Charlotte Pollet : « La poésie, c’est ce qui sauve chaque jour »

Pour la sortie du dernier tome de Pipistrelli, Damien a rencontré Charlotte Pollet, son autrice. Un rendez-vous dans un café bruxellois pour un moment passionnant et très très drôle.

Comment avez-vous rencontré Julie Staebler, éditrice chez Biscoto ?

J’ai rencontré Julie Stabler, qui a fondé Biscotto Éditions, quand on était aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Elle était une ou deux promos au-dessus de la mienne. Quand on était ensemble à l’école, on ne s’est pas tant fréquentées de ça.

C’est plutôt quand je me suis installée à Bruxelles. Je sais qu’elle est aussi passée par Bruxelles peut-être un an ou deux avant moi. Je crois que c’était en 2015 qu’elle m’a contactée.

J’habitais à Bruxelles depuis un an. Elle m’a demandé si je voulais réaliser un poster dans le journal Biscoto. J’ai accepté. Après ça, j’ai dessiné une ou deux couvertures de Biscoto.

Pipistrelli de Charlotte Pollet (Biscoto)

Comment le projet Pipistrelli est-il alors arrivé au catalogue de Biscoto ?

Après les couvertures, en 2017, Julie m’a appelée pour savoir si je n’aurais pas un projet de bande dessinée « Jeunesse » dans mes tiroirs pour le feuilleton mensuel du journal Biscoto. Je lui ai dit que j’en avais un alors que je n’en avais pas. J’ai menti (haha)

J’ai commencé à écrire Pipistrelli sur les chapeaux de roues entre le mois de mai et la fin juin 2017. C’était pressé parce qu’il fallait déjà envoyer, en juillet, le premier épisode chez l’imprimeur pour que ça sorte en septembre. Mais à ce moment-là, j’avais déjà écrit la fin.

Pipistrelli tome 1 de Charlotte Pollet (éditons Biscoto)

Était-ce déjà prévu dès le départ que Pipistrelli soit édité en album ?

Alors oui, parce qu’à l’époque, c’était le deal de départ. On fait une pré-publication et ensuite, ça sort en livre. Et je crois qu’à l’époque, elles avaient sorti uniquement Francis Saucisson.

« J’étais un bébé de la BD »

Est-ce que vous aviez le temps entre la prépublication et l’album de travailler sur d’autres projets en même temps ?

C’était beaucoup de boulot à l’époque pour moi qui n’avais jamais fait de bande dessinée de façon aussi soutenue.

Mon rythme, c’était quatre planches par mois, ce qui n’est pas grand-chose, quatre pages par mois. Mais en fait, j’avais un boulot alimentaire à l’époque. Ça ne me laissait pas un temps de dingue pour réaliser les planches. Et puis, j’étais un bébé de la BD.

Je n’avais jamais fait de bande dessinée. Enfin, un petit peu quand j’étais aux arts déco. Je faisais une planche par-ci, deux planches par-là.

Le plus compliqué, c’était d’essayer de faire en sorte que les personnages se ressemblent à peu près d’une case à l’autre. Aujourd’hui quand tu regardes le tome 1, c’est à mourir de rire.

Je pense qu’à l’époque, je faisais quand même déjà de la presse à côté de mon job alimentaire. J’ai travaillé pour XXI, pour Télérama ou pour Society.

Pipistrelli tome 1 de Charlotte Pollet (éditons Biscoto)

Est-ce que vous avez retravaillé l’histoire entre la pré-publication et la publication ?

C’était quand même un rythme hyper soutenu. J’ai voulu mettre beaucoup de choses dans cette première bande dessinée.

Je pense que c’est un peu le syndrome de la première BD. On sort un livre, on se dit : « si jamais je n’en sors plus jamais, je vais tout mettre ». Et du coup, c’était très bavard, c’était très bondissant. Ça partait dans tous les sens.

Le chapitrage était très saccadé. Mais ce n’était pas grave parce qu’il y avait un cliffhanger à la fin de chaque numéro. Et puis on repartait au numéro d’après.

