Immortal Sergeant

Joe Kelly et Ken Niimura refont équipe pour nous livrer Immortal Sergeant une œuvre atypique face à laquelle personne ne restera indifférent.

Immortal Sergeant : No Country for Old Men

  • Nom : James P. Sargent, « Sarge » pour les intimes, c’est-à-dire pour pas grand monde.
  • Profession : pour une journée encore, sergent inspecteur ; c’est ce qui s’appelle avoir le nom de l’emploi.
  • Qualités : pour le coup, le terme correspond mal… À moins de considérer qu’irascible, raciste, homophobe et mauvais père soient des qualités.

Ainsi, le jour de prendre sa retraite, Jim Sargent mériterait d’être seul. Et pourtant, étrangement, certaines personnes continuent de s’accrocher à lui. Mais pour le comprendre, il faut revenir quelques années en arrière.

Le Jour où tout a basculé.

Parfois, on dit qu’une seule journée peut déterminer le reste de votre vie. Pour Jim comme pour Rhoda, sa femme, ou plutôt son ex-femme, il s’agit du même jour. C’était il y a 35 ans. Pour Rhoda, ce sera à jamais le jour où Mickaël a pointé le bout de son nez. Mais pour Sargent, il s’agit uniquement du jour où une petite fille a été retrouvée morte dans un parc.

Depuis 35 ans, cette affaire le hante et le ronge car le coupable n’a jamais été condamné. Et pourtant, ce coupable, Sargent le connaît. Mais depuis tout ce temps, il attend le moment où la vie lui offrira la chance de clore cette sombre affaire. Et peu importe la manière.

Or la veille du départ à la retraite de Jim, alors que tout le monde se préparait à assister au pot, l’opportunité se présente enfin… Alors, pour que justice soit rendue, Sargent se lance dans un road-trip insensé, accompagné du pauvre Mickaël qui n’a rien demandé à personne.

Immortal Sergeant : c’est l’histoire de deux mecs.

Comme toujours lorsqu’on tient entre les mains une œuvre signée Joe Kelly (Fang) et Ken Niimura, on se demande à quoi s’attendre. Mais ce qui est certain, c’est que depuis l’excellent I Kill Giants, les attentes sont élevées tant on sait que l’association peut faire des étincelles. Et dans le cas présent, inutile de faire durer le suspense : il s’agit d’une très belle réussite. En effet, en 09 épisodes, les deux artistes nous emmènent aux côtés d’un père et d’un fils que tout oppose.

Cette aventure rythmée et touchante frappe par la justesse du ton. Tantôt grinçante, tantôt émouvante, elle prouve une fois encore le talent de Joe Kelly pour peindre des personnages d’une profondeur rare. Ainsi, il ne faut que quelques pages pour saisir l’âme de cette œuvre d’exception. Même si avouons-le, au départ, on est surpris.

I’m just Ken… Niimura.

En effet, l’œuvre a beau avoir été publiée chez Image Comics, (Reckless, Saga) le style de Ken Niimura est extrêmement éloigné des canons du comic book. L’absence presque totale de décors, les personnages à peine esquissés et l’usage d’un noir et blanc rudimentaire sortent indéniablement de la norme. Mais en réalité, ce style faussement candide brille par son dynamisme. Et ce qui s’apparente à une simplicité déconcertante est en fait le fruit d’un travail très réfléchi qui implique le lecteur dans la démarche artistique. Bien vite, on comprend que chaque planche, chaque case presque, invite à concevoir un avant et un après immédiat. Et comme par magie, certaines pages semblent s’animer, décrivant des situations parfois graves et souvent loufoques, mais toujours en mouvement. Ainsi, les personnages prennent vie sous nos yeux, faisant montre d’une sensibilité extrêmement touchante. Et manifestement, c’est un point auquel les auteurs attachent une attention particulière.

Mettre un peu de soi.

Joe Kelly s’en explique en postface, l’histoire qu’il raconte dans Immortal Sergeant s’inspire beaucoup de la sienne. Un père policier, il connaît. Les difficultés d’une relation père-fils, il connaît. Et même le fait de naître le jour où un autre enfant perd la vie par accident, il connaît. Ainsi, sans être une œuvre autobiographique, Immortal Sergeant se nourrit de ce qui a pu toucher le scénariste.

De plus, une bande dessinée est toujours le fruit d’une collaboration entre un scénariste et un dessinateur. Ainsi, logiquement, Joe Kelly n’est pas le seul à avoir mis de sa vie dans cette très belle œuvre. En effet, il est frappant de constater que le personnage de Mickaël ressemble beaucoup à Ken Niimura, lui aussi l’évoque en fin d’ouvrage. Et preuve qu’on ne ressort jamais indemne d’une création artistique, les dernières photos du dessinateur nous amèneraient presque à nous demander si ce n’est finalement pas Ken Niimura qui commence à ressembler à Mickaël.

 

Paru aux éditions HiComics (Rain, Bitter Root) Immortal Sergeant est une très belle réussite. Une fois de plus, la collaboration de Joe Kelly et Ken Niimura fonctionne à merveille.

Article posté le jeudi 28 décembre 2023 par Victor Benelbaz

Immortal Sergeant de Joe Kelly et Ken Niimura (Hicomics)
  • Immortal Sergeant
  • Scénariste : Joe Kelly
  • Dessinateur : Ken Niimura
  • Traducteur : Maxime Le Dain
  • Editeur : HiComics
  • Prix : 29,95 €
  • Sortie : 08 novembre 2023
  • Pagination : 408 pages
  • ISBN: 9782378871284

Résumé de l’éditeur : La veille d’une retraite importune, un détective de la vieille école se voit confier une affaire de meurtre qui le hante depuis des décennies. Malheureusement, Jim Sargent dit « Sarge » doit entraîner son fils Michael, adulte rongé par l’anxiété, dans l’aventure, sous peine de perdre à jamais la tête de l’affaire.Ce duo dysfonctionnel pourra-il surmonter ses propres blocages, ses aveuglements et ses non-dits pour la réussite de cette entreprise ?Les deux auteurs primés de I Kill Giants, le scénariste Joe Kelly (Deadpool, Savage Spider-Man) et l’illustrateur J. M. Ken Niimura (Umami, lauréat d’un Eisner Award) sont de retour pour vous faire vibrer avec Immortal Sergeant !

À propos de l'auteur de cet article

Victor Benelbaz

Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.

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