Tout au long de l’année, des albums de bandes dessinées jeunesse sont publiés. Parfois, nous n’avons pas eu le temps de vous en parler. Voici donc la deuxième partie d’En vacances avec des BD jeunesse, 6 titres à découvrir pour les plus jeunes.

Vampy de Thitaume et Thomas Priou (Albin Michel)
Enfin la famille de Vampy va pouvoir vivre parmi les humains ! Il faut dire qu’ils sont tenus très à l’écart dans leur manoir, puisque vampires ! Le père est heureux : il a reçu des pilules contre l’allergie au soleil. Les vampires vont enfin pouvoir sortir le jour.
Les bagages sont en bonne voie pour Vampy, son père et sa mère. Seuls l’oncle et ses enfants désagréables ne sont pas du voyage. Quant à Papy Draki, au début, il n’est pas très chaud pour débarquer chez les humains. Mais, il décide finalement de venir. Il ne prendra pas de traitement contre le soleil et dormira dans la cave !
Un vampire qui va à l’école, ce n’est pas banal. Mais pour faire fuir les harceleurs, Vampy dit qu’il boit tous les jours du sang…

On retrouve avec plaisir le duo Thitaume / Thomas Priou, les auteurs actuels des Lapins crétins en bande dessinée. Ici point de “bwaaaaaaaa” et de trucs idiots, le récit est plus poussé. J’apprécie la construction de la narration. Si ce sont des gags en une planche, les mini-récits développent une vraie histoire complète. Ce qui est plutôt rare. Souvent c’est un fil conducteur. Ici, il y a un début et une fin.
Et si l’exercice de gags en une planche n’est pas simple (surtout pour les plus petits), le fait de cette construction donne un vraie unité. L’humour est sympathique et peu de gags tombent à plat. On passe un excellent moment de lecture. Surtout que le format (très en vogue actuellement chez Bayard ou Auzou) est très bien adapté pour les jeunes lecteurs.
Le dessin de Thomas Priou est toujours aussi efficace. Des personnages tout en rondeur, des faciès très expressifs et de grands aplats de couleurs rendent la lecture très fluide.
Prenons date ! Et si Vampy revenait ? Ce serait une bonne nouvelle. Si vous aimez Migali, Chocochat et moi, Avni, Nonolulu, Anatole Latuile, Ariol ou Glouton, Vampy est pour vous !

Migali, tome 7 d’Alexandre Arlène, Fabien Öckto Lambert et Kaori (Auzou BD)
En parlant de Magali, voici le 7 tome ! L’école sous les étoiles est le nouvel opus de la série humoristique d’Alexandre Arlène et Fabien Öckto Lambert.
Migali est une princesse-araignée affublée de six bras. En plein milieu de la nuit, un aigle de l’académie royale lui apporte un courrier : elle rouvre ses portes ! Mieux, dorénavant, les cours auront lieu pendant la nuit !
C’est son père, le roi, qui va l’accompagner dans son carrosse royal. La classe ! A peine arrivée, la princesse retrouve tous ses ami.es : Gredin, Vera, Lucile et Rex-Emilien. Encore une année qui s’annonce bien !
Surprise ! Cette année, les cours porteront sur le ciel et les étoiles. C’est pourquoi, un gigantesque observatoire a été construit au milieu du château. Astronomie, astrologie, divinations et prédictions seront les nouvelles matières enseignées.

On est encore sous le charme de Migali. Débordante d’énergie, la princesse est toujours positive. Un vrai personnage attachant, comme ses 4 ami.es. On apprécie les aventures folles de la jeune araignée. Jeux de mots et situations cocasses s’enchaînent dans les très belles planches de Fabien Öckto Lambert. Alexandre Arlène déborde d’imagination pour mettre tout ce petit monde en musique. 98 pages de pur bonheur (du bonheur à tartiner) que l’on ne voit pas passer en compagnie de Migali.
En plus, pour ce 7e tome, l’école se fait en pleine nuit. Autant dire que l’auteur de Bloody Harry s’en donne à coeur-joie.
Cette jolie série fantastique jeunesse porte de très belles valeurs comme l’entraide, l’amitié, la différence et l’acceptation de soi.
Accompagné aux couleurs par Kaori, Fabien Öckto Lambert s’amuse lui aussi. On aime sa rondeur de son dessin, sa chaleur et ses magnifiques couleurs. Ce que l’on apprécie dans son univers graphique, c’est son trait souple, très lisible tout en étant très précis et empli de petits détails.
Deux bonnes nouvelles : un tome 8 arrive fin septembre. Mieux, les personnages de Migali vont prendre vie ! Une série animée est actuellement en cours de réalisation dans les studios Caribara à Annecy. Elle sera bientôt diffusée dans TFOU sur TF1.