On avait un certain nombre de pages à ne pas dépasser par rapport au foliotage, pour l’imprimeur, et le façonnage. Donc je ne pouvais pas non plus rajouter un nombre de planches infini. J’ai dû en ajouter 4-5.

Mais, j’ai quand même un peu mis de l’espace entre certaines scènes. J’ai fait des grandes planches un peu plus contemplatives pour dire : “là on se calme, c’est la nuit, on dort”.

« Et en même temps, ça y est, j’avais fait un livre avec un ISBN dessus. C’était un truc de fou. »

Quels sentiments avez-vous ressenti en ayant l’album entre les mains ?

C’était un truc de ouf. En fait, on a reçu les exemplaires d’auteurs lorsque j’étais chez ma mère. C’était Noël. C’est Noël, Noël quoi !

Je n’en croyais pas mes yeux. C’était… Je ne sais pas. À la fois, c’était normal parce que c’est ce qu’on avait dit qui se passerait. Et en même temps, ça y est, j’avais fait un livre avec un ISBN dessus. C’était un truc de fou.

Comme je suis un peu lente comme fille, je fais un peu tout tard dans la vie. Je prends mon temps. Parce qu’en 2017, j’avais presque 30 ans.

Pipistrelli tome 2 de Charlotte Pollet (éditons Biscoto)

Était-ce aussi décidé dès le départ avec Biscoto qu’il y ait plusieurs tomes de Pipistrelli ?

On s’était dit, on teste un premier, tranquillement. Le simple fait que Pipistrelli 1 existe, mais aussi l’accueil qu’on lui a réservé, ainsi que les multiples sélections en festival, c’était un miracle.

Ça a été Noël toute l’année. Et je ne me suis pas forcément dit tout de suite qu’on allait en faire plusieurs.

Pipistrelli tome 2 de Charlotte Pollet (éditons Biscoto)

Comment est né le projet du tome 2 ?

J’avais très envie de cette histoire de Bescherelle qui part dans une grotte, de robots et du savoir infini. Ça me chatouillait un peu, je savais pas trop quoi en faire. Et finalement, j’en ai fait un Pipistrelli.

En finissant le deuxième, je me suis pas dit que j’allais en faire un troisième. À chaque fois, il faut vraiment que l’envie soit là.

« Je me suis dit que j’allais blinder l’histoire de personnages féminins parce qu’il y en a tellement peu »

En quoi était-ce important d’avoir une héroïne ?

Au début, c’était un garçon, quand il n’avait ni nom, ni prénom.

Je me suis dit : “Oh, merde, quand même, ça va, il y en a pas mal des garçons en BD, on va peut-être s’arrêter là !” Donc, c’est devenu une fille.

Même son univers a été spontanément assez féminin. Je me suis dit que j’allais blinder l’histoire de personnages féminins parce qu’il y en a tellement peu.

Pipistrelli, Cap sur Minuit de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

C’est important ce côté sororité ou pas du tout ?

Je ne sais pas à quel point je dirais que c’est militant de faire ça. C’était plus une espèce d’envie.

En fait, j’essaie juste d’inverser le très mauvais score au test de Bechdel de la bande dessinée (haha)

Il y a un personnage masculin, c’est Bescherelle. Même si ce n’est pas le plus hétérosexuel de tous les bonhommes. Dans le trois, il a envie de faire du jardinage. Il fait de la permaculture.

Pipistrelli, Cap sur Minuit de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

« Olive est intrépide, très coquine et espiègle »

Si vous deviez présenter Olive, quelles seraient ses caractéristiques ?

Olive est intrépide, très coquine et espiègle. Elle est aussi est loyale. En même temps, elle a aussi des petits trucs un peu cabossés. Elle a des choses qui ne roulent pas sans les autres. Elle a besoin des autres pour avancer. On n’est jamais tout seul dans la vie.

Le personnage de Caouette, c’est quand même un personnage assez indépendant. Dans le tome 2, elle part en voyage très loin et seule. Je n’aurais jamais pu imaginer ça pour Olive.

Finalement, Olive se trouve toujours des potes en chemin. Au début du tome 1, il y a l’ornithorynque avec qui elle passe un petit moment. Elle est quand même assez candide.

