Lewis Trondheim : une exposition et un album, deux événements !

Lewis Trondheim est à l’honneur avec la sortie d’une nouvelle aventure de Lapinot, Un peu d’amour, et la prolongation de l’exposition à la Cité internationale de la bande dessinée à Angoulême, Lewis Trondheim fait des histoires. Plongée dans l’univers riche et drôle du créateur de la mascotte du Festival d’Angoulême.

Lewis Trondheim fait des histoires : une superbe exposition à La cité internationale de la bande dessinée

La Covid-19 ne fait pas que des malheureux. Alors que Lewis Trondheim fait des histoires devait fermer ses portes le 1er mai dernier, l’exposition a été prolongée jusqu’au 3 janvier 2021. Une bonne idée découverte pour les amoureux de bande dessinée et les aficionados du créateur de Lapinot. Mis à part une suspension pendant le confinement, cet événement fut et sera visible quasiment pendant un an.

A la vue des dernières photographies publiées sur les réseaux sociaux, la Cité ne désemplie pas. Une bonne nouvelle pour Pierre Lungheretti et ses équipes. La qualité des expositions est sûrement l’un des facteurs de cette embellie estivale. Après Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni et Edmond Calvo, sans oublier Chemin de traverses l’exposition Catherine Meurisse au Musée du papier, Lewis Trondheim est à l’honneur dans un très jolie exposition.

Lewis Trondheim, un homme et un créateur multiple

Des « coins » ressemblent à leur auteur ! Plusieurs salles sont visibles dans l’exposition. A l’image de Lewis Trondheim, elles sont multiples et riches.

  • Ainsi l’on découvre dans un premier temps, la naissance de l’auteur et son double de papier. Il a décidé de se représenter en oiseau pour raconter ses péripéties de vie. L’atelier Mastodonte, les fanzines ou Les petits riens, le créateur aime s’épanche souvent sur sa vie, ses réussites mais surtout ses déboires, une bonne manière de se moquer de lui-même et de faire rire son lectorat
  • Lewis Trondheim, c’est aussi une galaxie de personnages plus ou moins fantastiques. Monstres, robots ou aliens parsèment son œuvre. Kapüt, Donjon Monster ou Les cosmonautes du futur sont leurs terrains de jeu, entre magie et réalité distordue.
  • Trondheim, c’est surtout Lapinot ! Un pièce au milieu de l’exposition permet d’entrer dans cet univers à la folie-douce. En son centre trône une mappemonde Lapinot inachevée, comme la série qui se poursuit. En plus des carnets de recherches, on découvre des couvertures de trois titres de la série, des planches de Slaloms ou Blacktown.
  • Trondheim, c’est aussi le très beau travail en commun avec Brigitte Findakly, sa compagne, avec qui il a publié Coquelicots d’Irak. Coloriste de talent, elle agrémente les planches du créateur pour les rendre encore plus belles.
  • Plus loin, une illustration pour la couverture du n°3806 de Spirou de 2011 avec Ralph Azam nous fait saliver, tellement elle est merveilleuse. Autour, des tampons ou des sérigraphies encadrent avec élégance cette couverture sublime.
  • Trondheim est aussi un homme de défis. Dans sa carrière, il n’a pas hésité à frayer vers d’autres formats de récits tels Mister O, Comix 2000, Imbroglio, le blog de Frantico, le 24h de la bande dessinée ou l’Oupabo. Il sera même choisi pour imaginer la mascotte du Festival d’Angoulême. Déclinée de différentes manières, le Fauve est le marqueur de l’événement angoumoisin.
  • Trondheim, c’est aussi un excellent conteur. Ce sont d’abord ses enfants qui furent les premiers lecteurs et qui devinrent par la suite les héros de Monstrueux, une série où Lewis met en scène sa famille accompagnée d’une gentille créature.
  • Trondheim ne travaille pas toujours seul. Il a souvent mis son talent au service d’autres auteurs. Donjon en est la meilleure illustration. La série imaginée avec Joan Sfar est énorme, emplie de nombreux titres et qui poursuit son bonhomme de chemin encore aujourd’hui (Keramidas, Boulet ou Panaccione arrivent bientôt pour de nouvelles aventures).

