Dav : entretien avec l’auteur de Sous les arbres

Depuis une dizaine d’années, Dav s’est fait un nom dans le monde du 9e Art. Avec Appa, Gnomes de Troy, Les As de la jungle ou Les aventures du Gottferdom Studio, ses animaux font le bonheur des jeunes lecteurs. Nous nous sommes entretenus avec lui pour parler de Sous les arbres, sa nouvelle aventure éditoriale à La Gouttière. Plongée dans l’univers d’un auteur enthousiaste et chaleureux.

Appa (avec Thomas Bonis, deux volumes, Bamboo)

« Je suis fier d’Appa ! »

Dav, comment est né la série Appa. Comment as-tu rencontré Thomas Bonis ?

Thomas, je le connais depuis très longtemps. Je dirais avant 2000. Je suis l’un des fondateurs du fanzine Le Rhinolophe Mag. Un soir à Cholet, la petite équipe du fanzine voit arriver Thomas qui voulait faire de la bande dessinée. Rapidement, nous sommes devenus bons copains.

Nous avons fait nos études aux Beaux-Arts de Poitiers ensemble en 2000-2001. Je ne les ai d’ailleurs pas fini puisqu’en février, j’ai commencé mon premier projet professionnel en bande dessinée, Django Renard, avec Curd Ridel, chez Bamboo.

J’ai ensuite réalisé la majorité de mes albums seuls. Appa était un projet ancien que j’ai ressorti de mes tiroirs. J’avais envie de faire un bouquin en bonne compagnie. Thomas était la personne idéale. Il a beaucoup d’imagination et surtout dans ce style d’univers fantastique manga avec des dragons. Il est très fort sur ça ! Et je me disais qu’en plus, on allait se marrer à le faire avec lui.

Je suis fier d’Appa ! Nous avons fait à peu près ce que l’on voulait sur cette série. Olivier Sulpice nous a fait entièrement confiance.

A la moitié du deuxième tome, nous avons appris que la collection s’arrêtait. Cela, nous a permis de réécrire la fin du récit et de terminer correctement l’histoire. C’était un vrai luxe !

Sous les arbres (La Gouttière)

Comment la série Sous les arbres est-elle née ?

J’étais dans mon projet carnet de croquis sur Ulule et j’avais envie de réaliser un album avec Cyril Trichet, l’auteur des Arcanes du Midi-Minuit. Nous avions été au lycée ensemble auparavant. Nous voulions imaginer une histoire de 30 pages dont chacun dessinerait la moitié.

Nous ne voulions pas réaliser un album trop compliqué dans sa mise en place, avec des décors recherchés, de la perspective. Nous nous sommes mis d’accord sur une ambiance naturelle, dans la forêt et qui suivait les saisons. Je devais faire la partie Automne et lui, l’Hiver. Le tout, en passant par un financement participatif. Mais à chaque fois, nous repoussions à cause de nos autres projets.

J’avais trouvé l’idée du blaireau qui voulait balayer des feuilles. Lorsque j’ai terminé Appa et Les as de la jungle, en août 2017, je lui ai alors demandé si je pouvais le faire seul puisqu’à ce moment-là, il n’était plus disponible. Il m’a alors donné son accord.

Comment est-il arrivé au catalogue de La Gouttière ?

Je connais bien Olivier Supiot et Joris Chamblain qui m’ont parlé de La Gouttière. Je me suis penché sur leur productions et plus particulièrement Lili Crochette. Thomas Priou m’en avait aussi dit du bien, lui qui dessine Trappeurs de rien.

J’ai envoyé le projet un vendredi matin et dans l’après-midi, Pascal Mériaux me donnait une réponse positive. Ce fut donc rapide !

« Il ronchonne mais n’est pas méchant […] Si on lui demande de l’aide, cela le sort de son train-train et il le fait. On peut compter sur lui. »

Qui est M. Grumpf ?

C’est un vieux monsieur ronchon qui porte son pantalon en haut de sa taille. Il ressemble aux papys dans les dessins animés des années 80 comme celui dans Dennis la malice, ou plus proche de nous, Carl Fredricksen dans Là-Haut.

Il ronchonne mais n’est pas méchant. Il ne veut simplement pas être dérangé. Si on lui demande de l’aide, cela le sort de son train-train et il le fait. On peut compter sur lui.

D’habitude mes personnages ressemblent à des amis ou des personnes que je connais, y compris dans leur prénom. Ici, pour M. Grumpf, ce n’est pas le cas. C’est donc une figure inventée, un archétype de personnage.

En quoi l’anthropomorphisme sert-il ton récit ?

A part dans Appa où la petite fille est une humaine, dans tous mes autres albums se sont des animaux. J’aime dessiner des animaux. Les humains sont sympa mais les animaux, c’est encore mieux !

C’est plus mignon, plus joli et plus agréable à dessiner que des humains. Cela permet de la folie dans les scènes, comme par exemple la poursuite du cerf-volant.

« Avant de dessiner, j’ai regardé des dessins animés avec Winnie l’ourson mais aussi des classiques Disney »

Sous les arbres est-il ton Winnie l’ourson ?

C’est ma référence première. Avant de dessiner, j’ai regardé des dessins animés avec Winnie l’ourson mais aussi des classiques Disney comme Bambi ou Taram et le chaudron magique qui se déroule lui en automne. Tout cela m’a inspiré pour les décors de l’album.

En quoi Disney et ses univers influencent-ils ton travail ?