Double crush de Tegan Quin, Sara Quin et Tillie Walden (Gallimard BD)
Tegan et Sara font de la musique depuis quelques années. Les jeunes adolescentes en 4e au collège, pour l’instant, jonglent avec les cours, leurs amies et leurs premiers émois. La première aime Noa, qui est en couple avec la peste d’Avery. La seconde se rapproche de plus en plus de Roshini, la jolie footballeuse.
Mais un événement vient bouleverser leur vie. Gunk, leur groupe est sélectionné pour auditionner dans un concours pour faire la première partie de Flam, une star qu’elles aiment !
Lors de leur passage, tout ne se déroule pas comme elles auraient eu envie. Elles ne gagnent pas mais Ramona, l’agente de Flam est impressionnée. Elle les reçoit dans son bureau et leur propose d’être leur agente. C’est le début d’une belle aventure…

Même si ce n’est pas exactement leur histoire comme elles l’expliquent en postface, Tegan et Sara Quin ont bien monté leur groupe Tegan and Sara. La formation des jumelles est devenue rapidement un phénomène au Canada. Leur premier album, This Business of Art, a vite conquis les jeunes fans. Ces derniers se sont reconnus dans les chansons des deux adolescentes.
C’est donc une autofiction que nous proposent Tegan et Sara. Leur parcours romancé pour tenir en haleine le lectorat. Et on peut dire que cela fonctionne super bien ! Après le tome 1, Une vie à deux, les deux musiciennes ont donc emménagé dans une nouvelle maison et fait leur entrée au collège.
Tout d’abord, la relation fusionnelle de Tegan et Sara vole en éclat avec la pression de leur nouvelle manageuse. L’une veut continuer tranquillement, aime sa vie, ses amies et l’autre veut travailler sans cesse leurs nouvelles chansons. Cela apporte énormément de tensions et de disputes entre elles. C’est ce côté qui est intéressant dans Double Crush. Comment se parler, s’apprécier lorsque l’on n’a plus les mêmes envies, les mêmes buts. Un petit rien fait souvent étincelle.
Leur carrière prend énormément de place dans leur vie, au point de délaisser leurs amis, leur amoureux et amoureuse. Ce succès et cette mise en lumière quotidienne de leur vie ne sont pas simples à gérer pour deux adolescentes de 13 ans.
Restent leur mère qui arrive à faire descendre la pression et leurs copains-copines du collège. Si c’est la folie chez leurs camarades, beaucoup n’ont pas changé malgré le succès des jumelles. L’amitié et l’amour se mêlent à leur carrière naissante.
Double Crush bénéficie du talent de Tillie Walden. L’autrice de Spinning, Dans un rayon de soleil et Clementine est l’artiste idéale pour mettre en image cette histoire. Son dessin doux est chaleureux.

Là-bas et plus loin d’Yuka Osada (Atelier Akatombo)
Voici un petit recueil d’histoires mêlant poésie et rêve, sous la plume élégante de Yuka Osada.
Ces douze mini-récits sans texte sont composés de quelques pages, soulignant les petits gestes de la vie. A chaque histoires, des enfants (et de rares adultes) sont en situation, avec douceur et poésie. Là, ils dansent, ici, ils dessinent, plus loin, ils apprennent à écrire, encore plus loin, ils se promènent.
La mangaka capture ces instants comme suspendus, comme une parenthèse enchantée, avec délicatesse. Son dessin élégant souligne le fil ténu entre le réel et le fantastique. Entre le monde et les songes. Les couleurs pastel fonctionnent à merveille sur notre propension à nous émerveiller comme un enfant.