Lewis Trondheim fait des histoires est également ponctuée de dessins ajoutés directement sur les murs de l’exposition. Une manière pour l’auteur d’y glisser encore plus d’humour et de faire preuve d’une immense autodérision.

En conclusion, il ne vous reste que quatre mois pour aller visiter cette excellente exposition créée par Thierry Groensteen, avec qui le créateur de Lapinot a publié un livre d’entretien (L’Association, janvier 2020). Lewis Trondheim fait des histoire, c’est aussi l’histoire d’un type qui a fini par à peu près dessiner.

Un peu d’amour, strip sur strip

En cette fin de mois d’aout, c’est aussi la sortie dans les bacs des libraires d’Un peu d’amour, la nouvelle aventure de Lapinot. Après avoir tué maintes fois son héros fétiche, il est de retour dans un album composé de strips de quatre cases.

Ce que l’on apprécie chez Lewis Trondheim, c’est sa capacité à toujours se réinventer. Il cherche, tâtonne, s’essaie et propose toujours des choses nouvelles à ses lecteurs. Après Les herbes folles, un album sans texte composé d’illustration pleine page (à compter d’une par jour de l’année), un album classique Prosélytisme et morts-vivants, l’auteur fait un clin d’œil aux albums de strips avec Un peu d’amour. S’ils semblent indépendants, ces 125 mini-récits font unité et forment une histoire. Il propose une chute à chaque bande mais cela permet néanmoins d’unifier un album.

Lapinot est toujours entouré de Richard, son fidèle ami ou de Camille sa chérie. Dans Un peu d’amour, il fait la connaissance d’une bibliothécaire déstabilisée par ses propos et de Marc Bolart, un SDF aimant la littérature. Les amis, les amours et les emmerdes sont toujours au cœur de la vie du célèbre lapin. Et encore une fois, on rit vraiment de ses péripéties.

Article posté le vendredi 21 août 2020 par Damien Canteau

Un peu d'amour, la nouvelle aventure de Lapinot de Lewis Trondheim (L'Association)
  • Les nouvelles aventures de Lapinot
  • Auteur : Lewis Trondheim
  • Éditeur : L’Association
  • Prix : 16 €
  • Parution : 20 août 2020
  • ISBN : 9782844147912

Résumé de l’éditeur : Lapinot, les mains derrière le dos, observe dans un cadre un strip de quatre cases : une créature se balade en harmonie avec son petit chien avant d’être terrorisée par un monstre qui finit par la prendre en affection. Un peu d’amour est un recueil de 125 strips dont le premier, placé en couverture de l’album, n’échappera pas à l’œil du lecteur attentif. Faut-il voir dans ce strip initial une allusion à Lapinot, qui subit successivement la haine puis l’amour de Camille, bibliothécaire passionnée ? Car si l’album est constitué de digressions savoureuses, il n’en suit pas moins un fil rouge : l’amitié entre Lapinot et Marc Bolart, un sans-abri fou de littérature dont les textes seront publiés par la maison d’édition Carottes, montée par Lapinot et Camille… Un peu d’amour, c’est aussi beaucoup d’amitié : on retrouve ainsi la répartie cynique de Richard, fidèle compagnon toujours en verve lorsqu’il s’agit de jeter un regard critique sur ses contemporains. Et l’amitié ça compte, car Richard serait prêt à suivre Lapinot jusqu’au bout du monde… ou du moins jusqu’à Ljubljana.

 

Lewis Trondheim fait des histoires

jusqu’au 3 janvier 2021

Cité internationale de la Bande dessinée et de l’image

121 rue de Bordeaux – Angoulême

05 45 38 65 65

Renseignements : Site de la Cité de la bande dessinée

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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