À l’occasion de la toute nouvelle collection Clamp Universe lancée par Pika Edition, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Mehdi Benrabah , directeur éditorial au sein de la maison d’édition.
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Ce sont les 25 ans de Pika. Cela fait 15 ans, si je ne me trompe pas, que vous êtes au poste de directeur éditorial. Qu’est-ce que cela vous procure ? Ressentez-vous des changements depuis vos débuts ?
Cela fait 10 ans que j’occupe ce poste au sein de Pika. Franchement et ça peut faire réponse bateau, mais chaque année est un nouveau défi au sein de Pika. C’est une réponse qui se vérifie en regardant nos plannings de sorties. Il y a des nouveaux challenges à accomplir au fil des années. Par exemple, en 2023, il s’agissait des 10 ans de l’Attaque des Titans en France. En 2024, il y a eu le lancement de notre nouvelle collection de webtoon et en 2025, entre-autre, la collection Clamp Universe fait son arrivée. Depuis que j’ai rejoint Pika, il n’y a pas une année où je me tourne les pouces. Pas une, où il n’y a pas de projets excitants éditorialement parlant. Je suis un peu à l’origine de ça et ça peut être pénible et douloureux, mais on est toujours content que nos ouvrages paraissent.
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Dans une interview accordée au Journal du Japon en 2023, vous abordiez les années pendant et après la COVID-19. Est-ce que la situation a évolué ? Comment vous sentez-vous maintenant ?
Il ne s’agit pas de très bons souvenirs. La fermeture des commerces ou des librairies… C’est un moment pénible à certains égards. Dans d’autres, il faut reconnaitre que ça a permis d’avoir de beaux chiffres en 2020.
Chez Pika, cela s’est beaucoup fait ressentir. Justement, j’évoquais l’Attaque des Titans. C’est un titre qui a beaucoup bénéficié de cela. Actuellement, la courbe est plus basse. Elle se stabilise. On revient à quelque chose de normal par rapport aux années 2020.
Il y a un peu de casse car beaucoup de nouveaux éditeurs ont vu le jour durant ses années-là. Il était plus simple de trouver un public. Mais le contexte économique n’est plus du tout le même. Le lectorat est beaucoup plus sélectif et se replie sur des titres déjà établis. Les best-sellers continuent de bien performer. J’ai en tête Blue Lock, chez nous.
Les nouveautés, quant à elles, galèrent davantage à rencontrer leur public. J’observe également que le public développe une certaine appétence pour les beaux ouvrages. Si des projets éditoriaux ont du sens, le public les suit. En date, nous avons l’édition grimoire de L’Atelier des Sorciers, une série toujours en cours. Le public a été réceptif comme nous avons proposé un écrin en lien avec le contenu du manga. Il existe donc bel et bien des tentatives éditoriales qui peuvent avoir du succès.

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Quelle est votre vision de l’avenir ? Est-ce qu’il y a des genres ou des collections que Pika souhaite explorer ? Souhaitez-vous ajouter des autrices à la collection Masterpiece ?
Comme je le disais, c’est toujours intéressant d’essayer de faire du neuf avec du vieux. Enfin, pour L’Atelier des Sorciers qui est une série toujours en cours, mais qui a su toucher un public avec son édition grimoire.
Je trouve que nous sommes dans une période propice aux initiatives éditoriales. Remettre des auteurs et des autrices cultes sur le devant de la scène, c’est très important. Finalement, comme les séries peinent à trouver un public, il faut capitaliser sur le fond de catalogue. C’est pour cela que l’on revient avec Clamp.
On vient d’annoncer la nouvelle édition de Air Gear d’Oh !Great, titre emblématique du catalogue. C’est important d’entretenir tout cela quand on a 25 ans d’existence.
Cela me permet de faire le lien avec la collection Masterpiece que vous évoquiez tout à l’heure. C’est forcément une collection qui nous tient à cœur car elle nous permet d’entretenir d’une bien belle manière notre catalogue avec des titres comme Nodame Cantabile. Il y a aussi des séries alors… pas « patrimoniales », ce n’est pas le terme, mais avec lesquelles il y a eu un avant et un après. D’où Rokudenashi Blues, le manga avec lequel nous avons inauguré la collection et qui n’était pas chez nous à l’origine.
Je pense qu’il est important de se tourner vers des auteurs qui ont compté dans cette industrie. On a en tête d’ajouter des autrices à la collection Masterpiece. Nous avons plusieurs candidates, mais je vous confirme qu’on aura d’autres autrices, toutes aussi méritantes que des auteurs comme Morita Masanori, pas encore annoncées qui rejoindront la collection.

