Terra Doloris

Après Terra Australis, Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux poursuivent leur voyage sur l’île continent avec Terra Doloris, une fresque historique contant le destin de deux évadés qui furent envoyés en Australie parmi les premiers colons. Époustouflant !

De Terra Australis à Terra Doloris

Sans être vraiment une suite au sens littéral du terme, Terra Doloris raconte l’histoire de l’Australie à partir de 1788. Dans Terra Australis, Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux mettaient en scène la découverte de l’île par Thomas Cook vers 1770, les premiers pas des colons sur l’île mais surtout leurs délicates relations avec les indigènes, premiers habitants des lieux.

Ainsi l’on peut se plonger aisément dans les 512 pages de Terra Doliris même si l’on a pas lu le premier volume de cette superbe fresque historique. Sydney (ancien Port Jackson) fut fondé en 1788 avec notamment l’ouverture d’un pénitencier de plus de mille prisonniers constitué de tout ce dont les autorités britanniques voulaient se débarrasser en Angleterre : prostituées, voleurs et assassins. Trois flottes de navires se succédèrent jusqu’en 1791 pour installer au mieux ces repris de justice mais aussi des soldats et un gouverneur. L’Australie moderne était née.

La liberté des martyrs

Le premier livre de Terra Doloris s’intéresse à l’histoire dramatique de la famille Bryant. William et Mary furent envoyés de force en Australie pour peupler ces terres dites vierges. Les deux n’eurent pas le choix. Condamnés à la prison, ils furent dans les premiers colons arrivés. Ils se marièrent, eurent deux enfants mais l’homme avait des velléités de fuite et songeait à retourner en Angleterre.

« Je n’en peux plus de cette colonie, et de ces brimades. Je n’aime pas le poisson, je n’aime pas la pêche, je n’aime pas le gouverneur ! »

Avec l’aide de 7 autres prisonniers, le couple et ses enfants tentent de fuir en volant une chaloupe abandonnée à la vigilance d’un garde…

La martyre de la liberté

Dans le second livre de Terra Doloris, Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux mettent en scène l’histoire de  Thomas Muir, indépendantiste écossais qui fut envoyé par la justice anglaise le plus loin possible de Edimbourg, à savoir l’Australie.

Alors qu’il accueille le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, l’homme raconte son amour pour l’Ecosse lui qui est né à Glasgow, son procès bâclé parce qu’il était nationaliste et sa captivité australienne.

Comme William et Mary, son envie de revenir en Grande-Bretagne était trop forte. Il paie une forte somme au capitaine de l’Otter pour fuir son sur navire…

Terra Doloris : superbe fresque historique

Passionné par l’Australie depuis de nombreuses années, Laurent-Frédéric Bollée a déjà visité ce pays plus d’une dizaine de fois. Le scénariste et animateur d’émissions sur le sport automobile (sur Motors TV et sur RMC) tient à faire découvrir aux lecteurs francophones toute la richesse de cette île continent, avec ses réussites mais surtout ses difficultés et ses peines.

Ainsi, pour ce deuxième volume, il a choisi d’incarner l’histoire du pays par deux destins ayant des aspirations communes : la liberté. Le couple – William et Mary – et l’indépendantiste – Thomas – rêvent d’un seul chose : fuir et retrouver leur terre natale. Les deux récits de l’auteur de J’ai tué Marat sont deux longues courses contre la montre pour échapper aux autorités, avec de la douleur et des drames.

Solidement documenté, Terra Doloris est un excellent album d’aventure. Les lecteurs croisent aussi des personnages historiques ayant existé : juges, gouverneurs mais aussi le capitaine Edwards chargé de récupérer les révoltés de la Bounty (rendus célèbres par le film réalisé  en 1962 par Lewis Milestone avec Marlon Brando).

Esclavagisme, désir d’expansion coloniale, alliances politiques et géopolitiques sont au cœur de ce pavé fascinant. N’oublions pas non plus l’injustice, la maladie et la mort qui parsèment les deux récits. Comme si l’Australie était entièrement une terre de douleur à cette période.

Le noir et blanc comme force narrative

Comme dans Terra Australis, Philippe Nicloux montre tout son talent par la réalisation de planches d’une belle force graphique. Son trait en noir et blanc rehaussé de teintes de gris convient idéalement pour restituer l’ambiance pesante et dramatique du récit.

Le dessinateur de Matsumoto (scénarisé par Bollée) découpe souvent ses pages par de grandes vignettes horizontales qui accentuent le rythme, les émotions sur les visages et donc le suspense.

Il aura fallu trois ans pour réaliser ce deuxième volet de cette magnifique saga historique. Un superbe résultat pour une œuvre passionnante et fascinante.

Article posté le jeudi 14 juin 2018 par Damien Canteau

Terra doloris de Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux (Glénat) décrypté par Comixtrip
  • Terra Doloris
  • Scénariste : Laurent-Frédéric Bollée
  • Dessinateur : Philippe Nicloux
  • Editeur : Glénat, collection 1000 feuilles
  • Parution : 09 mai 2018
  • Prix : 35€
  • ISBN : 9782374180540

Résumé de l’éditeur : L’odyssée Terra Australis n’était qu’un début… Ils étaient militaires, bagnards, forçats, condamnés… le rebut de l’Angleterre. Ils n’avaient pas d’avenir, on leur en a offert un de force : une vie sur les lointains et hostiles territoires de la « Terra Australis. » Aujourd’hui, plusieurs années ont passé. Des colonies se sont établies, mais l’équilibre y est plus que précaire. Les agressions sont nombreuses, les pendaisons fréquentes, la maladie et la famine impitoyables. Sous les yeux hagards des premiers habitants de ces terres, c’est un nouveau monde qui se construit. Un autre qui disparaît. 5 ans après Terra Australis, LF Bollée et Philippe Nicloux donnent une suite tout aussi brillante à leur odyssée historique. Le récit incroyable mais vrai de la création de l’Australie.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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