Robinson suisse

Les Robinsons suisses de la Baronne de Montolieu s’animent devant nous, sous les pinceaux de Baladi. Avec Robinson suisse, il adapte avec talent le récit de cette famille échouée sur une île déserte. Dépaysant et beau !

Quatre ans sur une île paradisiaque

Après un terrible orage, une famille suisse échoue sur une île déserte. Il y a là, les parents – Johann et Elizabeth – et leurs quatre fils : Fritz, Jack, Ernest et François.

L’histoire débute après quatre ans sur cette île paradisiaque. La famille a aménagé du mieux que possible leur habitation dans un arbre. Le confort est sommaire mais il permet de bien vivre. Ils sont tellement bien ici qu’ils laissent même passer leur chance en voyant un navire au loin.

Ernest a été brûlé à la main après un épisode de foudre et Elizabeth s’est fracturée la jambe après une chute dans l’escalier. « Dieu soit loué de nous avoir donné ce petit coin de paradis » confie-t-elle à son mari.

Cacher la vérité

Après un énième orage, le jardin de la maman est détruit. Afin de ne pas l’inquiéter plus que cela après sa blessure, Johann propose à ses enfants de mentir à leur mère. Le temps de remettre en ordre son potager, ils devront tenir leur langue et la tenir éloignée. Elle ne doit pas sortir de la cabane. Pour cela, le père faire croire à son épouse que le pont menant à ses plantations a été détruit.

En attendant, ils continuent de chasser et de récupérer les caisses déversées par les bateaux croisant au large de l’île, le jour et de réaménager le jardin d’Elizabeth la nuit, chacun leur tour…

Robinson suisse une adaptation d’une adaptation

En 1719, Daniel Defoe publie Robinson Crusoé, naufragé sur une île déserte à l’embouchure de l’Orénoque. Entre 1794 et 1798, Johann David Wyss imagine à son tour Le Robinson suisse, sorte de déclinaison familiale de l’œuvre de son illustre prédécesseur. Ce récit est « résolument chrétien et empreint de morale ».

Le roman est publié seulement en 1812 par Johann Rudolph, le fils de l’écrivain, en langue allemande. Il faudra attendre un an pour découvrir la version française faite par Isabelle de Montolieu, baronne suisse. Dans Le Robinson suisse ou Journal d’un père de famille naufragé avec ses enfants, elle décide de remanier les passages trop moraux. Elle décidera même d’une suite en 1824, en débutant son roman à partir du trente-septième chapitre.

Jules Verne imagina lui aussi une suite au Robinson suisse en 1900 intitulé Seconde partie. Plus proche de nous, une série animée en fut produite, Les Ronbinsons suisses diffusée à partir de 1977 sur TF1.

C’est la version plus libre de la baronne de Montolieu qu’Alex Baladi a décidé d’adapter en bande dessinée aujourd’hui chez Atrabile.

Une très belle robinsonnade

Après Voix douce, Décris-ravages ou Autoportrait, Alex Baladi nous enchante de nouveau avec Robinson suisse. Il fait de l’adaptation du roman, un récit d’aventure accrocheur et intelligent.

S’il garde la structure familiale (les quatre garçons et leurs parents), leur vie dans l’île déserte, il la transforme à son goût. Quelques passages religieux avec les mots de la maman prennent de plein fouette la vérité du moment. La famille sera même confrontée à de terribles sauvages intentant à leurs vies.

Les lecteurs découvrent une famille unie et aimante dont les membres sont prêts à mentir pour le bien-être de l’un des siens. Ne pas affoler outre mesure pour vivre le mieux possible dans un univers inhospitalier. L’on retrouve aussi les moments de chasse, de pêche et de culture. Les coffres rejetés par la mer apportant leur lot de surprise, de culture et de liens avec l’Europe quittée et si lointaine.

Couleur, couleur(s)

La bande dessinée s’est souvent penchée sur Robinson Crusoé. L’adaptation de Christophe Gaultier (Delcourt) est la plus belle. Celle de Mathilde Domecq – Paola Crusoé – la plus intelligente et moderne pour les enfants. Sans compter les Robinsonnades, déclinaisons d’auteurs : Deux ans de vacances (Hamo, Brrémaud, Chanoinat ), Rouge l’île des gribouilleurs (Troïanowski), Stig et Tilde (De Radiguès) ou encore Chroniques de l’île perdue (Clément, Montel).

Tout cela, sans compter sur la version de Baladi. L’auteur suisse né à Vevey en 1969 dévoile des planches superbes. Il les agrémentent de couleurs directes bien senties, par des aplats originaux qui tranchent d’une case à l’autre. Son trait épais permet une lecture fluide.

Robinson suisse : une belle surprise pour une aventure grand public.

Article posté le jeudi 15 août 2019 par Damien Canteau

Robinson suisse de Alex Baladi (Atrabile)
  • Robinson suisse
  • Auteur : Alex Baladi
  • Editeur : Atrabile
  • Parution : 21 août 2019
  • Prix : 22.50€
  • ISBN : 9782889230846

Résumé de l’éditeur : Baladi découvre tout d’abord les Robinsons suisses sous forme de série télé durant les années 70, puis tombe par hasard bien des années plus tard sur le roman à la base de la série, roman écrit en allemand par un écrivain bernois, et datant du début du 19e siècle. C’est en jouant avec l’idée d’adapter ce livre (qu’il n’a toujours pas lu!) qu’il déniche alors la traduction qu’en a fait la Baronne de Montolieu. Mais la Baronne de Montolieu ne s’est pas contentée de traduire le livre, elle en a changé certains passages jugés trop moralisateurs, et a même écrit des chapitres supplémentaires au roman. Baladi va donc décider de s’atteler à une adaptation, mais en commençant par le chapitre 37 (le premier de la suite écrite par la Baronne, vous suivez?) et en se sentant très libre (comme la Baronne!) dans son adaptation.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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