Anthologie Doggybags

En février 2017, sortait le treizième et dernier tome de Doggybags. Fondée par le label 619 et orchestrée par Run depuis le premier numéro en 2011, il était dit que la série adulée par de nombreux lecteurs, ne pouvait s’arrêter là. Même si elle est officiellement terminée, l’auteur de Mutafukaz, entouré de tant d’autres artistes, entend le déchirement des fans. Fort de ses deux hors-séries (Doggybags présente) et récemment du one shot issu de cette même collection, Run offre cette Anthologie dont les histoires ont été choisies par les aficionados de ces aventures noires à souhait. Forcément subjectif, ce recueil horrifique et sans concession rassemble ainsi dix aventures créées par des auteurs survoltés.

 

  • Mort ou Vif de Run : Présente dans le premier tome de Doggybags, cette histoire annonce la couleur de l’Anthologie. Deux policiers en patrouille dans le désert de l’Arizona, s’apprêtent à faire une pause cheese-cake dans une station service. L’un ne descendra jamais de sa  moto, l’autre se verra faire un joli vol plané. Percutés par une voiture conduite par un braqueur, Curtis sera le seul à comprendre pourquoi l’homme leur a délibérément foncé dessus. S’en découlera une chasse à l’homme au climat étouffant. Dans cette ambiance à la U-Turn, Run ne nous épargne aucun détail, et l’imprègne d’un final foudroyant !

 

  • Samurai de Run et Singelin : Dans un Japon plongé dans une longue guerre civile, les deux auteurs mettent en exergue le destin de Goshi Mononofu, qui, sous les conseils d’un renard (!), aura l’opportunité d’être couvert d’honneur devant son Seigneur. Mais cela ne se passera pas véritablement comme prévu… Guillaume Singelin illustre à merveille cette nouvelle histoire de Run apparue dans le douzième tome de Doggybags.

CE DOGGYBAGS OFFRE DE BEAUX RESTES

  • Wintekowa, la dernière traque de Tom Longley de Hasteda et Bablet : retour sur un lieu sinistre pour Tom. Cinq ans après l’agression de sa femme et la disparition de son fils, il revient à la maison de vacances familiale. Avec un seul objectif, traquer, trouver et tuer  le monstre qui a enlevé et probablement tué Jonah. C’est un homme habité par la vengeance que développe Hasteda dans cette mystérieuse poursuite au Wendigo. Servie par l’excellent dessin de Mathieu Bablet, l’auteur de Shangri-la s’emploie à respecter brillamment l’atmosphère anxiogène du scénario. La chasse est ouverte…

 

  • Lupus de Hasteda et Mëgaboy : Envie de passer une nuit dans un relais routier en Roumanie ?  Lars sera votre guide. Pas sûr que cela soit celle qu’il imaginait montrer. À cause d’un camion renversée sur la chaussée, Lars va devoir se replier en compagnie d’autres collègues routiers, dans un endroit qui va vite devenir un enfer… Des dizaines de loups devenus de véritables monstres assoiffés de chair, ne laissent aucune chance à quiconque s’aventurera dehors. Avant que Lars ne comprenne l’explication rationnelle, il ne pourra rien faire devant l’hécatombe de cette attaque sanguinaire. Hasteda met beaucoup d’intensité dans cette histoire où on a vraiment l’impression d’être dans une voie sans issue. Au dessin, Mëgaboy a l’air de s’éclater et en oublie parfois de détailler un peu plus les visages des personnages. La question est : qui arrivera à survivre ?

 

  • Dia de Muertos de Gasparutto et Giugiaro : Comme dans toutes les villes mexicaines, c’est le jour de fêter les morts à Ciudad Juàrez. Les familles commémorent leurs disparus tandis qu’un groupe de « justiciers » s’attelle à montrer la mort de façon concrète aux narcotrafiquants. Appelés les Mata Zetas (Tueurs de Zetas), ils s’autoproclament voix et défenseurs du peuple. Sans pitié, les méthodes expéditives de ce groupe effraient à juste titre les narcos qui ne trouvent pas de moyens pour les contre attaquer. Lorsque Jéremie Gasparutto et Francesco Giugiaro se rencontreront, ce sera pour, artistiquement, s’apercevoir qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Avec son dessin explosif et d’une grande intensité, Jérémie donne à son compère toute la violence et la peur qui devaient émerger de ces authentiques affrontements. Avec une telle complémentarité, il n’est pas anodin de les revoir sous le même label pour la sortie du premier tome de la nouvelle collection.

RUN, RUN, RUN, RUN, RUN…

  • The Border de Run et Singelin : Trois américains se considérant comme de « vrais » Minutemen, font le ménage en ne laissant passer aucun clandestin mexicain. Il ne faudrait pas que l’un d’entre eux passe la frontière avec « le cul bourré de sac d’héroïne » voire en ramenant des maladies telles « le hache-un haine-un »… Enfants, femmes enceintes, deux de ces miliciens, arborent fièrement les photos de leurs victimes avec ce sentiment du devoir accompli. Nous les suivons ainsi dans cette chasse à l’homme qui ne va pas se dérouler comme prévu. On retrouve le duo Run/Singelin pour une histoire qui fait vraiment froid dans le dos, tant elle pointe du doigt la réalité. À noter, une nouvelle fois, l’excellente prestation graphique de Guillaume Singelin.

