Niala

Niala, l’incarnation de l’esprit de la forêt est une femme noire, nue et sauvage, à la philosophie libertaire. Une ode au plaisir sous le dessin délicat de Rossi…

Dans la Jungle, terriiiiible Junnnngle…

La tribu des Hommes-Totem envoie ses adolescents au cœur de la forêt une nuit entière en rituel de passage à l’âge adulte. Le visage enduit de peinture blanche, Kourilki s’aventure seul pour découvrir son animal-totem, sa “vérité intérieure ». Tandis qu’il s’apprête à tuer un tatou, une voix s’élève : « Wopopop ! ». C’est Niala(h), l’esprit incarnée de la forêt, qui a l’apparence d’une magnifique jeune femme noire très dénudée. Tout en lui expliquant qu’il n’a pas besoin de tuer cet animal pour en faire son totem, elle se penche doucement vers lui et ses “outils” à prendre en main… A l’aube, l’adolescent, fier, rentre dans sa tribu.
Niala est repartie, sautant de branche en branche et d’hippopotame en hippopotame, car elle a repéré une chorale de nonnes en pirogues perdues sur le fleuve, qu’il s’agit de guider et de sauver…

Le désir est une jungle… sauvage… dangereuse… humide…

Un peu d’érotisme et d’humour ne nuit pas

Avant même que l’album ne paraisse, Niala a déchaîné les passions, ou plutôt les foudres de quelques énervés pudibonds. Se basant sur la couverture qui présente une belle femme noire aux courbes sensuelles (quelle honte !) et le résumé de l’éditeur (au second degré), une pétition pour forcer la non-parution de cet album avait spontanément recueilli quelques centaines de signatures…

Bien évidemment, Niala n’est pas une apologie du néo-colonialisme. C’est une gentille fable érotique et libertaire que nous propose Jean-Christophe Deveney. Pour preuve, il n’y a qu’à observer les personnages secondaires qu’elle croise à chacune de ses aventures chapitrées. Entre l’ersatz de Tarzan, époque Johnny Weissmuller, bodybuildé, huilé… et honteux de certains détails de sa physionomie, en passant par le couple d’anthropologues imbéciles, sans parler des curés perdus en plein jungle, elle est certainement la plus sensible, intelligente et douée que ces seconds couteaux. Prendre cet album pour ce qu’il est, un recueil d’histoires courtes coquines et pleines d’humour, ne vous promettra pas aux feux de l’enfer, ni ne vous fera adhérer aux théories colonialistes…

MMMmmmmmm…

Niala est une vraie bombe sexuelle, ça, on ne peut pas dire le contraire. S’inspirant de la méthode des grands singes Bonobos pour régler les conflits (le sexe !), Niala en a fait sa devise. Totalement décomplexée et en toute liberté, elle intervient sans distinction de sexe, de couleur de peau ou de nombre de partenaires, ignorant toute éducation moraliste et restrictive. Véritable incarnation du plaisir, elle sert aussi de guide entre d’autres partenaires, sans aucun tabou.

Un dessin sensuel

Cette histoire est magnifiquement servie par le dessin virtuose de Christian Rossi. Que ce soit dans l’adaptation d’aventures fantastiques (La Gloire d’Héra, Tirésias), les one-shot aux enjeux sociaux et politiques (Le coeur des Amazones, Deadline, La ballade du soldat Odawa), le western fantastique (W.E.S.T) et même l’humour (Paulette Comète), son talent est tout-terrain.

Pour Niala, il a choisi une composition de page très classique (en « gaufrier », c’est-à-dire avec des cases de taille régulière), mais son dessin est toujours aussi élégant et expressif. Jouant avec les masses noires des contre-jours que lui offre la jungle, il souligne les belles courbes de son héroïne, sans oublier la lisibilité et le dynamisme de ses cases. Son talent s’exprime une fois de plus pour notre plus grand plaisir, mmmm….

Article posté le samedi 13 mars 2021 par jacques

Niala de Jean-Christophe Deveney et Christian Rossi
  • Niala
  • Scénariste : Jean-Christophe Deveney
  • Dessinateur : Christian Rossi
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 17 €
  • Parution : 10 mars 2021
  • ISBN : 9782344034040

Résumé de l’éditeur : L’esprit de la forêt incarné. La jungle. Ses immenses étendues, son climat tropical, ses si nombreux coins isolés aménagés par une végétation toujours plus dense… Dans cette humide et épaisse forêt, le cadre et l’atmosphère poussent à l’intimité. Niala, pendant féminin de Tarzan, en incarne l’esprit et y transmet avec patience et générosité sa maxime : le plaisir est le plus beau des remèdes, la solution à tous les différends, un délice qui éclaire les esprits et jamais ne doit générer la honte… Cette leçon, elle la tient des Bonobos à qui elle doit son éducation. Dorénavant, elle profite à tous et notamment aux occidentaux qui, en pleine époque coloniale, risquent leurs vies et s’aventurent dans cette contrée si éloignée de leurs us, coutumes et foyers. Tous ces colonisateurs, qu’ils soient hommes et femmes de Dieu, aventuriers ou aventurières… grâce à Niala, ils peuvent s’oublier. Avec un naturel qui réussit à les décontenancer, ils réalisent l’éventail des possibilités qu’offrent les distractions du corps quand l’esprit s’échappe de ses habitudes et de ses préjugés… Avant tout hommage aux BD d’aventures décomplexées des années 50, Niala réalise le prodige de les dévergonder. Ce recueil d’histoires courtes coquines de Jean-Christophe Deveney, illustré par la virtuosité de Christian Rossi, réussit à fondre en un seul objet sensualité, aventure, humour et sagesse. Niala est un ouvrage pénétrant où les idées les plus belles se révèlent dans la beauté de corps entremêlés.

À propos de l'auteur de cet article

jacques

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Designer Digital, je lis et collectionne les BD depuis belle lurette. Ex Rédacteur en chef d’Un Amour de BD, j’aime partager ma passion pour ce média, et faire découvrir les pépites que je croise. Passionné par la narration sous toutes ses formes, je suis persuadé qu’une bonne BD a autant de qualités qu’un autre produit culturel (film, livre, disque…) et me fais fort de vous l’expliquer.

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