Olive croit que les serpents sont ses potes avant de se rendre compte qu’en fait pas du tout. Elle cherche la compagnie. Elle n’a pas peur d’aller vers les gens.

On me demande souvent quel âge a Pipistrelli. Je suis infoutue de le dire. C’est un personnage un peu intemporel.

« J’aime bien l’idée de bande »

Vos personnages ne sont pas non plus manichéens dans le sens où ils ont des relations entre eux qui sont super fluides. Est-ce que c’est ça leurs relations ?

J’aime bien l’idée de bande. J’aime bien l’idée de petite famille reconstituée là, quelque part au milieu de cette forêt dont on ne sait ni où elle est, ni quand, ni qu’elle agit. Et ce n’est pas le sujet.

Je pense que ce sont des personnages qui se connaissent bien et qui s’apprécient beaucoup même s’ils s’envoient des vannes à longueur de temps. Ils fonctionnent presque autant ou plus comme une famille que comme une bande d’amis. Des gens qui se sont quand même choisis.

Par exemple, Bescherelle avec ses manies de tout savoir, avec ses obsessions pour le fait qu’il y ait des limaces dans son potager, il faut quand même se le farcir. Il a l’air quand même un peu pénible. Et pourtant, les autres personnages ont beaucoup de tendresse pour lui. Ils sont attachants finalement.

Ils ont chacun un rôle qui leur est propre dans chacun des tomes de Pipistrelli. C’est important pour moi qu’ils soient tous attachants à leur façon. Il n’y en a pas un qui est un sale con.

Même les serpents dans le tome 1, qui sont censés être les méchants, franchement, ce sont des méchants en carton.

Pipistrelli, Cap sur Minuit de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

Est-ce important qu’ils ne soient pas méchants même s’ils ont des défauts ?

Je crois que personne n’est méchant. Personne n’est complètement un con dans la vie. Et qu’il y a forcément quelque chose de touchant, de chouette en tout le monde.

Par exemple, dans le tome 3, il y a un camelot. Un vendeur un peu roublard. On sent qu’il va les arnaquer. Il leur vend une ventouse pour se ventouser sur le front, en leur faisant croire que c’est une espèce de baguette magique.

Mais avant ça, on voit qu’il galère et qu’il dit : « Mon cousin m’avait dit qu’il y aurait plein de clients, et il n’y a pas de clients. » On comprend qu’il les arnaque un peu et que tout le monde doit gagner des sous.

Le manichéisme, ça ne m’intéresse pas du tout. Les grands méchants, je n’y crois pas. Il n’y a pas de grands méchants. Enfin, s’il y en a, il y a bien une raison. Une raison sociale, culturelle. Mais pas génétique. Jamais. Ce n’est pas possible.

Vous parliez de la forêt comme d’un cocon. Est-ce cela que vous avez voulu restituer ?

Il y a un petit truc de l’ordre du fief. En fait, je me disais que cette forêt, il faut qu’elle soit à la fois vaste et qu’elle recèle des endroits comme des prairies, des endroits qui sont peut-être familiers aux personnages, mais que nous, on découvre. Et qui nous rappellent des petits bouts de prairies d’enfance ou des landes sur lesquelles on aurait randonné avec nos parents quand on était petits.

Et puis, au milieu de ça, des petites cabanes, un petit truc un peu cosy, avec chacun la sienne. C’est sûrement les personnages qui les ont construites. Personne ne les a aidés. Il faut aussi qu’ils se débrouillent.

Sans renvoyer à la notion d’un territoire, mais un petit endroit, un peu comme un petit village gaulois. Il y a une espèce de parenthèse, de douceur dans cet endroit. Et c’est quand même le point de retour de chaque aventure.

Pipistrelli, Cap sur Minuit de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

 

Avec le troisième tome, est-ce vraiment la fin de la série Pipistrelli ?

Je pense que j’en ai terminé. J’ai inventé Parka pour ce troisième tome, qui me plaît vachement. Si ça se trouve, je ferai un préquel avec Parka. Ou pas ! C’est juste qu’on est mortes de rire avec les filles de chez Biscoto à l’idée de faire un préquel avec Parka. J’ai déjà 50 idées à la minute, rien que d’en parler.

