La ville

Dans une ville où des gens aisés font la fête et dansent, un cadavre est repêché. C’est le début de l’épidémie. Des morts-vivants partout. Nicolas Presl dévoile La ville, un très bel album de genre aux éditions Atrabile.La ville de Nicolas Presl (éditions Atrabile)

La ville de tous les possibles

Une ville dans un futur proche. Des centaines de personnes se sont réunies pour une gigantesque fête sur une île artificielle. Alcool, danse et flirts vont bon train. Ces gens riches prennent le temps de s’amuser.

Parmi eux, une femme et un homme s’enlacent. Mais leur slow est interrompu par des cris et une agitation. Un cadavre a été repêché. Cet être sans vie n’a que la peau sur les os, plus de nez ni d’yeux.

La ville de Nicolas Presl (éditions Atrabile)

 

La ville envahit par des morts-vivants

L’effroi est vite balayé. Les invités repartent chez eux. Ainsi l’homme et la femme rentrent en engin volant. Leur résidence cossue flotte au-dessus des eaux. Ils sont tranquilles dans ce lieu isolé.

La femme s’épanche à sa domestique. Elle lui raconte tout et elles rient. Rien ne pourrait bouleverser leur quiétude.

Quelques jours plus tard, le couple part en escapade en bateau. Lors d’une plongée pour se rafraîchir, ils découvrent un autre cadavre. Lui aussi est décharné et n’a ni yeux, ni nez. Ils rentrent précipitamment chez eux. Là, pire que tout, un homme sort de leur piscine. C’est un mort-vivant. C’est la panique ! Rapidement, dans toute la ville, affluent des centaines de zombies…

La ville de Nicolas Presl (éditions Atrabile)

De la force de Nicolas Presl

Lorsque j’ai tenu pour la première fois un album de Nicolas Presl dans mes mains, Orientalisme, je n’étais pas du tout attiré. Le graphisme – des personnages avec de grands yeux très hauts sur le sommet du crâne et courbés pour entrer dans les cases – me laissait de marbre. Puis, j’ai commencé à lire. Une lecture puissante, un album sans texte mais tellement bavard. Des touches de couleurs pour souligner les objets importants pour la compréhension. J’étais conquis. C’était il y a 11 ans et je me frayais tout juste un chemin dans les bandes dessinées des structures alternatives. Un parcours sinueux dans ces BD indépendantes qui aujourd’hui peuvent souvent m’attirer, m’émerveiller, me révolter, me faire réfléchir, me saouler aussi.

Puis, Atrabile a publié d’autres titres de Nicolas Presl (Priape, Levants, Les jardins de Babylone, La jungle). J’ai vu sous mes yeux se développer une vraie œuvre, singulière, originale, innovante et intelligente.

La ville de Nicolas Presl (éditions Atrabile)

 

La ville, les riches, les morts-vivants

Dans La ville, Nicolas Presl utilise les mêmes ressorts – toujours aussi bien maîtrisés – un album sans texte, un gaufrier de 4 grandes vignettes, un dessin en noir et blanc avec de grands aplats et des personnages aux visages qui pourraient faire peur dans la vraie vie.

L’auteur né en 1976 met en scène un récit de genre : les morts-vivants. Mais des zombies à la “George Romero”. A savoir, une vraie chronique sociale et politique. Du fond avant tout. Les silhouettes décharnées avancent sur la ville. Des gens de peu, de rien. Ils foncent sur la population riche. Ils ont été dominés par eux, ils vont les affaiblir. Un retournement de stigmate. Eux les faibles, les pauvres, les précaires prennent leur revanche et deviennent les dominants. En mangeant leur chair, ils reprennent le pouvoir.

La ville de Nicolas Presl (éditions Atrabile)

Panique de rupins

Mais ce n’est pas leurs engins volants ni leurs maisons isolées en pleine mer (comme dans les pays du Proche-Orient) qui freinent les morts-vivants. Ils nagent. C’est la panique chez les argentés. La dystopie n’est pas loin pour Nicolas Presl. Il met en scène son histoire dans un futur proche, plausible.

« La violence des riches atteint les gens au plus profond de leur esprit et de leur corps » [Monique Pinçon-Charlot, sociologue, sur basta.fr]

Cette excellente métaphore, d’une grande limpidité, est haletante. Comme dans un film de série B, les lecteurs sont pris dans l’engrenage. Pas de temps-morts. Que des morts-vivants !

La ville est un nouvel excellent album de Nicolas Presl, un auteur discret et rare. Un vrai coup de cœur !

Article posté le vendredi 13 juin 2025 par Damien Canteau

La ville de Nicolas Presl (éditions Atrabile)
  • La ville
  • Auteur : Nicolas Presl
  • Éditeur : Atrabile
  • Nombre de pages : 312
  • Prix : 27€
  • Date de publication : 06 juin 2025
  • ISBN : 9782889231546

Résumé éditeur : La ville, au bord de l’eau, grouille de monde. Dans un club, les gens, plein d’insouciance, s’amusent, boivent, dansent. Un couple s’enlace et s’étreint, la vie semble bien douce. Un premier cadavre est découvert dans l’eau, les orbites vides, le corps décharné, le visage émacié. Puis un deuxième, flottant au large. Un troisième ne tarde pas apparaître, sortant de l’eau, menaçant, claudiquant vers le couple, acculé dans sa luxueuse villa. Puis d’autres émergent. Et d’autres encore. Créatures infectées ou macchabées revenus du monde des morts, de plus en plus nombreux, ils vont néanmoins trouvés leur place dans l’énorme cité, mais tout en bas, à la marge. Parqués, surveillés par des drones, victimes de ratonnades, les créatures sont néanmoins capables de solidarité; et quand la colère gronde, que la révolte s’organise, et que les grandes tours se mettent à flamber, c’est que l’heure de la vengeance a sonné. Dans La Ville, Nicolas Presl plonge dans le récit de genre, et renoue avec la vision éminemment politique du mort-vivant si chère à feu George A. Romero. La métaphore, limpide, nous fait regarder du côté des déclassés de ce monde et des réfugiés victimes des hommes et des vagues sans âme; le récit, lui, est mené tambour battant, sans temps morts, et fait de ce nouvel ouvrage un véritable page turner, terrifiant et haletant de bout en bout. C’est un artiste au sommet de son art que révèle La Ville, un livre rempli d’images puissantes et à la narration virtuose.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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