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Comme nous parlons de collections, on remarque qu’il y a un investissement concernant les titres shôjo. Je pense, notamment, à l’édition collector de Yona, la princesse de l’aube. Est-ce que vous allez être amené à ramener ce genre de contenu à nouveau et sur d’autres séries ?
C’est complètement à l’étude. Une des marques de fabrique de Pika, c’est la qualité de ses éditions collector. On a vraiment été précurseur sur le sujet avec le tome 19 de Fairy Tail, le premier collector sur le marché français du manga. J’essaie de pousser ce genre de création et, bien évidemment, la catégorie shôjo ne doit pas être mise sur le côté. C’est une catégorie de manga qui a des ventes plus faibles donc il faut être précautionneux sur le choix des séries qui bénéficieraient d’un collector. Cela dit, on a pu prouver que ça pouvait fonctionner avec le volume de Yona.

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Parlons, si vous le voulez bien de la collection Clamp Universe. Est-ce que vous pouvez nous parler de Clamp et de ce que ça représente pour Pika ?
Nous parlions de fond de catalogue, Clamp fait partie de ces auteurs et autrices emblématiques, à bien des titres, publiés par Pika.
Dans les années 2000, le premier gros succès de notre maison d’édition a été Card Captor Sakura. C’est le manga qui pose les premières pierres de fondation de Pika. Il sera très rapidement suivi de GTO. La collection Clamp Universe sort 25 ans après cette réussite, ce qui est significatif.
En tant qu’éditeur de mangas, j’aime à penser qu’il existe une œuvre pour chaque personne, y compris ceux qui n’en lisent pas du tout. Le fait de pouvoir proposer des titres qui s’adressent aux jeunes garçons, aux jeunes filles ou, même, à de jeunes adultes est une des forces de Clamp. Elles représentent le pur éclectisme par leurs propositions sur des cibles différentes. Il est rare d’avoir un collectif d’autrices qui se balade dans tous les catalogues et tous les styles de récits.

On parlait de Card Captor Sakura qui est un host en shôjo pour des lecteurices plus jeunes. XXXHolic, qu’on publie en avril, vient d’un magazine seinen. Il propose du contenu plus occulte avec un graphisme et des personnages plus sombres et nuancés. On a Tsubasa Reservoir Chronicles, issu d’un magazine shônen et un autre de nos titres, qui est davantage porté sur l’action et l’aventure. À chaque fois, elles adaptent leur style graphique et narratif. C’est un bonheur de les avoir dans notre catalogue. Elles font des œuvres qui ont le potentiel pour traverser les générations et c’est l’une des raisons pour lesquelles elles reviennent.
D’ailleurs, pour la collection Clamp Universe, il n’y aura pas de catégorisation éditoriale. C’est-à-dire qu’il ne sera pas précisé « Pika Seinen » ou « Pika Shôjo », mais simplement « Clamp Universe ». La raison est simple, Clamp fait fi des catégories. On se moque un petit peu de savoir si c’est du seinen, du shôjo… lorsqu’on lit un de leurs titres, on lit du Clamp.
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Comme vous évoquez la question des cibles éditoriales, est-ce que cela sera évoqué, tout de même, au travers de votre communication ?
Sur notre site internet, les titres seront catégorisés, mais nous n’avons pas l’intention de tant communiquer à ce sujet. L’idée est de dire : « N’ayez pas d’idées préconçues sur XXXHolic ou un autre titre, que vous soyez lecteur ou lectrice. ».