 

  • Welcome Home Johnny de Run et Amoretti : L’Américain Johnny Hiscox revient chez lui, à Crane. Accueilli en héros par les habitants de la ville, le Caporal entame son discours par les raisons qui l’ont motivé à partir au front pour sa patrie après l’effondrement des deux tours. Quand Johnny conclut son monologue en affirmant que son pays l’avait, en fin de compte, lui-même rendu terroriste,  la cérémonie en son éloge tournera au vinaigre. Les conséquences de ces paroles aussi sincères que malheureuses provoqueront un courroux seulement apaisé par des actes insoutenables. Run l’indique en préambule, ce scénario s’inspire de faits similaires dont il s’était ému. Comme pour s’en délivrer, il imagine cette intrigue oppressante et malsaine. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que François Amoretti montre toute l’étendue de son talent. Son dessin accompagne magistralement les moult émotions  ressenties par le lecteur. Assurément, l’un des épisodes les plus captivants de Doggybags.

 

  • Times Scare de Run : New York abrite l’une des places les plus convoitées et visitées dans le monde. Ainsi, Times Square accueille plus de vingt-cinq millions de curieux chaque année. Aujourd’hui, il est fréquent d’y voir des personnes déguisées en personnage célèbre de dessin-animé. Moyennant un pourboire, les touristes peuvent profiter d’une photo-souvenir. Un effet de mode de plus en plus insupportable pour l’officier de police Henry Wilcox. Démis de ses fonctions pour avoir agressé et humilié un artiste de rue grimé en Spiderman, Henry entend faire comprendre qu’il est dans le vrai et veut prouver de manière radicale que sous n’importe quel déguisement, peut se cacher un terroriste prêt à se faire sauter. Run, dans son terrain de prédilection, le paysage américain, n’y va pas de main morte. Le plus effroyable étant que cette histoire pourrait tout à fait être confrontée à la réalité. Et ce, jusqu’à l’aberrante réflexion finale du Président des États-Unis…

… AMERICAN DEATH AND YOU

  • Death of a Nation de Run, Ducoudray et Kartinka : C’est en mai 2014, au Mexique, qu’est constaté le premier cas de Fasciola Cerebella Zombi (CFZ). Un parasite dont l’infection est dévastatrice pour l’homme. Quand celui-ci l’a contractée, il devient un véritable zombie… Il aura fallu un an pour maitriser le virus non sans une quantité de morts effarante… En août 2017, imaginé préalablement par le puissant Rupoch Murder, naît Patriot Park. Ce parc d’attractions rassemble tous les survivants infectés et permettent aux citoyens américains de venir se soigner de cette période traumatisante, en éliminant sans scrupule les cadavres ambulants. Run et Aurélien Ducoudray se réunissent pour imaginer l’une des histoires les plus déjantées de Doggybags ! Accompagnés par Kartinka au dessin, le trio revisite certains événements traumatisants qui se sont déroulés aux États-Unis. Les zombies sont à l’honneur et, finalement, ce ne sont peut-être pas eux les plus atteints…

 

  • The Last President de Run et Ducoudray : Le CFZ (voir histoire précédente) fait toujours rage dans les contrées américaines. Mais ce n’est certainement pas le souci majeur de Montgomery, le nouveau et dernier Président des États-Unis d’Amérique. Car pour lui le fléau dont il faut s’occuper prioritairement est l’arrivée massive et incessante des clandestins mexicains. Il s’apercevra vite qu’il s’est trompé de cible… Confiné de toute urgence dans un bunker souterrain durant quatre-vingt dix jours, le Président prend sont mal en patience. Isolé de tout, il ne se doute aucunement de ce qui se trame en haut… Décidément, quand il s’agit de zombies mêlés à une potentielle fin de civilisation, Run et Ducoudray sont diablement inspirés ! Pour clore cette Anthologie de Doggybags, les rôles s’inversent et le pouvoir change de main !

 

En y ajoutant un riche making-of, ce recueil hommage de Doggybags porte bien son nom. Bien évidemment, certains autres épisodes figurant dans les treize numéros parus, auraient tout autant mérité leur place dans cette Anthologie. Mais les lecteurs ont fait leurs choix ! Et il serait malvenu de dire qu’ils ne sont pas bons !

Article posté le lundi 14 mai 2018 par Mikey Martin

Anthologie Doggybags (Ankama), les 10 meilleures histoires du Label 619, décryptées par Comixtrip le site BD de référence
  • Anthologie Doggybags
  • Auteur : Collectif
  • Dessinateur : Collectif
  • Editeur : Ankama
  • Prix : 29,90 €
  • Parution : mars 2018

Résumé de l’éditeur : Pour les amateurs du genre, l’anthologie Doggybags vous propose dix histoires terrifiantes !!!

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Originaire de Charente-Maritime, il débarque sur Poitiers il y a 17 ans et s'installe avec sa compagne juste en face d'une librairie spécialisée en bande dessinée. Une aubaine pour s'y remettre. Sa passion sans cesse grandissante pour le Neuvième Art se doit d'être partagée par de petites chroniques.

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