En quoi l’aventure sert la quête ? De partir à l’aventure pour atteindre un but ?

Je pense que c’est une façon un peu métaphorique de la vie. Je pense que tout le monde part un peu à l’aventure tous les jours.

C’est juste qu’on part à l’aventure dans des endroits moches et pour des raisons, des fois, qu’on ne comprend pas très bien.

Comme j’ai plutôt tendance à préférer les arbres, les buissons et les insectes, c’est ça mon lieu pour développer la quête de soi.

La nature n’est pas vraiment un décor dans le tome 3. Je pense que c’est un prétexte à échanger avec un environnement qui soit nourrissant narrativement.

Pipistrelli, Cap sur Minuit de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

Quel est votre rapport à la poésie ou même à la méditation, comme on peut le retrouver dans les albums ?

La poésie, c’est ce qui sauve chaque jour. Tout simplement. Donc, autant essayer d’en mettre un maximum partout.

J’avais besoin d’un livre plus calme. Le tome 3 parle de sujets qui sont peut-être plus durs. Le premier est très loufoque. Le deuxième, il part aussi un peu dans tous les sens. Je trouve d’ailleurs qu’il a un fond un peu dark aussi. Mais j’ai mis, 15 litres de blague à la minute pour que ça passe mieux.

Le troisième, quand même, il parle de deuil, de disparition, d’absence.

Pipistrelli, Cap sur Minuit de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

C’est une comédie dramatique en ce sens-là ?

Une comédie dramatique, je ne sais pas. J’ai un peu du mal à catégoriser comme ça. Peut-être. Ce n’est pas un drame, en tout cas. Ça, c’est sûr. Parce qu’il y a toujours la comédie. Mais… Un entre-deux. Oui.

J’essaie juste d’être en équilibre. Des moments durs mais de garder cette légèreté-là, de ne jamais tomber dans le côté trop sombre.

L’humour, c’est votre levier ?

Oui. Évidemment. Ça s’applique aussi dans la vie quotidienne, depuis que je suis née. C’est un mécanisme de survie.

Comment dit-on dit ? C’est la politesse du désespoir. J’enfonce une porte ouverte. Je suis d’accord avec cette attente.

Quand Olive se rend compte que Minuit a disparu, elle dit : “Mais alors, moi, je fais quoi ? Je pars à sa recherche où je prépare une rançon ? Est-ce que les ravisseurs accepteront une rançon en chips ?”

Là, tu vois tout le désespoir. Elle a juste un paquet de chips, c’est sa seule richesse. Et moi, je me dis, ne pas faire une blague à ce moment-là, ce serait d’une cruauté sans nom pour le lecteur ou la lectrice.

Et en même temps, ça dit tout. Ça dit le désarroi. Qu’est-ce que je fais ? Je pars à sa recherche ou je donne littéralement tout ce que j’ai dans mon placard pour que son retour puisse advenir.

Pipistrelli, Cap sur Minuit de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

« Oui, doux-amer, je pense que ça nous va bien »

Comment cet humour-là pourrait-il être qualifié ?

Doux-amer. Oui, doux-amer, je pense que ça nous va bien.

Qu’apporte le format à l’italienne dans Pipistrelli ?

En fait, au départ, ce n’est pas choisi. C’est parce que, comme je le disais, le 1 et le 2 ont été pré-publiés dans le journal.

Les filles de Biscoto, quand elles ont sorti Francis Saucisson 1 et 2, c’était à ce format-là pour la mise en page du journal.

Tu avais planche 1, planche 2, planche 3, planche 4. Et comme ça, tu avais une grande double page. Et donc, c’est parti comme ça pour cette raison.

Je n’avais pas d’habitude de dessin. En fait, je n’avais pas l’habitude du gaufrier. Je n’avais pas cette pratique. Et surtout, je n’avais pas le temps de faire de la bande dessinée dans ma vie. Je n’avais pas le luxe de faire ça. Et donc, ça m’a servi de guide, d’avoir ce format-là.

