien sûr, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. À maintes reprises, j’ai participé à des projets qui ont été refusés.
Ce qui change la donne, c’est que maintenant, j’ai 51 ans, j’ai perdu mon père il y a peu de temps et je ressens l’urgence de réaliser uniquement les livres que j’ai envie de faire… Mes projets, pas de commandes, ou seulement celles qui pourraient être mes propres projets.
Je ressens que dans quelques années, je n’aurai plus l’énergie pour faire tout ça. C’est un plaisir de réaliser ces projets, mais aussi beaucoup d’effort et d’énergie.
Donc j’ai décidé de faire aboutir celui-ci, coûte que coûte. Peu importe le chiffre de vente.

De plus, j’ai fait le choix depuis longtemps de ne pas essayer de vivre à 100 % de la bande dessinée. J’ai donc plusieurs jobs à côté qui me permettent de vivre décemment, et n’étant pas issu d’un milieu privilégié, je n’ai pas vraiment de sécurité, ni de futur héritage pour un avenir clair. Je dois donc travailler pour assurer mes arrières.
Ce qui me permet de faire exactement ce que j’ai envie de faire, mais plus lentement, ce qui colle parfaitement à ma pratique du zen et à ce que l’on doit opposer, il me semble, à ces nouvelles IA : lenteur, fait main, avec une recherche de profits limités.
Je pense que contrairement à ce que m’ont répondu certains éditeurs, le thème de l’intelligence artificielle peut intéresser le public. De plus, je ne traite pas ce thème d’un point de vue technique, mais d’un point de vue onirique, comique, donc ma bande dessinée vieillira beaucoup moins que certaines qui se rapprochent du documentaire.

Phicil, comment peut-on se procurer votre album ?
J’avoue que toute cette partie n’est pas mon fort, mais j’ai quand même réussi à faire un petit site minimaliste, donc si vous souhaitez vous procurer ce livre, ce sera possible !
Vous pourrez acheter cette bande dessinée pour 18 euros sur le site phicil.com – avec des frais de port de 2 euros.
Vous pourrez aussi vous la procurer sur mes comptes Vinted et Leboncoin.
Enfin, avec Stéphanie Branca, ma compagne (qui est aussi mon assistante scénario), nous allons essayer d’en déposer dans quelques librairies qui acceptent de le prendre. Je ferai une liste qui sera disponible sur mon site.
Je serai également en dédicace au Festival des Planches et des vaches à Hérouville-Saint-Clair les 4 et 5 avril.
Merci Phicil pour ce moment de questions-réponses.
- Découvrez la chronique du tome 1 de IA des histoires comme ça par Yaneck Chareyre, ICI.
Entretien réalisé le 06 mars 2026
- IA des histoires comme ça tome 1
- Auteur : Phicil
- Éditeur : Autoédition
- Date de publication : 12 mars 2026
- Prix : 18€
À propos de l'auteur de cet article
Fabrice Bauchet
Très grand amateur de bandes dessinées depuis ses jeunes années, Fabrice Bauchet partage ses coups de coeur anciens pour les lecteurs de Comixtrip. Instagrameur BD qui commence à compter, vous allez aimer cet(te) (h)auteur d'1m80 ! https://www.instagram.com/fab_de_yf/
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