Giant, tome 1

Dans une ville en pleine mutation architecturale, Dan se fait embaucher sur la future tour Rockefeller de New-York. Là, il fait la connaissance de Giant, un ouvrier taciturne. Quelles conditions de travail pouvaient avoir ses employés sous-payés ? Mikaël tente d’y répondre dans Giant, une belle fresque historique aux éditions Dargaud.

DE GIGANTESQUES STRUCTURES QUI S’ÉLÈVENT VERS LE CIEL

New-York 1932. Alors que le pays est en quasi faillite depuis trois ans, le ville commence sa mue. C’est le début des constructions de gigantesques buildings. Rockefeller qui a fait fortune dans le pétrole, décide de construire le sien.

Pour travailler sur ces immenses immeubles, de nombreux immigrés quittent la vieille Europe pour un maigre salaire. Tous pensent retourner rapidement chez eux lorsque les chantiers seront terminés. En attendant, ils vivent chichement et envoient le surplus d’argent à leurs familles restées en Irlande ou en Angleterre.

Il faut souligner que leurs pays d’origine sont aussi touchés par la crise et que les Etats-Unis sont une porte ouverte vers le travail, l’argent.

DAN DÉCOUVRE LE METIER

Parmi ces ouvriers surexploités, il y a Giant, un colosse taciturne et quasi mutique, mais aussi Dan qui se présente ce matin-là au contremaître. Pas de contrat, juste une poignée de main pour valider ce nouveau travail.

Le jeune Irlandais rejoint alors la section des riveteurs où travaille Giant. Leur mission : insérer des rivets dans les poutres pour les fixer entre elle.

Attiré par le côté mystérieux de Giant, Dan tente de parler avec lui, de percer ses secrets souvent par l’humour et de devenir son ami…

GIANT : UNE TRÈS BELLE FRESQUE SOCIALE

Loin des clichés de l’American way of life, Giant nous plonge l’Histoire des Etats-Unis des années 30, à travers le quotidien d’ouvriers immigrés, celles de petits, des sans-rien. Ainsi, l’auteur propose une belle plongée dans le monde ouvrier des années 30. Et le lecteur découvre le début du capitalisme à outrance : les employés pauvres cohabitent (de loin) avec les ultra-riches industriels.

Construit comme une très belle fresque historique sociale, le récit de Mikaël attire, fascine et accroche. Tout le monde a vu les photographies de ces employés surexploités jouant les acrobates sur les poutres de ces chantiers à ciel ouvert. Attribué à Charles Clyde Ebbets puis à Lewis Hine, le fameux cliché de 11 ouvriers assis sur une énorme traverse pendant leur pause, les pieds dans le vide jouant avec leur vie, était une commande publicitaire de Rockefeller lui-même (voir le diaporama). Elle reflète exactement leurs conditions souvent inhumaines, admirablement restituées ici par l’auteur de Promise (3 volumes, Glénat).

DAN, GIANT ET LES AUTRES

Pour incarner au mieux cette très belle série historique, Mikaël imagine Dan, Giant et quelques autres qui sont souvent seuls – leur famille loin en Europe – vivant dans des logements insalubres, le plus simplement possible, dépensant leur argent dans les bars de la ville, chez des prostituées ou aux jeux.

Pourtant ces hommes ne se plaignent jamais, faisant leur travail consciencieusement malgré leurs camarades morts en tombant des échafaudages, qui se multiplient. Pas de contrat, sécurité sommaire et salaire de misère mais une confrérie qui se sert les coudes pour affronter les obstacles, vivre le mieux possible. Ainsi les migrants économiques se retrouvent par origine : les Irlandais ensemble, les Ecossais ensemble…, formant des quartiers dans la ville. Rien de mieux que de se regrouper pour s’intégrer.

D’un côté, il y a Dan, le jeune Irlandais qui ne connait rien à la vie, insouciant, amuseur public et qui démarre sa carrière sur le chantier Rockefeller. De l’autre, Giant, mystérieux sur son passé, sur sa famille (Mary-Ann et ses enfants restés au pays) et qui est le roi de la riveteuse. Il a du mal à parler et du mal à communiquer avec sa femme (ses lettres sont peu fréquentes).

DE MAGNIFIQUES PLANCHES

Pour tenir en haleine son lectorat, Mikaël termine ce premier tome par une fin qui donne envie de poursuivre. Ce diptyque donne l’eau à la bouche aussi par une partie graphique très réussie. Son trait semi-réaliste anguleux convient admirablement pour restituer la dureté du quotidien des ouvriers mais aussi ses personnages (Giant le colosse).

Il met peu de couleurs dans le ciel (souvent blanc) afin de faire la part belle aux protagonistes, qu’ils se détachent dans la vignettes le plus possible lorsqu’ils sont tout en haut de la construction. Pour le reste, les couleurs pâles se combinent avec le noir afin de renforcer le côté sombre du récit.

L’on peut rapprocher Giant d’une autre série sur la même thématique : Un homme de joie de David François et Régis Hautière (Casterman) qui mettait en scène Sacha, les constructions, la mafia, la prostitution et la prohibition.

Article posté le jeudi 08 juin 2017 par Damien Canteau

Giant tome 1 de Mikaël (Dargaud) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Giant, tome 1/2
  • Auteur : Mikaël
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 13.99€
  • Parution : 02 juin 2017
  • IBAN : 9782505066095

Résumé de l’éditeur : New York, 1932. Malgré la grande dépression qui frappe durement l’Amérique, les buildings s’élèvent toujours plus haut dans le ciel de Manhattan et les chantiers prolifèrent. C’est là que travaille Giant, un homme taciturne à la carrure imposante. Ses collègues le chargent d’avertir la famille d’un compatriote irlandais du décès accidentel de celui-ci. Mais, dissimulant la triste vérité, le mystérieux colosse envoie une belle somme d’argent à Mary Ann, la jeune veuve, ainsi qu’une lettre dactylographiée qui pourrait être de son mari… Elle lui répond et commence alors une correspondance régulière, sans que Giant dissipe le mensonge. Vient alors le jour où Mary Ann et ses enfants débarquent à New York…

À propos de l'auteur de cet article

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Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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