Le lecteur repense forcément à des moments doux et tendres de sa vie, comme une madeleine de Proust, un doudou, une épiphanie.
Là-bas et plus loin est un joli recueil, une balade enchantée convoquant notre âme d’enfant. Une très belle surprise pour les petits comme les grands.

Nyota tome 2 de Pierre Joly et Lucile Thibaudier (Jungle)
Poste de surveillance des étoiles. Nyota est reçu par l’instructeur Kady, qui lui annonce la bonne nouvelle : l’apprenti a réussi ses examens. Il est officiellement surveillant.
Sans attendre, le jeune homme rejoint ses amis. Ils l’accueillent avec enthousiasme. Tous sont heureux pour lui. Ils lui offrent la tenue rouge officielle. Mieux, Nyota reçoit un vaisseau Rap-Ace et un droïde 1-6-Pid.
Pas le temps de s’épancher et de sauter de joie que Nyota se voit confier sa toute première mission. Il doit rejoindre la planète Ti-KL avec Jean-Michel, son fidèle robot. Le duo s’attèle à la tâche : comprendre d’où viennent des effondrements à la surface de la planète…

Après mon grand enthousiasme lors de la lecture du tome 1, le deuxième opus me procure le même engouement. Fondé sur le même schéma narratif que la merveilleuse série Sillage (une planète, un problème à résoudre), Nyota s’adresse avant tout à un public plus jeune.
En choisissant un adolescent comme personnage principal, Pierre Joly emporte plus facilement son lectorat. Il leur ressemble, avec ses forces et ses failles. La galerie de personnages secondaires autour du héros est très sympathique et bien campée.
Pour ce deuxième opus, l’intrigue aborde des thématiques très actuelles comme l’écologie, la communication entre espèces, les différences mais aussi l’entraide.
Nyota bénéficie du talent graphique de Lucile Thibaudier. L’autrice d’Enola et les animaux extraordinaires (tout l’attrait de la série réside sur son dessin et non sur les récits très moyens de Joris Chamblain), ici, est à son aise grâce à une vraie intrigue solide de Pierre Joly. On apprécie le découpage et la mise en scène dans les vignettes. Sans oublier, les très jolies couleurs pastel.
L’histoire de ce deuxième tome de Nyota se termine par une fin ouverte. Est-ce à dire que la série continue ? Je l’espère parce qu’elle est d’une grande qualité.

Plantasia de Vincent Dock (Sarbacane)
Aurore et Lily sont soeurs. Elles héritent de la boutique Plantasia de leurs parents décédés dans un accident de balai. Dans ce magasin, les clients peuvent acheter des fleurs et des plantes un peu particulières, un peu magiques.
Alors qu’Aurore, l’aînée, part en forêt chercher de nouvelles plantes, Lily doit gérer seule Plantasia. Avant l’arrivée des clients, elle doit notamment arroser les fleurs et les plantes. Mais elle est surprise par deux journalistes venus écrire un article sur le magasin…

Pour son premier album, Vincent Dock glisse du côté de la bande dessinée fantastique jeunesse. Les lecteurs sont impressionnés par les magnifiques planches de l’auteur ayant suivi des cours d’animation à l’école Pivaut de Nantes. Les détails sont foisonnants tant pour les vêtements des personnages que du décor de Plantasia. Le tout bénéficie du talent d’aquarelliste de Vincent Dock. L’ambiance est chaleureuse et la magie flotte dans l’air.
Le propos de départ est intéressant et bien amené. Les deux sœurs, diamétralement opposées, se chamaillent, ce qui apporte aussi son lot d’humour à Plantasia. Mais, néanmoins, je serais plus prudent sur l’histoire. Des passages sont assez confus et la narration s’en ressent. La grande complexité du récit et la pagination importante (142 pages) cible plutôt un public de plus de 12 ans, et non de 8 ans comme le propose l’éditeur.
On aimerait néanmoins pouvoir lire d’autres aventures de Plantasia, tant l’univers est riche. Avec un accompagnement plus poussé d’un éditeur, Vincent Dock a encore beaucoup de choses à dire et à imaginer.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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