Avec Congé pat’, paru chez Marabulles, Tristan Champion, accompagné de Stéphane Tamaillon et Jack Chadwick adapte son propre roman : La Barbe et le Biberon, « Le récit inspirant d’un congé paternité de cinq mois ».
Congé pat’ : Une histoire de partage.
Lui est Français, elle est Norvégienne. Lui finissait sa licence d’économie et elle, sa licence d’Histoire. Tous les deux étaient à Vienne, en séjour Erasmus. Ils ont fait connaissance en partageant un verre de vin. Et quand il a proposé de payer l’addition, elle a insisté pour partager. Et ils ne se sont pour ainsi dire plus quittés. Peu de temps après, ils se sont mariés. Puis, rapidement, Émile est apparu dans leur vie. Et après cinq années passées en France, ils ont décidé d’aller vivre en Norvège et d’avoir un autre enfant.

Alors, ce qui n’était qu’une nouvelle étape dans leur vie allait devenir le début de l’histoire qui nous intéresse ici : celle du congé pat’, car…
« En Norvège, on partage tout à égalité entre les hommes et les femmes… Et aujourd’hui, chaque couple peut se répartir dix mois de congé, dont trois sont réservés exclusivement au père.»

Et pas besoin d’être très bon en maths pour comprendre que c’est là que tout commence.
« Trois mois, c’est le minimum. Comme pour la mère ! Il en reste quatre à se partager… »
Un dilemme bien de chez nous.
Lorsqu’un père Français entend ces mots, il a beau avoir son fils qu’il adore sur les épaules, il n’a pas de réponse à donner. En revanche, des questions, il en a à revendre :
« Mais et mon boulot, tu y as pensé ? »
« Que va dire ma patronne ? »
« Qu’est-ce que je vais faire, moi, coincé, à la maison pendant cinq mois ? »
Et qu’on ne fasse pas de procès d’intentions à ce pauvre papa ! Car en France, tout bon père a fait la preuve de ses qualités paternelles en prenant un royal congé de… 11 jours.
Alors finalement, être ou ne pas être un « papa velours », comme on dit en Norvège, telle est la question ?
Congé pat’ : l’élément déclencheur.
Tristan Champion écrit sa propre histoire. Et c’est pour cette raison que son récit est si vif, si vivant pourrait-on même dire. En effet, il partage tout avec nous : des grandes décisions qu’il a dû prendre, aux petites anecdotes qui ont marqué ces mois passés avec sa fille à la maison. Et c’est là qu’est la force de son récit. En le découvrant, on est parfois surpris, étonnés, amusés et en tant que lecteur Français, disons-le : impressionnés. Car au-delà du simple témoignage, ce père nous invite à nous interroger. Sur ce que nous aurions été capables de faire à sa place, mais surtout sur ce que nous ferons si un jour nous avons la chance de connaître cette expérience.
Changer les mentalités, changer la société.
Car le terme est bien là : « la chance ». En effet, il est bien difficile de ne pas partager l’enthousiasme de ce Papa qui a pu partager des moments inestimables avec son enfant. Mais qu’on se rassure, Tristan Champion a l’intelligence de laisser de côté tout discours moralisateur. Le fait est qu’il a connu des moments compliqués. Et il les partage avec sincérité et humour.
Lui, au fond, tout ce qu’il souhaitait, c’était raconter sa propre histoire, car elle avait fait de lui un père comblé et épanoui. Et si par cela, il parvenait à convaincre telle ou telle personne, homme ou femme, simple papa ou élu de la république, eh bien tant mieux. Mais pour convaincre, encore fallait-il se faire entendre. Et c’est aussi un aspect abordé dans Congé pat’.
Congé pat’, phase deux.
En effet, Tristan Champion évoque aussi son combat, toutes proportions gardées, pour qu’on découvre ce qu’il a vécu en Norvège. Et c’est un point important : à aucun moment, l’auteur n’impose son point de vue, ni ne juge ceux qui ne le partageraient pas. Chacun est libre de s’intéresser à son histoire. L’idée est d’avoir le choix : de lire ou de ne pas lire, de prendre un congé ou de continuer à travailler. C’est aussi simple que ça.
Et ce qui au départ n’était qu’un blog est devenu un roman et enfin une adaptation en bande dessinée.
Trois hommes et une BD.
Cette BD justement, elle est le fruit d’une belle collaboration, avec Stéphane Tamaillon, tout d’abord. Lui aussi, son histoire rime avec Vienne, pas en Autriche, comme Tristan Champion, mais dans un petit collège à côté de Poitiers.
Habitué des aventures rocambolesques (Liloo, Hors-la-loi, L’île du docteur Moreau), il délaisse le Far West et les savants fous pour participer à un projet qui, on l’imagine, lui tient à cœur. Bien entendu, l’histoire étant celle de Tristan Champion, il n’est pas question d’inventer quoi que ce soit. Pourtant, l’apport du scénariste dans cette adaptation se fait bien sentir. Ainsi, la narration, aussi fluide que maîtrisée, offre un moment de lecture particulièrement agréable.
Enfin, à leurs côtés : Jack Chadwick. Le talentueux dessinateur met en image cette belle histoire en donnant un effet cartoon à cette tranche de vie. Sa volonté de représenter les personnes telles qu’elles sont tout en les transformant en personnages de bande dessinée est parfaitement cohérente avec l’état d’esprit du projet.
Adaptation du roman La Barbe et le Biberon, Congé pat’ est une belle réussite. Portée par un trio au diapason, cette œuvre drôle et pétillante contribue indéniablement à faire changer les mentalités et la société.
- Congé pat’ – Testé et approuvé
- Scénaristes : Tristan Champion et Stéphane Tamaillon
- Dessinateur : Jack Chadwick
- Editeur : Marabout
- Collection : Marabulles
- Prix : 23,95 €
- Parution : 08 janvier 2025
- ISBN : 9782501182904
Résumé de l’éditeur : Tristan, français trentenaire installé dans une routine de papa ordinaire, expérimente un long congé paternité sous l’impulsion de sa femme Louise, norvégienne. Contre toute attente, rien ne se passe comme prévu… Adapté de La barbe et le biberon
À propos de l'auteur de cet article
Victor Benelbaz
Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.
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