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Avez-vous d’autres objectifs avec cette collection ?
L’objectif de la collection est double. Premièrement, c’est de plaire aux fans de la première heure. Dans un second temps, il faut toucher un nouveau public qui ne connait pas Clamp ou qui ne sait pas quelle porte emprunter pour les découvrir. Il y a quelque chose de très fort chez Clamp et qui est un mouvement qu’elles ont amené. Elles sont précurseurs dans le fait de faire des séries indépendantes, mais qui communiquent tout de même entre-elles de près ou de loin. Ce format de cross-over est quelque chose que l’on retrouve dans les comics américains.
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Quels sont les titres qui rejoindront nos bibliothèques pour le lancement de la collection ?
Cette année, nous avons XXXHolic pour le mois de mars (décalé en avril après l’interview). Au mois de juillet, on continue l’aventure avec Tokyo Babylon. Et pour finir l’année, nous aurons Clamp School Detective.

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Et au niveau du rythme de parution ?
Il s’agit d’une collection ambitieuse. XXXHolic aura un total de 19 volumes. C’est conséquent. On en publiera un tome tous les deux mois. Le rythme sera sensiblement pareil pour toutes les séries. L’objectif étant de proposer un maximum de Clamp durant cette année.
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Est-ce que des opérations spéciales sont prévues ? Des évènements en librairies, des expositions ou, même, la venue des autrices ?
(Rires) Pour le moment, il n’y a rien dans les tuyaux, mais on ne s’interdit rien.
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Concernant les titres qui pourraient rejoindre la collection, est-ce que vous envisagez d’aller chercher des titres encore inédits ? A l’instar du travail réalisé, il y a quelques temps, sur Les cauchemards de Mimi chez Mangetsu, est-ce que vous envisagez de publier des titres inédits même au Japon ?
Comme un assemblage d’histoires courtes qui n’ont pas fait l’objet d’un recueil ? Vis-à-vis de l’exemple cité, c’est un format qui se prête davantage à Junji Ito. Il réalise des histoires courtes qui se prêtent parfaitement à ce jeu. Cependant, nous n’excluons rien. Si c’est quelque chose qui a du sens, on regardera, mais pas pour le lancement de la collection.
Pour les débuts, on va privilégier les séries attendues ou qui ne sont plus disponibles. On essaie de faire une réhabilitation de séries qui sont, aujourd’hui, hors de prix ou indisponibles. Il faut que ce soit accessible pour tous les porte-monnaie avec un design et une fabrication qualitative et au plus proche de la version japonaise. On ne va rien s’interdire. Si demain, il est nécessaire de faire un ouvrage inédit au Japon et qui met en valeur la collection, bien sûr qu’on envisagera de le faire.
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Est-ce que vous voulez ajouter certains détails au sujet de cette collection ?
Oui, comme je l’évoquais, les titres vont bénéficier d’une nouvelle charte graphique. Ce qui signifie qu’il y aura une nouvelle illustration de couverture, une charte épurée commune à chaque ouvrage. On tient aussi à respecter l’édition originale donc chaque tome de la collection Clamp Universe arborera en C4 le logo original de la série. Qui dit « charte graphique épurée » dit logo épuré avec une police commune à tous les ouvrages de la série.
A l’intérieur de XXXHolic, on retrouvera des pages couleur de l’édition originale et la première page couleur sera, ni plus ni moins, que l’illustration originale de la couverture du tome en question. Ça rejoint ce double objectif de toucher un nouveau public avec un graphisme plus moderne, peut-être, plus dans l’air du temps et sans oublier le travail initial apprécié par les fans de la première heure.
Merci Mehdi Benrabah pour le temps que vous nous avez accordé.
Entretien réalisé le 27 février 2025
- XXXHolic
- Autrice : Clamp
- Éditeur : Pika
- Prix : 8,50 €
- Parution : 02 Avril 2025
- Nombre de pages : 184
- ISBN : 9782811695873
Résumé de l’éditeur : Kimihiro Watanuki est un lycéen capable de voir les esprits. Il maudit ce pouvoir si lourd à porter, jusqu’au jour de sa rencontre avec la mystérieuse Yûko Ichihara. Magicienne, elle seule peut exaucer son souhait de faire taire ses visions. Mais en échange, il devra lui offrir une compensation proportionnelle à son vœu…
