Natsuko no Sake

Comment définir Natsuko no Sake simplement ? Pour un chroniqueur, Natsuko no Sake est l’un de ces ouvrages à l’univers si vaste et si spécifique que l’on hésite à prendre la plume de peur d’écrire une bêtise. Son intensité, ses leçons de vie et d’agriculture nous rend humble et tout petit. Le travail d’Akira Oze est profond, aussi profond que l’amour de Natsuko pour les épis du « Dragon merveilleux ».

Un cœur blanc baigné de larme

Il y a de ça deux ans, Natsuko a quitté sa campagne natale pour travailler à Tokyo. Mais lorsqu’elle apprend que son frère, Yasuo, est malade, elle revient au pays et retrouve les rizières de son enfance. Sa famille est productrice de sake artisanal. Son frère avait repris l’exploitation. Et loin de seulement cultiver du riz, il cultive aussi un rêve. Réussir à faire pousser du Tatsu-Nishiki, le « Dragon Merveilleux ». Un riz réputé très difficile à cultiver mais à l’origine du meilleurs sake du monde.

Un doux rêve qui prend subitement fin quand son cancer l’emporte. Endeuillée, Natsuko décide d’abandonnée sa carrière à Tokyo et de poursuivre le rêve de son frère. Mais dans l’univers très codifié du sake artisanal, Natsuko va devoir se faire une place. Le scepticisme, le sexisme, la jalousie… La jeune femme s’attaque à la fois à la culture d’un riz difficile, mais aussi aux préjugés d’un univers pétri de vieilles traditions. Parfois obsolètes, parfois injustes. Natsuko doit tout apprendre, et convaincre les plus bornés à la suivre dans sa folie.

Quand le buveur s’intéresse à ce qu’il boit

Le rôle du barman ou du caviste est de répondre à nos attentes. Une blonde, bien ronde, une IPA si houblonnée qu’elle a un goût de café, voire même de chocolat noir, un rhume ambré doux et sucré, un vin blanc sec, acide et floral… L’alcool a beaucoup de déclinaison possible – il est toujours, invariablement, à consommer avec modération – mais se demande-t-on seulement comment on les conçoit ?

Akira Oze est de ses buveurs occasionnels qui, le nez dans leur verre, ne s’est pas vraiment posé la question. Jusqu’à ce que son éditeur lui propose « Le Sake » comme sujet pour son prochain manga. Plutôt enclin à faire une série sur un élément de la culture traditionnelle japonaise, Akira Oze s’est dit « Pourquoi pas« . Et voilà comment de maison de production en coupe de sake, il a compris qu’en fait, il n’y connaissait rien.

En commençant l’écriture de Natsuko no Sake, Akira Oze avait, lui aussi, tout à apprendre. C’est cette formidable découverte d’un univers chargé d’histoire que le mangaka nous partage. Il dévoile à nos yeux la diversité des sake et de leurs méthodes de conception mais aussi les défauts de cet univers, les problèmes auxquelles sont confrontés les agriculteurs – assez semblable en France et au Japon – leurs passions, la ferveur de leur travail, leur lassitude, leurs luttes, les incompréhensions entre ceux qui vivent aux champs et les grandes firmes. Comment le sake a changé avec les époques. Comment les traditions résistent, les bonnes et les mauvaises.

Explications à tout bout de champs

On découvre ce monde autant grâce aux explications données par les annotations, que grâce au récit et aux dialogues. Ce qui rend le tout très complexe mais plutôt digeste. Pourtant, ces explications n’auraient pas beaucoup d’impact sans Natsuko. Natsuko la naïve, Natsuko douce et têtue, Natsuko qui ne lâche rien dans ce monde d’homme sans manière, hypocrite et sexiste. Les alliés, quand une citadine s’installe en campagne, se compte sur les doigts d’une main.

C’est cette immersion maladroite et forcée qui dévoile certains aspects de la production de sake. Et c’est aussi celle-là qui fait de Natsuko no Sake un manga émouvant autant qu’instructif.

Que la tempête nous frappe en plein cœur

Je place ce manga au côté des Rumiko Takahashi et des Naoki Urasawa, déjà pour la souplesse de son graphisme, aux traits très arrondies mais également très réalistes. Mais aussi pour l’évidence avec laquelle les émotions mises en scène nous touchent. Natsuko no sake commence par un drame. Un drame humain terriblement courant dans le monde réel.  Il commence en nous faisant mal et rend tellement tangible la force des sentiments qui habitent Natsuko. Elle, comme sa famille, ses amies et adversaires. Ils sont bousculés par leurs émotions. Akira Oze parvient à nous les transmettre avec une facilité déconcertante.

Natsuko no sake nous emporte. Le temps d’une lecture, nous ne sommes plus nous-même, nous sommes une agricultrice novice, le dos courbé dans une rizière, les mains chérissant le riz le plus précieux du monde, nous sommes une sœur qui a perdu son frère, nous sommes un père borné et un vieux Toji fatigué dans sa Kura.

Natsuko no sake, pour le goût du sake et celui des bonnes histoires, mérite indéniablement un place sur toutes les étagères.

Article posté le dimanche 02 janvier 2022 par Ma Lo

Natsuko no sake - Akira Oze - Vega Dupuis
  • Natusko no sake
  • Auteur : Akira Oze
  • Traductrice : Satoko Fujimoto
  • Éditeur : Vega Dupuis
  • Prix : 11€
  • Parution : 12 septembre 2019
  • ISBN : 9782379500640

Résumé de l’éditeur : Après deux années passées dans une agence de publicité à Tokyo, la jeune Natsuko Saeki revient dans sa province natale auprès de sa famille, productrice de sake artisanal. Elle y retrouve son grand frère Yasuo avec qui elle partage un même rêve : faire pousser le Tatsu-Nishiki, ou « dragon merveilleux » : un riz réputé très difficile à cultiver, mais dont ils espèrent tirer le meilleur sake du monde !

Malheureusement, Yasuo est très malade et décède peu après la visite de Natsuko. Cette dernière décide alors d’abandonner sa carrière et de reprendre le rêve de son frère dans l’exploitation familiale. Mais, si elle s’avère experte quant à goûter et estimer les sake, elle ne connaît rien à l’agriculture ni à la production de ce breuvage. Affrontant le scepticisme des uns, la jalousie des autres, la jeune femme urbaine va devoir relever tous les défis pour s’imposer et donner vie à son rêve.

À propos de l'auteur de cet article

Ma Lo

"C'est fou ce qu'on peut raconter avec un dessin". Voilà comment les arts graphiques ont englouti Ma Lo. Depuis, elle revient de temps en temps nous parler de ses lectures, surtout quand ils viennent du pays du soleil levant. En espérant vous faire découvrir des petites pépites à savourer ou à dévorer tout cru !

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