Si l’on peut dater les premières bandes dessinées allemandes des histoires de Max und Moritz de Wilhelm Busch, que de chemin parcouru depuis le 19ᵉ siècle pour le 9ᵉ art germanophone. À l’occasion de la Foire du livre de Bruxelles qui a invité des auteurices d’outre-Rhin, Comixtrip dresse un panorama de la bande dessinée germanophone.

Wanderlust : la littérature germanophone à l’honneur
Comme tous les ans, la Foire du livre de Bruxelles met à l’honneur un pays. Pour cette édition 2025 du 13 au 16 mars, les organisateurs ont choisi l’Allemagne. Des romancières et des romanciers ainsi que des autrices et des auteurs de BD sont donc au programme de séances de dédicaces, de tables rondes et de rencontres.
Wanderlust : Voyager à travers la littérature de langue allemande, tel est le nom donné à ce programme. C’est ainsi 16 auteurices qui sont invité.es. Mieux, la Foire du livre met en place German Stories, un pavillon de 100 m² entièrement dédié à la littérature germanophone.

Max und Moritz comme pionnier
Comme en Suisse et en France, la bande dessinée allemande a vu le jour dans la deuxième partie du 19ᵉ siècle. Les historiens du 9ᵉ art font souvent débuter le genre avec Christophe et ses récits illustrés (La famille Fenouillard en 1889, Le sapeur Camember en 1890 ou Le savant Cosinus en 1893). Mais, la bande dessinée serait née bien avant outre-Rhin.
Wilhelm Busch est un auteur né à Wiedensahl en 1832 dans le royaume de Hanovre. Le peintre, illustrateur et poète a imaginé Max und Moritz bien avant les histoires de La famille Fenouillard en 1865. Ces courts récits réalisés par gravures sur bois mettent en scène deux enfants “coquins”. Ils seraient ainsi les prémices de la bande dessinée allemande. Depuis 1984, le titre de la série de Wilhelm Busch sert de nom aux prix récompensant les BD allemandes.

E.O Plauen : être artiste pendant la seconde guerre mondiale
Pourtant, Christophe aurait été inspiré par un autre artiste allemand : Lothar Meggendorfer (1847-1925). L’auteur originaire de Haute-Saône a ainsi lorgné du côté des gravures de l’artiste d’outre-Rhin. Ces débuts de la BD européenne interagissent et se nourrissent entre pays limitrophes (France, Allemagne, Suisse, Belgique).
Le régime nazi et la Seconde Guerre mondiale marquent un temps d’arrêt dans le développement de la bande dessinée en Allemagne. À l’image de E.O Plauen, les artistes sont parfois obligés de frayer avec le pouvoir hitlérien pour continuer de créer. Avant d’accepter de travailler pour Das Reich, l’hebdomadaire du NSDAP, Plauen avait connu un succès international avec sa merveilleuse série Vater und Sohn. Pour le journal de propagande, il réalise des dessins de presse hostiles aux ennemis du régime. Mais en privé, Plauen continue de fustiger Hitler. Il est arrêté en 1944 par la Gestapo et se suicide en prison, la veille de son procès.

La bande dessinée germanophone après la Seconde Guerre mondiale
Il faut souligner l’importance de Rudolph Dirks (1877-1968) dans la bande dessinée internationale. L’auteur de The Katzenjammer Kids (Pim Pam Poum) est né en Allemagne. Sept ans après sa naissance, la famille Dirks émigre aux États-Unis. Il y développe ainsi sa série de strips diffusée quotidiennement dans le monde entier.
Plus près de nous, la bande dessinée germanophone se développe dans les années 1980-1990. À l’avant-garde, l’Allemagne publie les albums de Rolf Kauka, Eulenspiegel (Till l’Espiègle) mais aussi ceux de Franziska Becker (Mein feministscher Alltag).
Et comment ne pas citer le talentueux Andreas né en RDA en 1951. Excellent dessinateur qui fait voler en éclats le découpage des planches, il crée notamment les séries Capricorne, Rork et Arq.

La bande dessinée germanophone dynamique
Aujourd’hui, la bande dessinée germanophone est bien vivante et dynamique. Entre l’Autriche, la Suisse, la Belgique et l’Allemagne, les artistes sont nombreux à créer des albums.
L’Allemagne, terres d’autrices BD
En Allemagne, les autrices sont à l’honneur. Nous pouvons citer pêle-mêle, la plus Française des Allemandes, Zelba (Dans le même bateau, Mes mauvaises filles), mais également Anna Haifisch (Schappi) et Aisha Franz (Shit is Real), publiées par Misma et L’employé du moi.

Parmi ces artistes, quelques-unes ont attiré l’attention de Comixtrip. Bianca Schaalburg (L’odeur des pins), Josephine Mark et son très drôle Voyage de malade, Jennifer Daniel (L’expert) ou Nora Krug (Heimat).

Il y a aussi Barbara Yelin (Une vie comme un été), Olivia Vieweg (Huck Finn), Birgit Weyhe (Madgermanes), Tanja Esch (Boris, Babette et tous les squelettes), Antonia Kühn (La clairière) et Anke Feuchtenberger (La camarade coucou), War and Peas (Des sorcières et des hommes, Fun Girl).

L’Allemagne, des auteurs au diapason
Côté auteurs allemands de bandes dessinées, le plus connu est sans conteste, Ralph König. L’artiste a publié de nombreux albums queer (La capote qui tue, Conrad et Paul, Choco-Boys…).
En France, nous connaissons également Reinhard Kleist ayant mis en images des biographies de personnalités (Rêve d’Olympe, Nick Cave) mais aussi Jens Harder et ses albums monumentaux (Beta Civilisation).

Le scénariste allemand Julian Voloj est lui aussi très productif (Ossi, Bobby Fischer, Gino Bartali). Quant à Mikael Ross, il a également fait forte impression avec Apprendre à tomber, Ludwig Van Beethoven et Le nirvana est ici.

Côté bande dessinée Jeunesse, Ulf K et sa reprise de Vater und Sohn, Ferdinand Lutz (U-B-R, Rosa et Louis), Max Fiedler (C’est fou) nous ont beaucoup amusés.
Comixtrip a également parlé de Sibylla de Max Baitinger, Le roi des vagabonds de Patrick Spät et Bea Davis, Une vie en parallèle de Matthias Lehmann, Hans Fallada de Jakob Hinrichs et Vivre et mourir à Auschwitz de Dietmar Reinhard.

La Suisse et l’Autriche, les autres pays de la bande dessinée germanophone
Si l’Allemagne est le plus gros contingent d’autrices et auteurs germanophones, n’oublions pas la Suisse avec Nando van Arb (3 papas et Bouquet de peur) et Tobias Aeschbacher (On va tous crever).
Quant à l’Autriche, soulignons la magnifique œuvre de Ulli Lust, Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien, Trop n’est pas assez (prix Révélation à Angoulême en 2011), Airpussy et Voix de la nuit.
Les autrices et les auteurs de la bande dessinée germanophone invités à la foire du livre sont à découvrir ci-dessous.
Le programme complet de la Foire : ICI
Autrices et auteurs BD germanophones invités à la Foire du livre
- Ulli Lust
- Mikael Ross
- Lucien Czuga
- Anja Wicki
- War and Peas
- Gin Zarbo
