Le livre d’Ayla

Tout juste née, Ayla doit fuir. Fuir la foule parce que sa mère serait une sorcière. En grandissant, la jeune fille découvre autour d’elle des créatures fantastiques se nichant dans les moindres interstices de la nature. Séverine de la Croix et Violette Grabski imaginent sa quête d’identité dans Le livre d’Ayla, entre aventure et fantastique. Un titre jeunesse prometteur !

Naître dans la haine de l’autre

1558. Sahannah donne naissance à Ayla. Si la jolie petite fille était destinée à vivre une enfance plutôt heureuse, c’était sans compter sur la haine des chasseurs de sorcières.

Sa mère, guérisseuse, serait une sorcière. Depuis des décennies, ces femmes se sont transmises des savoirs ancestraux autour des plantes, des cycles et des incantations. Il n’en fallait pas moins pour certains de se méfier de ce “grand pouvoir”. Durant cette triste période, la chasse aux sorcières était ouverte.

Fuir et grandir

Octavie, la tante d’Ayla, commit l’irréparable : dénoncer sa sœur et la naissance de la petite fille. Jeanne eut juste le temps de prendre Ayla et de fuir avec elle. Elle l’a mit alors à l’abri dans la forêt, au milieu des créatures qui la protégeraient.

Sa mère décédée en couche, Ayla grandit dans le foyer de Jeanne et Gaudens, elle aussi guérisseuse. Avec sa fratrie – Jade et Paul – elle trouva une maison chaleureuse et aimante.

Le livre d’Ayla : mogaï, elfes, sirènes, korrigans et fées

Alors que les temps sont troubles pour les guérisseuses accusées de sorcellerie, Ayla doit se méfier de tout le monde. Se montrer discrète, tout en devenant apprentie guérisseuse. Elle marche ainsi dans les pas de sa mère défunte grâce à sa mentore, Jeanne.

Séverine de la Croix, scénariste, imagine un monde où la magie opère dans une très belle nature accueillante. Elle montre, telles les croyances druidiques et animistes, que chaque parcelle de nature est mue par des esprits.

Les premières pages de son récit permettent de comprendre ces univers surnaturels. Écrites sous la forme d’un livre illustré, l’autrice de Lila souligne les interactions entre les espèces. Il y a là des mogaïs comme Sahannah , des elfes, des sirènes, des korrigans et autres fées.

Croyances contre religion

Tout ce petit monde de créatures fantastiques entourent avec tendresse Ayla. Elles la guident, permettant à la petite fille de grandir comme dans un cocon.

Pourtant cet univers féerique est menacé par les Hommes. Les croyances en ces esprits qui animent les êtres vivants se fracassent sur des croyances plus obscures. La religion catholique haïssait ses guérisseuses, faiseuses d’ange. Il faut souligner que ces savoirs issus de plantes que les femmes se transmettaient, allaient à l’encontre des principes de l’Église. En plus, ils étaient détenus par des femmes, les rendant puissantes. Les dénonciations en sorcellerie se multipliaient avec à la clef des procès et parfois des mises à mort sur le bûcher. Certaines abjuraient pour sauver leur peau, faisant croire qu’elles avaient renoncé à ces croyances.

Le livre d’Ayla, une jolie partie graphique

Le livre d’Ayla bénéficie de la superbe partie graphique de Violette Grabski. Pour sa première bande dessinée, l’autrice réalise de très jolies planches à l’aquarelle.

Son dessin fait d’un simple trait est d’une grande lisibilité. Le lecteur apprécie la douceur et la chaleur de ses pages. Il est enchanté par les différents petits peuples de la nature et les animaux. Il suffira de se pencher sur le dossier en fin d’album, Le petit monde d’Ayla, pour être convaincu par les belles recherches graphiques de Violette Grabski.

Des sorcières puissantes en bande dessinée

Le vaste sujet des sorcières puissantes est de plus en plus abordé dans les œuvres de fictions et les livres d’historien.nes. Séverine de la Croix souligne le rôle important de Caliban et la sorcière de Silvia Federici dans l’écriture de son récit. Cela nous fait également penser à Sorcières de Mona Chollet

Dans le 9e art, nous pouvons conseiller la lecture de :  L’herbe du diable de Benjamin Laurent et Claire Martin (sur les accoucheuses et premières femmes avorteuses), Bergères guerrières de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais, Goupile la sorcière de Myléna, Tidesong de Wendy Xu, Ils brûlent d’Aniss El Hamouri, Crevette d’Elodie Shanta, Peau de mille bêtes de Stéphane Fert, Les filles de Salem de Thomas Gilbert ou Le garçon sorcière de Molly Knox Ostertag.

Si l’on peut parfois être désarçonné par une narration pas toujours limpide, Le livre d’Ayla est une belle série. Porté par un superbe dessin, il aborde avec intelligence la puissance de ces femmes sorcières.

Article posté le mercredi 06 mars 2024 par Damien Canteau

Le livre d'Ayla 1 de Séverine Croix et Violette Grabski (éditions Delcourt)
  • Le livre d’Ayla, tome 1/3 : La rune des deux mondes
  • Scénariste : Séverine de la Croix
  • Dessinatrice : Violette Grabski
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Jeunesse
  • Prix : 19,90 €
  • Sortie : 06 mars 2024
  • Pagination : 128 pages
  • ISBN : 9782413047766

Résumé de l’éditeur : Je sais peu de choses sur mes parents. Ma tante Octavie les trahit juste après avoir assisté à ma naissance. Je suppose qu’elle vit l’esprit du cheval, mon totem, sortir du ventre de ma mère en même temps que moi, et que cela la terrorisa. Aussitôt, elle dénonça ma mère pour sorcellerie. Jeanne eut à peine le temps de s’enfuir avec moi dans ses bras. C’est ainsi que mon histoire commença…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée). Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip.

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