Kent State

Des balles fusent. Des militaires ouvrent le feu sur des étudiants pacifistes. Quatre personnes sont allongées gisant sur le sol. Quatre morts. Derf Backderf raconte ce 4 mai 1970 et les jours qui ont précédé le drame sanglant dans Kent State, un récit poignant et très détaillé. Glaçant !

Le 4 mai 1970. 12h24. Soixante-sept coups de feu. Treize secondes sanglantes. Quatre morts.

Ainsi résumé, cela fait froid dans le dos. Pourtant, c’est « seules » treize secondes vont bouleverser la vie des étudiants de Kent State, une université de l’Ohio.

Derf Backderf a décidé de se pencher sur ce drame ayant traumatisé les États-Unis. Pour cela, l’auteur de Mon ami Dahmer a fait un vrai travail journalistique. Les faits présenté dans cet album sont d’une grande précision. A la manière d’un historien, il a épluché les vidéos, mais également les conclusions des procès qui se sont tenus après, ainsi que les registres de l’armée. Il suffit de regarder les 38 pages d’annexes adossés à l’album pour comprendre le travail de Backderf.

Parce qu’avant tout, ce qui marque en lisant Kent State, ce sont les détails apportés au récit, comme notamment les plans du campus. Chaque personnage intervenant pendant ce sombre événement a sa fiche personnelle. Chacune d’elle montre leurs traits caractéristiques et psychologiques. Pour appuyer ses propos, l’auteur de Trashed a fait de même pour les entités telles les associations estudiantines comme les Weathermen, le ROTC ou l’université.

Kent State, un campus protestataire

Pour comprendre le 4 mai, il faut remonter le fil de l’Histoire. C’est ce que propose Derf Backderf dans Kent State. Son récit s’ouvre sur trois militaires armés de fusils surmontés d’une baïonnette, le 30 avril. Rien de plus glaçant pour nous immerger tout de suite dans l’ambiance.

La Garde nationale américaine est là, postée en face d’étudiants pacifiques. Les violences se multiplient. Les deux côtés sont déjà à cran. Il faut souligner que l’université est en pointe dans les protestations concernant l’intervention militaire des États-Unis au Vietnam.

Situé au sud de Cleveland, ce campus fut fondé en 1910. On dénombre plus de 21.000 étudiants dont la plupart sont issus de familles d’ouvriers de l’Ohio. Le magazine Rolling Stone le décrit d’ailleurs comme étant « la plus grosse université inconnue du pays. »

Kent State, un campus à feu et à sang

Le discours de Richard Nixon, président des États-Unis, le soir du 30 avril n’est pas pour arranger les choses, calmer la colère des étudiants du pays et plus particulièrement ceux de Kent State. Il prévoit de prendre d’assaut tous les quartiers généraux communistes du sud Vietnam et se diriger vers le Cambodge.

Les lecteurs suivent les pas de Jeffrey Glenn Miller – 20 ans – Allison Krause – 19 ans – William Knox Schroeder – 19 ans – et Sandra Lee Scheuer – 20 ans, les quatre victimes, ainsi que des leurs amis quelques jours avant le drame.

Il faut souligner qu’avant le 4 mai, les esprits étaient déjà très chauds des deux côtés. Sur le campus se dresse le ROTC, un lieu de recrutement de l’armée locale, une menace pour les étudiants. Le gouverneur de l’Ohio – James Rhodes – et le maire de la ville – Leroy Satrom – sont à bout et donnent l’ordre d’utiliser la force. Ils décident d’un couvre-feu et font rentrer les étudiants dans les bâtiments le jour d’avant. Sans compter les 2.000 étudiants qui décident de se réunir le lendemain.

De la grande utilité de cet album

Kent State est très bavard, très précis. Il faudra du temps pour parcourir les 288 pages de l’album. Mais il est d’une grande valeur historique et d’une grande utilité pour les Américains, ainsi que pour les Français, car ce fait tragique est méconnu dans notre pays.

Avec son style caractéristique, Derf Backdferf nous entraine dans un tourbillon sanglant. Le trait épais de l’auteur de True Stories fait ressentir toute la tension des événements.

Les procès qui suivirent furent souvent des mascarades comme le montre l’album. Néanmoins, cette tuerie marqua les esprits de tout un pays et plus particulièrement les étudiants américains. Le cliché du photo-journaliste John Filo montrant Mary Ann Vecchio à genoux près du corps de Jeffrey Miller (ci-dessous) fit le tour du monde et devint l’un des symboles du mouvement contre la Guerre du Vietnam.

Kent State - Photo de Jeffrey Miller par John Filo

 

Kent State : 13 secondes pour l’éternité. 13 secondes pour un drame. Bouleversant !

Article posté le lundi 06 avril 2020 par Damien Canteau

Kent State, quatre morts dans l'Ohio de Derf Backderf (çà et là)
  • Kent State, quatre morts dans l’Ohio
  • Auteur : Derf Backderf
  • Éditeur : çà et là
  • Prix : 24 €
  • Parution : 10 septembre 2020
  • ISBN : 9782369902829

Résumé de l’éditeur : Sur fond d’enlisement dans la guerre du Vietnam, les portraits de trois étudiants qui furent tués au cours de la manifestation du 4 mai 1970 contre l’intervention militaire américaine au Cambodge, à l’université d’Etat de Kent, et d’un membre de la Garde nationale de l’Ohio.

À propos de l'auteur de cet article

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Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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