C’est arrivé demain le retour

La bande dessinée de science-fiction envahit Poitiers ! Le Miroir présente l’Exposition interactive C’est arrivé demain le retour,  la deuxième saison de ce vaste projet. Quatre albums sont à l’honneur : Shangri-La de Mathieu Bablet, Universal War One de Denis Bajram, Dans la combi de Thomas Pesquet de Marion Montaigne & Mondial TM de Beb Deum.

Quand un vaisseau rétro-futuriste atterrit dans une chapelle

Lorsque les visiteurs entrent dans la Chapelle Saint-Louis de Poitiers (à côté du collège Henri IV), ils sont impressionnés par les deux immenses capsules qui trônent en son centre ! Six modules métalliques reliés par des sas leur permettent de découvrir les 4 albums d’une manière très originale. Il n’y a pas de lecture en tant que telle mais une adaptation singulière des ouvrages. Ils ont l’impression que ces lieux sont sortis tout droit d’une bande dessinée ou d’un film de science-fiction. Les 6 modules ont été magnifiquement scénographiés pour s’immerger totalement dans les univers des auteurs.

  • Premier sas : Dans la combi de Thomas Pesquet, d’après l’album de Marion Montaigne. C’est au laboratoire du CNRS XLIM (Poitiers et Limoges) qu’a été confié ce premier lieu. Les enseignants-chercheurs ont opté pour la reconstitution de l’intérieur de l’ISS où le spationaute est resté plusieurs mois pour effectuer des expériences scientifiques. Dans une vidéo, il invite les personnes à visiter la station internationale en orbite au-dessus de la Terre. L’association poitevine Nyktalop Mélodie a travaillé sur les sons et les décors de ce premier sas. Elle a décliné trois expériences à tenter par les visiteurs
  • Deuxième sas : Shangri-La de Mathieu Bablet. Eweryware, un collectif de trois jeunes artistes numériques diplômés de l’Ecole Supérieure de l’Image de Poitiers (Lucile Thierry, Clément Sipion & Nicolas Leray) ont décliné une sélection de vignettes issues du magnifique space-opéra en réalité virtuelle sur tablette numérique. Les passages entre les cases s’effectuent à travers de longs couloirs oppressants.
  • Troisième sas : Universal War One de Denis Bajram. Comme nous l’explique l’auteur de bande dessinée et le chef du projet de Studio Nyx, Camille Besneville ci-dessous, les visiteurs posent sur leur tête, un casque de réalité virtuelle pour s’immerger dans la sublime série de Bajram.
  • Quatrième sas : Mondial TM de Beb Deum. A travers les textes du romancier Alain Damasio (La horde de contrevent) et la performance graphique de Philippe Boisnard – Databaz, une relecture magnifique de cet ouvrage édité par Les impressions nouvelles.
  • Au centre des 6 modules : deux sas de transition proposés par Marion Tampon-Lajarriette artiste plasticienne et  Grégoire Lorieux du collectif Ars Nova permettent de faire une rupture entre les quatre lieux.

Après une première saison (notre chronique de C’est arrivé demain), une autre ambiance et une autre manière d’aborder la bande dessinée de science-fiction avec cette saison deux : immersive et interactive, une véritable réussite de la part des équipes du Miroir de Jean-Luc Dorchies, directeur des Beaux-Arts de Poitiers !

3 interviews pour découvrir c’est arrivé demain le retour

  • Camille Besneville, directeur artistique du Studio Nyx qui a adapté virtuellement Universal War One de Denis Bajram

Comment ce projet a-t-il vu le jour ?

J’ai choisi Denis Bajram parce que je suis un grand fan de Universal War One et de Denis Bajram, mais aussi de bandes dessinées en général. Lorsque nous avons eu l’opportunité de faire une réalisation immersive en réalité virtuelle avec un auteur de bande dessinée, j’ai tout de suite dit à mes collègues qu’ils fallait qu’on le fasse avec Denis Bajram.

Grâce au Miroir de Poitiers et Jean-Luc Dorchies, directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de la ville, nous avons pris contact avec Denis et nous l’avons rencontré l’année dernière à Poitiers alors qu’il venait faire une masterclass. Lors d’un dîner, nous lui avons présenté le projet et tout de suite il a été enthousiaste.