Pipistrelli tome 1 de Charlotte Pollet (éditons Biscoto)

Je me rends compte à quel point ça a influencé ma pratique du récit. Et à quel point ça m’a ancrée dans une pratique du dessin et de la narration, par l’image, liée au strip, au sens vintage. De décomposer des actions, de penser à un gag qui marche en 3 cases qui se côtoient comme ça, j’ai un peu l’impression de renouer avec la quintessence du job.

En même temps, cet espace qui est très horizontal me permet d’aller explorer des paysages, de faire des actions qui bondissent d’une diagonale à l’autre de la page. Ça m’a rendue très libre.

« Olive, elle est solide sur ses pieds, cette meuf ! »

Ça veut dire que les personnages, leurs caractéristiques psychologiques reflètent leurs caractéristiques physiques ?

Sans doute. Alors ça, je ne me souviens plus très bien de ce que j’avais dans la caboche quand je les ai dessinés. Je sais qu’ils sont tous sortis assez spontanément.

J’ai fait très peu d’essais. Surtout pour Olive, d’ailleurs. Elle était juste un peu plus maigrichonne, dans mon souvenir.

Je suis comme l’OM, droite au but. Et puis, je n’avais pas le temps pour faire les recherches.

Évidemment, Bescherelle, il est là avec sa paire de lunettes. Son espèce de grand menton un peu proéminent. Il est tout maigrichon. C’est un type… Tu sens que c’est le nul en gym. C’est vraiment le dernier choisi en sport, c’est le typique Bescherelle. Il s’appelle Bescherelle, évidemment. Le fluet qui passe beaucoup de temps à lire des livres.

Caouette, avec sa nonchalance. C’est marrant parce qu’Olive, le prénom Olive, j’y ai pensé à cause d’Olive Hoyle, la femme de Popeye. Et pourtant, celle qui lui ressemble le plus, ce n’est pas du tout Olive, c’est Caouette, la grande gigue.

Pour Caouette, j’avais besoin d’un bonhomme un peu mou, comme ça, genre, je m’en fous, tu vois, c’est bon, never mind.

Pipistrelli de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

Pour La mouche, j’avais besoin d’un petit truc trop mignon. C’est un peu comme le Jiminy Cricket de la bande. La petite conscience. C’est celle qui rappelle que : « non, mais quand même, on avait dit ça, tu vois. On avait dit qu’on était copains. Même si Bescherelle, il pète un câble. »

Olive, elle est solide sur ses pieds, cette meuf ! Elle a un côté « potouille ». Olive Pipistrelli est super costaude et en plus, elle n’en a rien à foutre de ce à quoi elle ressemble. C’est vraiment le dernier de ses problèmes. Elle est d’ailleurs habillée pareil du début à la fin de Pipistrelli, dans les trois tomes.

Quelles techniques utilisez-vous pour le dessin ?

Je dessine tout à la main. Je suis nulle en informatique. C’est l’enfer. La mise en couleur est pourtant faite à l’ordinateur.

Je ne suis pas très forte en couleurs. Aux Arts déco, je ne faisais que du noir et blanc. Je suis moins nulle qu’il y quelques années, mais quand même, ce n’est pas fou.

En fait, c’était une contrainte de temps. Je n’ai pas eu le temps de chercher d’autres modes de mise en couleur pour le tome 1. Bon, finalement, ça fonctionne pas mal sur les 3 albums.

Malgré mon gros handicap, c’est une histoire que j’ai pensée en couleurs.

Tout le monde a un teckel sauf moi de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

« Je reste persuadée que je ne sais pas dessiner »

Est-ce qu’il vous reste des choses apprises aux Arts Déco dans votre pratique ?

Non, rien. Je reste persuadée que je ne sais pas dessiner. Des personnes ont essayé de m’apprendre là-bas, mais ça ne m’a pas passionnée d’apprendre le dessin.

En fait, ce qui m’excite vraiment, c’est de raconter des histoires. C’est pour raconter des histoires que je fais du dessin.

Même si je vois bien que je m’améliore de livre en livre.

Quelle place tient Pipistrelli dans votre parcours professionnel ?

C’est l’une des meilleures choses qui me soit arrivé dans ma vie. Sortir ce livre, c’était un miracle. Ça m’a apporté une confiance en moi complètement folle.

