Gunnar le vampire

Nicolas Dumontheuil est de retour. Et cette fois-ci, il nous emmène en France, au début du XXème siècle, pour découvrir une histoire de vampire atypique. Gunnar le vampire, une œuvre qui fait sourire et réfléchir.

Gunnar le vampire, l’histoire du monstre qui en avait marre d’en être un.

Âgé de 36 ans depuis 700 ans, Gunnar Gunnarson n’aspire désormais qu’à vivre tranquille, accompagné de sa femme Marthe, l’amour de sa longue vie. C’est sans doute elle qui lui a montré le prix de l’existence, elle qui a toujours refusé d’être « convertie », préférant rester mortelle. Alors, désormais, Gunnar ne plante plus ses crocs dans le cou des villageois. Il se nourrit essentiellement de légumes, se rend à l’école pour expliquer ce qu’il est aux enfants et passe d’incalculables heures à discuter avec le curé du village. Au bout de sept siècles d’existence, le vampire fait partie du paysage.

Gunnar le vampire de Nicolas Dumontheuil (Dupuis)

Le coupable idéal.

Mais le jour où des animaux sont retrouvés morts décapités, les regards se tournent vers Gunnar. Aux yeux de tous ou presque, il est le coupable idéal. Après tout, qui d’autre qu’un vampire aurait pu commettre ces actes démoniaques ? Bon… D’accord… Les gitans qui ont établi un camp en périphérie du village bourguignon… Mais à part eux, ce ne peut-être que le vampire ?

Gunnar le vampire, ou comment s’attaquer à un mythe.

Gunnar le vampire de Nicolas Dumontheuil (Dupuis)Nicolas Dumontheuil a plus d’une corde à son arc. Qu’il s’agisse d’adaptation littéraire, de comédie dramatique, ou même érotique, l’artiste a maintes fois prouvé son talent de narrateur. Et 8 ans après L’ogre amoureux, il renoue avec un genre pour lequel il n’a jamais caché son goût : le fantastique. Or cette fois-ci, le défi est de taille : il s’agit de s’attaquer à un des plus grands mythes, celui du vampire. Mais bien entendu, l’artiste entend le faire à sa manière, avec son style reconnaissable en mille.

Dracula, Carmila, Lestat, Fernand et les autres.

Bram Stoker, Francis Ford Coppola, Roman Polanski, Joann Sfar, Philippe Druillet… Que ce soit au cinéma, dans des romans ou bien en bande dessinée, bon nombre d’auteurs ont donné leur version du vampire. Et aux milieux des attendus, résonnant comme des contraintes incontournables, tel le sang, l’ail, l’immortalité, on pourrait penser que tout a été dit. Et pourtant…

Une approche originale.

Lorsqu’on observe les illustres prédécesseurs de Gunnar, on remarque rapidement qu’ils ont un point commun : ils sont avant tout des vampires. Ainsi, toutes leurs actions sont régies par cette caractéristique. Gunnar, lui, est un personnage qui essaye d’avoir une vie normale, mais qui parfois, voit son naturel revenir au galop. Et cela change tout, car il ne va pas imposer ses actions aux autres personnages. Au contraire, il va ainsi interagir avec eux, tissant des liens, qui nourrissent une intrigue bien singulière.

Gunnar le vampire de Nicolas Dumontheuil (Dupuis)

Homo homini vampyrum.

D’ailleurs, de manière surprenante, on finira par se rendre compte que tout monstre qu’il est, le vampire n’arrivera jamais à la cheville du monstre suprême qu’est l’homme. On suit alors l’intrigue avec curiosité, sous le charme du caractère théâtral de l’œuvre. Et c’est à ce moment que se vérifie la parenté revendiquée en fin d’ouvrage avec Marcel Aymé.

Donner à entendre.