C’est le cas dans tous mes travaux. Au lycée, je voulais faire du dessin animé. C’est pour cela que j’avais choisi les beaux-arts de Poitiers qui ont une filière Animation. Mais, je n’en n’ai d’ailleurs jamais fait, puisque j’ai signé mon premier contrat en bande dessinée à ce moment-là.

Chez moi, il y a de nombreux art-books Disney. Ces influences se ressentent surtout dans mes croquis ou mes recherches plus que dans mes albums.

Dans Le petit bonhomme en pain d’épice chez Bamboo, c’était la première fois que je voulais que ces influences se voient dans un album. Je voulais développer ce côté disnéen dans mon dessin.

D’ailleurs j’ai utilisé la même technique pour la couleur dans Le petit bonhomme en pain d’épice que dans Sous les arbres, en l’améliorant.

En parlant de Disney, comment es-tu arrivé dans les pages de Mickey All Stars ?

En 2013, Olivier Supiot me dit que Glénat a acheté les droits Disney. Je me suis alors entraîné à dessiner Mickey. Je postais ces essais sur les réseaux sociaux dans l’espoir que les éditeurs le remarquent. Par bonheur, c’est arrivé !

J’ai ensuite réalisé un dessin dans le recueil Balthazar. Puis, on m’a proposé le Mickey. J’ai alors dessiné deux illustrations de la page de garde, qui ont servi de support pour présenter le projet aux autres auteurs. Chacun ensuite proposait sa version de la souris.

Sous les arbres est une série de quatre albums, tu as déjà signé en ce sens ?

J’ai déjà écrit les trois suivants et story-boardé deux. Tous ont été validés par La Gouttière. Ces quatre one-shot suivent les saisons. Chaque album aura des personnages différents mais cela se déroulera toujours au même endroit. Ainsi, les enfants pourront lire les albums dans l’ordre qu’ils veulent ou même ne pas tous les lire.

Il me reste le tome de l’été à mettre en scène et pourtant c’est le prochain à sortir ! Puis je dessinerai les trois albums à la suite. Cela me permet de garder la même charte graphique et les même couleurs. Je pense qu’il me faudra une année pour cela.

« Je voulais que l’histoire soit avant tout visuelle et poétique. »

Ton album est très visuel, pourquoi ?

Les quatre récits ont été réfléchi sans texte. M. Grumpf grogne. Les autres personnages parlent sauf lui. Mis bout à bout, les textes représentent une page écrite. Je voulais que l’histoire soit avant tout visuelle et poétique.

Comment réalises-tu tes planches ?

Pour Sous les arbres, je dessine sur du Canson classique. J’encre le dessin au feutre-pinceau. Je fais ensuite un lavis de niveaux de gris à l’aquarelle pour les matières et les ombres.

Enfin, je réalise les couleurs à l’ordinateur par aplats et quelques dégradés légers. J’ajoute ensuite un peu de texture afin de donner un côté granuleux au dessin.

Tout cela semble nouveau pour toi ?

Oui. C’est un challenge. Je travaille toujours avec des coloristes, comme Esteban pour Appa. Je fais aussi les couleurs pour mes illustrations ou les gags sur mon blog. Les seuls albums où j’avais fait les couleurs, c’était le tout premier et Le petit bonhomme en pain d’épice.

Pour Sous les arbres, j’ai changé ma façon de travailler. J’ai utilisé un papier plus épais dans un format à l’italienne. Je suis passé du stylo-bille au feutre pinceau et à l’aquarelle couplés à l’ordinateur.

Pourquoi est-ce important de t’adresser aux enfants ?

Le public enfant, c’est le meilleur ! Je m’adresse au public 5/8 ans, celui que j’ai connu lorsque j’étais animateur en centre de loisirs. Je l’aime parce que l’on peut lui parler de tout et stimuler leur imaginaire.

Je fais aussi beaucoup d’interventions scolaires en festival ou dans les écoles. J’ai du feeling avec eux. On peut rigoler, faire des blagues.

Je pense aussi aux parents qui vont acheter et le lire à leurs enfants. Sous les arbres est un album qu’on lit dans son lit à ses enfants, qui fait du bien juste avant de dormir.

« C’est mon album le plus personnel ! […] C’est la première fois que j’ai envie qu’il se passe quelque chose avec un de mes albums. »

Que représente Sous les arbres dans ton parcours professionnel ?

C’est mon album le plus personnel ! Je voulais faire autre chose que ce que je faisais jusque là, notamment ne plus faire de parodies.

C’est la première fois que j’ai envie qu’il se passe quelque chose avec un de mes albums. J’ai envie que les gens le lisent, que des enfants arrivent avec un album déchiré en dédicace parce qu’ils auront dormi avec ! J’aimerais que les parents me disent : « C’était trop mignon, mes enfants adorent ! »

Ce très joli enthousiasme Dav, est-ce qu’il fut aussi perceptible lors de la réalisation ?

Ça a été super naturel de le faire ! Après l’écriture, c’est parti comme un missile pour le dessiner. Ça coulait tout seul. Je n’ai pas eu besoin de réfléchir. Il n’y a pas eu un seul moment où j’ai bloqué. J’avais vraiment l’impression d’être dans mon élément.

Ce fut aussi la première fois que je rendais un album en avance. Avec La Gouttière, nous avons donc eu un mois et demi pour corriger de petits détails.

Entretien réalisé le jeudi 08 août 2019
Article posté le jeudi 22 août 2019 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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