Germain, 10 ans, a beaucoup de choses à dire sur sa vie, pas toujours simple. Il décide de tout raconter grâce à la machine à écrire de la famille. Même le “gros truc”. Un poids immense sur ses frêles épaules. Accompagné de Valérie Vernay au dessin, Vincent Zabus livre une sublime histoire. Mémoires d’un garçon agité : un album tout en délicatesse et poignant.

Germain n’a pas envie de grandir
“Il est dans la courbe” souligne la médecin. Il est dans cette fameuse courbe de la croissance. Germain n’est pas grand, il est juste petit. Mais, lui le sait. Il n’a plus envie de grandir !
Après y avoir réfléchi, il a décidé d’arrêter de grandir. A quoi bon devenir adulte, quand tout autour de soi n’est que tracas et tristesse.
Et l’un des moyens pour arrêter le temps, c’est de se raconter. Raconter sa vie.

Être écrivain pour ne pas oublier
Quelle drôle d’idée quand à 10 ans de vouloir se pencher sur sa vie. Pour cela, Germain a sorti la machine à écrire familiale. Une Underwood. Celle des grands écrivains.
“Et la petite voix dans ma tête, elle me dit des mots. Parfois, elle dit même ceux que je n’ai pas envie d’entendre.”
Sous le pseudonyme de Raoul Underwood, le petit garçon commence ses “Mémoires d’un garçon agité”. Pour cela, il se remémore l’année de ses 7 ans…

“Le rire sucre les larmes” [Robert Sabatier]
Avec ses grands yeux écarquillés sur la vie qui l’entoure et sa bonne bouille, Germain fait fondre les lecteurs. Une tête bien faite qui nous fait réfléchir.
Et ce n’est pas parce que l’on a que 10 ans que l’on a pas des choses à dire. Un geste, une parole, des sous-entendus, des secrets ou des non-dits, un enfant sait et sent. Certains garderaient tout ça au fond d’eux. Pas Germain, qui décide de le verbaliser. C’est ce qu’à choisi le héros de Mémoires d’un garçon agité.
Et il est drôle Germain (souvent sans le savoir). Il a cette mélancolie douce et cette sagesse d’un garçon bien plus grand que sa date de naissance.
En racontant sa vie de ses 7 ans à aujourd’hui, il pose sur la table tout ce qui le tracasse : parents, amis, amour, sœur, grands-parents, école. Des petits riens qui forment un grand tout. Le tout d’une vie qui n’est pas toujours aussi rose que le laisse paraître son doux foyer.

“L’humour est une plante gaie arrosée de tristesse” [Pierre Daninos]
Alors, Vincent Zabus brosse le portrait de Germain, avec finesse, intelligence et subtilité, comme il sait le faire.
Depuis que j’ai lu son premier album, Les ombres, j’ai su que ce scénariste serait un grand. De ces Ombres – l’un des plus beaux albums sur l’exil que j’ai pu lire – à La semaine où je ne suis pas mort, il dépeint des univers d’une grande délicatesse. Macaroni !, Incroyable, L’éveil ou Hercule l’agent intergalactique, tout est formidable chez lui. Aucune histoire ne m’a laissé de marbre.
Alors comme il sait le faire pour des histoires qui font appel à notre sensibilité (Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l’hippopotame), il joue avec nos émotions. Voilà qu’il nous cueille avec des montagnes russes. Tantôt du rire, tantôt de la tristesse. Et ce n’est pas un stratagème de scénariste pour nous tirer un larme, c’est une vraie justesse dans l’écriture de son histoire.

Mémoires d’un garçon agité : de la légèreté dans la gravité
Il serait facile de tout dévoiler de Mémoires d’un garçon agité. Pourtant, je ne ferai pas, pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture.
On se doute que Germain cache un truc pas drôle tout au fond de ses entrailles. Mais, en avançant dans l’histoire, le lecteur s’en doutera. Comme une logique, un truc indicible, délicat à convertir en mots. Dans la lune, tête en l’air (mais il aime bien ça), le petit garçon nous émeut.
Le dessin de Valérie Vernay est idéal pour mettre en image cette légèreté dans la gravité. Comme pourrait le laisser penser le style direct de Germain (il s’adresse au lecteur pour mieux le cueillir), il y a une filiation avec le Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. C’est la même chose dans le trait délicat de l’autrice de Un loup pour l’homme. Le dessin est simple mais tellement expressif. Soutenue par de grands aplats de couleurs par chapitre, cette partie graphique est au diapason de cette habile histoire.
Après Agathe Saugrenue (3 tomes) et Oscar et la dame en rose, le duo Zabus-Vernay nous enthousiasme par un éblouissant récit. Un récit raconté par un petit homme pas si petit que ça !
- Mémoires d’un garçon agité
- Scénariste : Vincent Zabus
- Dessinatrice : Valérie Vernay
- Éditeur : Dargaud
- Prix : 23,95€
- Parution : 30 janvier 2026
- Nombre de pages : 144
- ISBN : 9782205213959
Résumé de l’album : Âgé d’une dizaine d’années, Germain est un garçon sensible qui décide un jour d’écrire ses mémoires. Persuadé d’être responsable de la mort de sa petite sœur, il éprouve une culpabilité profonde et il se réfugie alors dans l’écriture, essayant maladroitement d’exprimer ce sentiment de culpabilité qui ne le quitte pas car, chaque jour, il pense à elle. Une histoire d’une sensibilité rare qui évoque la question du deuil et de l’enfance.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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