Les meurtres sordides se multiplient à Anvers en 1529. Et les enquêtes s’annoncent périlleuses. Dans Hérétique, Robbie Morrison et Charlie Adlard nous font remonter dans le temps, à une époque où mysticisme et Inquisition ne font pas bon ménage.
Hérétique : le temps béni de l’Inquisition.
Jean Wier n’a pas 15 ans lorsqu’il débarque dans le port d’Anvers en 1529. Passionné de sciences, il espère y parfaire ses connaissances aux côtés de Cornelius Agrippa, personnalité aussi célèbre que controversée. Et alors même qu’il débute son apprentissage, on apprend que l’évêque de la cité a été retrouvé crucifié au sein même de la cathédrale.

L’inquisiteur en chef, Bernard Aymerich entame alors des investigations musclées dans le quartier des diamantaires. Après tout, trouve-ton plus hérétiques que les juifs qui y ont pignon sur rue ?

De son côté, Cornelius Agrippa, accompagné de son jeune disciple, mène sa propre enquête. Ils entament alors un périple qui les conduira aux confins du savoir. Là, occultisme, religion et science se retrouvent et parfois même se mélangent…

Une nouvelle collaboration.
Il aura fallu attendre 27 ans pour que Robbie Morrison et Charlie Adlard (Walking dead) collaborent à nouveaux ensemble. Et compte tenu des qualités de La Mort Blanche, dire que l’attente était forte tient de l’euphémisme.
Avec Hérétique, les deux auteurs changent d’époque, de lieu et même de genre. Ainsi, après le récit documentaire de 1916, dans la chaîne de montagne du Trentin, on découvre un thriller se déroulant à Anvers en 1529. Mais au-delà des différences, ce qui saute aux yeux, c’est l’élément qui reste commun : ce goût pour l’Histoire qui pousse à présenter un récit reposant sur des faits réels.
Hérétique : Le nom de la tulipe.
En effet, les personnages principaux rencontrés dans Hérétique ont bel et bien existé. Qui plus est, Jean Wier a effectivement été le disciple de Cornelius Agrippa. Et les deux hommes se sont réellement frottés au surnaturel, allant d’ailleurs jusqu’à écrire des traités aussi influents que polémiques. Et précisément, tout le sel du scénario élaboré par Robbie Morrison tient dans l’alchimie qui se crée entre ces deux personnages.
Ainsi, l’enquête ésotérique qu’ils vont mener entre dans la lignée des grands récits qui égratignent l’église, dénonçant les atrocités menées en son nom.
Bien entendu, l’utilisation de ces ingrédients rappelle le célèbre roman d’Umberto Eco, le Nom de la Rose. Mais bien loin d’en être une simple réécriture, Hérétique brille aux côté de son illustre modèle.
Et ce d’autant plus qu’elle possède ses qualités propres.
Adlard au sommet de son art.
La première saute aux yeux et réside dans la qualité des dessins de Charlie Adlard. Délaissant les couleurs qu’ils avaient récemment adoptées (Damn Them All, Altamont), le dessinateur revient au noir et blanc, à deux exceptions près, qui resteront gravées dans la mémoire du lecteur. Bien entendu, immédiatement, on reconnaît son style et surtout son talent pour représenter les émotions.

Mais là où il parvient à nous surprendre, c’est dans le soin apporté aux décors. Très loin du style épuré de Walking dead, Adlard montre qu’il maîtrise les nuances de gris, les contrastes et surtout, la minutie dans les détails. À ce titre, certaines planches, qui mettent à l’honneur les monuments, sont absolument exceptionnelles.

On le sent, Hérétique tient à cœur de la légende du comic book et il a voulu user de tout son talent pour mettre l’œuvre en valeur.
Un excellent thriller historique.
Côté scénario, Robbie Morrison n’est pas en reste. L’érudition dont il fait preuve impressionne. Ainsi, Hérétique fait indiscutablement partie de ces œuvres qui accroissent nos connaissances et nous invitent à en savoir plus. Mais bien loin d’une simple leçon ou d’un documentaire, l’écrivain utilise l’Histoire pour nourrir sa propre histoire.
Parfaitement rythmée, elle nous tient en haleine de la première à la dernière page. À ce titre, on appréciera la qualité d’écriture des dialogues, extrêmement bien rendus par la traduction rigoureuse de Laurent Queyssi.
Qui plus est, les attendus du polar ésotérique sont parfaitement exploités, en prenant toutefois garde à ne jamais tomber dans le fantastique. Tout doit être vraisemblable. Car derrière le thriller se cache un message auquel manifestement Robbie Morrison tient.
L’histoire se répète.
En effet, ce n’est pas un hasard si l’aventure se déroule dans le quartier des diamantaires d’Anvers. De la même manière, il n’est pas fortuit que l’Inquisition porte immédiatement son accusation et sa répression cruelle contre les juifs qui y vivent. Bien entendu, ces éléments relèvent de la réalité historique, désormais largement documentée. Et à ce titre, Robbie Morrison ne pouvait pas les ignorer dans l’élaboration de son intrigue si minutieusement instruite.
Mais lorsque l’écrivain place le terme d’antisémitisme dans la bouche de personnages ayant vécu au XVIème siècle, le doute n’est plus permis. En effet, derrière l’usage anachronique d’un mot apparu trois siècles plus tard, on comprend que Robbie Morrison entend dénoncer une haine abjecte qui a traversé les siècles et qui malheureusement, continue de faire des victimes.
- Hérétique
- Scénariste : Robbie Morrison
- Dessinateur : Charlie Adlard
- Traducteur : Laurent Queyssi
- Éditeur: Delcourt
- Collection : Contrebande
- Prix: 19,50€
- Parution : 22 janvier 2026
- ISBN : 9782413091134
Résumé de l’éditeur : Un magnifique récit complet par Robbie Morrison & Charlie Adlard au format album, justifié par la beauté des pages de Charlie. La meilleure façon de le décrire ? Le croisement parfait entre Sherlock Holmes et Le Nom de la rose. Ce thriller historique aux accents d’horreur et de surnaturel se concentre sur la relation entre le docteur, chevalier, avocat, occultiste, philosophe et magicien Cornelius Agrippa et son jeune élève Johann Weyer alors qu’ils enquêtent sur une horrible série de meurtres à Anvers au XVIe siècle.
À propos de l'auteur de cet article
Victor Benelbaz
Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.
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