Je me suis dit que j’allais pouvoir raconter des histoires, que parfois ce serait difficile mais que ce serait ça ma nouvelle vie.

La confiance que Catherine et Julie Staebler m’ont apportée, ce fut énorme. Surtout qu’elles n’avaient pas de story-board avant de me publier. Je n’utilisais d’ailleurs pas de story-board parce que je ne savais pas vraiment ce que c’était. Je décrivais tout à l’écrit : les cases, les scènes, les dialogues. On avait d’ailleurs appelé ça : le scénari-board.

Pipistrelli, Cap sur Minuit de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)

 

Finalement, Pipistrelli est plus une série grand public qu’une série uniquement jeunesse ?

Oui. On dit Jeunesse parce que je publie dans Biscoto. J’espère que les histoires fonctionnent sur tout le monde. Je ne lis d’ailleurs pas de bandes dessinées jeunesse. Je n’ai pas l’impression d’en faire.

Ce sont des histoires que l’on peut partager avec quelqu’un qui sait lire. Il y a des enfants qui s’éclatent tout seuls à les lire. Il y a plusieurs niveaux de lecture.

J’appellerais ça de la lecture complémentaire. Des enfants voient des choses dans Pipistrelli que même moi j’ai jamais capté.

« Je me dis que je fais de la littérature pour les enfants »

En quoi est-ce important de s’adresser aux jeunes lecteurs ?

Les lectures que l’on fait quand on est petit sont cruciales. Il y a une très très grande partie de mon imaginaire que je dois à mes lectures d’enfance.

Chez mes parents, il y avait Bretécher, Reiser. Je comprenais bien que je n’avais pas le droit de les lire et que ce n’était pas de mon âge. Mais, c’est en les lisant que ça m’a façonnée dans mon imaginaire.

Je lisais aussi Marie-Aude Murail. Ça m’a transpercée. Je la relis aujourd’hui et je pleure.

Manolito d'Elvira Lindo

Et j’adorais la série Manolito d’Elvira Lindo. L’histoire d’un petit garçon madrilène binoclard qui ressemble un peu à Bescherelle dans son aspect graphique. Son meilleur ami, c’est son grand-père ! Il lui arrive des choses désuètes du quotidien. Des petits riens qui font des grands tout.

En fait, en y réfléchissant pendant cette interview, je me dis que je fais de la littérature pour les enfants.

Sur ce très bel aveu, je vous remercie Charlotte Pollet.

Entretien réalisé le vendredi 14 mars 2025 à Bruxelles
Article posté le vendredi 04 avril 2025 par Damien Canteau

Pipistrelli, Cap sur Minuit de Charlotte Pollet (éditions Biscoto)
  • Pipistrelli, tome 3 : Cap sur Minuit
  • Autrice : Charlotte Pollet
  • Éditeur : Biscoto
  • Prix : 16€
  • Sortie : 05 février 2025
  • Pagination : 84 pages
  • ISBN : 9782382846872

Résumé de l’éditeur : Pipistrelli et sa joyeuse bande d’amis coule des jours paisibles au milieu de la forêt. Bescherelle s’est lancé dans un grand projet de potager biologique, Caouette dans une carrière de star du rock, la Mouche cultive ses amitiés et Olive Pipistrelli nourrit ses amis de crêpes à la crème de marron… Comme il est doux le ronron de la vie quotidienne, prévisible, moelleux. Il contente les coeurs. Tous les coeurs ? On dirait bien que non… Minuit, la ninja solitaire, meilleure amie d’Olive, a le temps long et ressent l’appel de l’aventure. Ne parvenant pas à exprimer ses doutes à Olive, Minuit s’éclipse sur la pointe des pieds…
Du jour au lendemain, Olive est confrontée à l’absence inexpliquée de cette amie chère et décide de partir à sa recherche. En chemin, elle fait la rencontre d’une ânesse, Parka, qui a perdu quelqu’un, elle aussi. Elles entreprennent alors un voyage obstiné pour retrouver leurs disparus. L’une grâce à l’autre, elles vont découvrir qu’on peut se perdre soi-même en cherchant un absent, et apprendront de leur parcours à accepter l’absence, pour pouvoir vivre avec.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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