Comme l’auteur du Passe-Murail, Nicolas Dumontheuil possède un don pour raconter les histoires. Dialoguiste de talent, il donne vie à ses personnages en leur attribuant  une identité propre. Et lorsqu’on lit les phylactères, on jurerait les entendre. La voix douce et un peu chevrotante de Marthe. La gouaille truculente de la provocante Ayşe. Le patois rustique de la naïve Rose. Et bien entendu, le flegme sépulcral de Gunnar. Indiscutablement, l’artiste sait faire sonner les timbres avec une justesse et un humour qui le caractérisent si bien.

Gunnar le vampire de Nicolas Dumontheuil (Dupuis)

Donner à voir.

Et effectivement, dès la première case, on reconnaît le style de Nicolas Dumontheuil. Les décors, les visages, les expressions, le génie de la perspective sans jamais placer la moindre ligne parfaitement droite… Tout est là. Mais en outre, comme une forme d’hommage au genre, Dumontheuil s’est inspiré du cinéma muet et de ses chefs d’œuvre. Ainsi, en parfaite cohérence, on reconnaît tout d’abord le Nosferatu de Murnau. Puis, et heureusement que l’auteur nous guide en fin d’ouvrage, apparaissent d’autres références au cinéma expressionniste des années 20.

Gunnar le vampire de Nicolas Dumontheuil (Dupuis)

Atmosphère, atmosphère…

Et pour créer une ambiance, le dessinateur est même allé puiser son inspiration dans les films tournés en noir et blanc puis colorisés par virage. Conscient de l’importance de cet effet, Dumontheuil a confié la réalisation de ces monochromes à Isabelle Merlet. L’effet produit est saisissant tant il sublime le trait, tout en créant des ambiances immédiatement identifiables.

Gunnar le vampire de Nicolas Dumontheuil (Dupuis) Gunnar le vampire de Nicolas Dumontheuil (Dupuis) Gunnar le vampire de Nicolas Dumontheuil (Dupuis)

Avec Gunnar le vampire, paru chez Dupuis dans la collection Aire Libre, Nicolas Dumontheuil s’attaque à  un mythe. Et conscient de l’héritage qu’il véhicule, le malicieux auteur parvient à le renouveler, démontrant une fois de plus tout son talent.

Article posté le mercredi 17 juin 2026 par Victor Benelbaz

Gunnar le vampire de Nicolas Dumontheuil (Dupuis)
  • Gunnar le vampire
  • Scénario : Nicolas Dumontheuil
  • Dessins : Nicolas Dumontheuil
  • Couleurs : Isabelle Merlet
  • Éditeur : Dupuis
  • Collection : Aire Libre
  • Prix : 29,95 €
  • Parution : 22 mai 2026
  • ISBN : 9782808507585

Résumé de l’éditeur 1910, quelque part en Bourgogne, tout le monde s’affaire dans l’atelier de couture de M. Gunnar. Outre ses incontestables qualités de maître d’ouvrage, Gunnar n’est pas un quidam comme les autres, et ça, tout le village le sait bien. C’est aussi une créature hybride dont les contes et légendes murmurent les sanglants méfaits depuis la nuit des temps : un vampire ! Pourtant, Gunnar est totalement inoffensif, car il ne croque ni ne mord les humains, leur préférant des mets socialement plus acceptables, ce qui en fait, depuis des lustres, une célébrité locale. Mais quand des animaux de la ferme et autres compagnons de table se font copieusement dévorer la nuit venue, les soupçons se portent sur Gunnar. Aurait-il trahi la confiance des villageois après tant d’années ou le coupable viendrait-il d’ailleurs…? Sous le vernis d’un récit choral qui emprunte ses humeurs au genre fantastique, Nicolas Dumontheuil, en véritable homme de lettres, manie le verbe et la bonne formule avec excellence et beauté littéraire pour nous conter les drôles d’aventures de son cher Gunnar, et compose une comédie de moeurs si belle qu’elle en ferait presque blêmir son immortel héros. En plus de dresser le portrait d’une époque désuète, où la vie semblait plus simple qu’aujourd’hui, avec moult références historiques et jeux de mots bien sentis, l’auteur nous régale de son regard sur ce petit monde qui résonne terriblement avec la société actuelle.

À propos de l'auteur de cet article

Victor Benelbaz

Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.

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