C’est donc un projet que vous aviez déjà dans les cartons ?

Pas du tout. A titre personnel en tant que graphiste il y a quelques années, j’avais réalisé le vaisseau de Universal War One en 3D. A cette époque, je devais rencontrer Denis Bajram pour lui montrer ce travail mais cela ne s’est jamais présenté.

Où se situe le Studio Nyx ?

Nous sommes basés à Angoulême.

Combien de temps vous a pris la réalisation de ce projet ?

Nous avons rencontré l’auteur en octobre et à partir du moment où tout a été validé en terme administratif, nous avons commencé la production, il y a environ un mois.

Combien de personnes ont été concernées par le projet ?

Plusieurs graphistes et un développeur ont travaillé dessus. Tous sont intervenus à un moment ou à un autre de la production. Certains ne font que de la modélisation, d’autres ne font que de l’animation, d’autres travaillent sur la texture et d’autres sont plus polyvalents.

Quels sentiments avez-vous éprouvé lorsque le projet fut accepté, vous, fan du travail de Bajram ?

Pour moi, la boucle est un peu bouclée. Je suis originaire de Normandie, non loin d’où il habite et je devais le rencontrer pour le modèle 3D du vaisseau à son atelier. Et il a donc fallu quatre ans pour que le projet se concrétise.

Je suis ravi que le script et la réalisation lui plaise. C’était très important pour moi, j’avais un peu la boule au ventre que cela ne fonctionne pas. Je suis ravi du travail de mon équipe et de la qualité du produit que l’on présente au public aujourd’hui et c’est ce qui est le plus important !

  • Denis Bajram, auteur de Universal War One (Casterman)

Après quelques planches l’année dernière, vous voilà à l’honneur dans cette saison 2 de C’est arrivé demain avec un projet interactif. Quelles sont vos premières impressions ?

J’ai arrêté de dessiner sur papier en 2001, c’est donc quelque chose de très vieux pour moi. Lorsque l’on est venu me dire qu’il y aurait un deuxième volet « haute technologie » – moi qui ait été Monsieur Je vais faire de la BD avec Photoshop – cela ne pouvait que me faire plaisir.

J’avais trouvé l’exposition vraiment très belle l’année dernière. Il y a une culture ici à Poitiers que l’on ne retrouve pas forcément dans le milieu de la bande dessinée, de l’Art Contemporain. On sort du côté Gros nez de la BD et ça j’aime beaucoup. J’étais intéressé de voir ce qu’ils allaient pouvoir faire avec mon travail. J’ai donc tout de suite dit oui à Jean-Luc Dorchies.

Quelles ont été les passerelles entre le Studio Nyx et vous ?

Nous avons eu une grande discussion au départ où je leur ai dit précisément ce que je ne voulais pas. Assez vite, nous nous sommes mis d’accord que l’expérience sensorielle devait être la clef du projet.

Je leur ai dit : « Allez-y, ne vous posez pas de questions, donnez votre feeling de scènes de la bande dessinée, je vous fais confiance ! »

Vous n’avez donc rien vu avant aujourd’hui ?

Je n’ai quasiment rien vu, c’était vraiment l’idée. C’est comme pour le film qui se fera peut-être un jour sur la série, c’est une adaptation et j’ai en face de moi d’autres artistes. Leur vision est donc intéressante. En plus, ils étaient fans donc je savais qu’ils ne trahiraient pas les albums.

Il y avait vraiment l’envie de traduire en virtuel, le feeling qu’ils avaient eu en lisant la bande dessinée ; l’émotion de l’image. J’arrive là et je suis hyper content du résultat !

Les albums c’est mon bébé et quelqu’un ose y toucher et il se prend deux claques mais ici nous sommes sur une adaptation. Il faut donc que je respecte aussi leur proposition.

Est-ce que cela vous a plu ?

Le résultat, c’est plus que « plaire » parce que j’étais à deux doigts de pleurer. J’ai adoré. C’est magique !

Les moyens de la bande dessinée sont très limités. J’essaie de faire croire aux gens à des choses avec des moyens limités. Nous n’avons pas d’animation, pas de musique, pas de son. Il faut tordre la bras des lecteurs pour leur faire croire à des choses.

Voir le résultat de manière transparente, si simple, comme si j’y étais, c’est magique ! Ils ont réussi à rendre vraie la taille du vaisseau amiral. Il est gigantesque lorsque l’on est dedans.

En rentrant, je vais conseiller à tous mes lecteurs de venir. Ils ont touché le truc et ça c’est fort !

  • Jean-Pierre Dionnet, producteur, journaliste, éditeur de bande dessinée et co-fondateur de Métal Hurlant, expert sur l’exposition

Pourquoi avoir accepté de vous engager dans ce projet C’est arrivé demain ?

En fait, je fonctionne à l’instinct. J’ai connu une époque où lorsque l’on étaient sollicité alors que l’on venait du monde merveilleux de la bande dessinée et de la science-fiction, étaient très rares, donc on disait oui généralement. Puis les invitations se sont multipliées et nous avons pu choisir.

Ce que je fais maintenant, c’est que je veux rencontrer les gens. J’ai donc rencontré Jean-Luc Dorchies dans une brasserie à Paris. On a sympathisé, je suis venu à Poitiers et j’ai senti l’endroit.

Je nous sentais complémentaires. Il n’avait pas d’idées préconçues et me laissait partir dans mes délires. Je me souviens par exemple que j’avais écrit des notes sur que ce qu’est la science-fiction : c’est à la fois l’écriture extra-terrestre, la faune, les véhicules de l’espace… Cela représentait des pages et des pages et il me disait que c’était beaucoup. Puis finalement, il est revenu en me disant que telles et telles choses, on pourrait les faire ainsi… Après, c’était un rêve et ça c’est fait tout seul.

Il m’a expliqué que cela se ferait en plusieurs parties. Je trouvais que l’année dernière, c’était très riche et je me demandais ce qu’il allait faire après. En gros, on est en l’an 2000 avec cette idée que tout va changer en l’an 2000. Ça ne concerne pas vraiment les amateurs de SF puisque eux croient connaître ces changements. Ça intéresse certains fans de BD, ceux qui s’intéressent à ce que l’on appelle la futurologie, donc qui ne veulent pas qu’une bonne histoire mais une vision de l’univers.

Je trouve que la mise en scène, les sas, le côté que l’on est nombreux dans un espace confiné, tout cela m’a plu. Je vous avoue que la ville aussi m’a plu. Ce qui est important, c’est qu’il faut que la ville ait sa propre culture artistique, une histoire, une fierté. Il faut qu’il y ait magie, d’ailleurs presque toujours la magie a lieu.

La magie passe aussi par les lieux où se tiennent les événements. Cette magnifique chapelle – elle est intemporelle – a une magie particulière, que l’on soit croyant ou non. Quand le passé et le futur se rejoignent, c’est très beau, c’est magique !

Entretiens réalisés le vendredi 6 juillet 2018
Article posté le dimanche 08 juillet 2018 par Damien Canteau

Renseignements complémentaires sur C'est arrivé demain le retour

C’est arrivé demain, le retour. BD, SF et nouvelles images

  • Une exposition du Miroir de Poitiers
  • Chapelle Saint-Louis
  • 1 rue Louis Renard, 86000 Poitiers
  • Du 7 juillet au 14 octobre 2018
  • itinérante jusqu’en 2020 (Utopiales de Nantes en novembre 2018, deux tours de La Rochelle en 2020 et Villa M à Paris en 2021)

Horaires d’ouverture :

  • Juillet
    du lundi au vendredi : 12h – 19h, le samedi : 14h – 22h, le dimanche : 14h – 18h
  • Août
    du lundi au vendredi : 14h – 18h, le samedi : 14h – 22h, le dimanche : 14h – 18h
  • Septembre-octobre : du mardi au samedi : 14h – 18h
  • Entrée libre

Visites commentées en juillet  :
tous les mardis et jeudis à 18h sur réservation (lemiroir@poitiers.fr). Jauge limitée, durée 45 min.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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