Le dieu vagabond

Eustis, dernier satyre de notre monde moderne, découvre que Pan existe encore. Il décide de le retrouver, bravant les obstacles sur sa route. Fabrizio Dori imagine son épopée dans Le dieu vagabond, une quête initiatique intelligente et belle, la mythologie réinventée !

Eustis, le dernier des satyres

Eustis est un satyre. Transposé dans notre époque actuelle, il est le dernier de sa lignée. Errant comme un vagabond, il médite en pleine nature.

Ancien disciple de Dionysos, il faisait partie de son thiase – cortège – à l’époque Antique. Buveur invétéré et passant son temps à faire la fête, il a perdu tous ses compagnons de beuverie. Depuis, il ne sait plus où il en est. Lorsqu’il est ivre, il raconte des histoires abracadabrantesques. Mieux, les gens des alentours viennent lui demander conseil. Il pourrait prédire l’avenir.

Et Artémis jeta un sort à Eustis…

Dans le lit d’Aline, Eustis raconte ses exploits dionysiaques. Il lui parle de Pan mais aussi du Royaume des morts de Hadès, ainsi que de Anaké, qui préside à la destinée des mortels. Le lendemain, Aline la prostituée est partie. Elle aurait trouvé son chemin. Grâce à Eustis ? Qui sait ?

Plus tard, le satyre croise le chemin d’un fantôme à très grosse tête. Il lui raconte alors comment il s’est perdu dans notre monde. Ayant aperçu une nymphe dans la forêt et mué par sa libido, il tenta de la prendre en chasse. Cette divinité était une suivante d’Artémis. Choquée par l’attitude de Eustis, elle lui jeta un sort. Il ne mourut pas mais devint alors un humain immortel…

Le dieu vagabond : sublime mythologie revisitée

Avec Le dieu vagabond, on tient là un petit bijou de bande dessinée ! Charmé par son précédent album Gauguin l’autre monde, nous sommes impressionnés par cet album de Fabrizio Dori ! Tout plait : l’histoire folle et intelligente mais aussi le dessin. Cette belle alliance nous éblouit.

Cette quête initiatique courant sur 160 pages est sublime. Alors qu’il recherche son lustre d’antan, sa condition passée, Eustis voyage, se questionne et rencontre. S’il est enfermé dans un corps d’humain (sans ses attributs mythologiques), il n’en n’est pas moins immortel. En ce sens, Le dieu vagabond a beaucoup de points communs avec la série manga de Hikaru Nakamura, Les vacances de Jésus et Bouddha (les deux divinités sont projetées sur Terre, de nos jours)

Ainsi, Eustis croise la route de personnages surprenants (le fantôme, Séléné, Hécate, Léandros, Arès, Phobétor, Alala et même Van Gogh). Etres humains et divinités, il tente de les comprendre et de jouer avec eux pour retrouver son ami Pan, qui existerait encore.

Epopée moderne, épopée épique

En choisissant une divinité mineure et non un dieu majeur, Fabrizio Dori peut lui inventer une nouvelle vie. Sa déchéance actuelle tranche avec sa flamboyance passée. Il est pris pour un fou vagabond par les humains, alors qu’il est splendide et intelligent.

Le dieu vagabond multiplie les surprises et les rebondissements, comme pour garder en éveil le lectorat, impressionné par la puissance graphique et une histoire folle.

Cette odyssée moderne repose aussi sur le trio de personnages atypique dont les relations sont d’une grande justesse. Eustis fait la connaissance d’un professeur et d’une ancien guerrier grec qui doit montrer sa valeur pour obtenir la rédemption.

Fabrizio Dori imagine un périple onirique, métaphysique et empli de questions. Cette philosophie moderne emprunte à celles plus anciennes. Et c’est d’une rare intelligence !

Le dieu vagabond : hommage aux anciens

Le dieu vagabond bénéficie de tout le talent graphique de Fabrizio Dori ! C’est magnifique ! Le dessin multiplie les détails, épouse les courbes, joue sur les couleurs et rend hommage aux anciens. L’artiste italien aime l’Art et il veut lui déclamer tout son amour dans cet album.

Ainsi, l’auteur milanais se sert des illustres dessinateurs pour composer ses planches. De Otto Dix à Hokusaï, en passant par Warhol, Windsor McCay ou Van Gogh. La luxuriance de ses jungles ou décors naturels fait aussi penser au Douanier Rousseau.

Le dieu vagabond : c’est beau, c’est intelligent, c’est lyrique et c’est poétique ! Fascinant !

Article posté le jeudi 04 juillet 2019 par Damien Canteau

Le dieu vagabond de Fabrizio Dori (Sarbacane)
  • Le dieu vagabond
  • Auteur : Fabrizio Dori
  • Editeur : Sarbacane
  • Parution : 02 janvier 2019
  • Prix : 25€
  • ISBN : 9782377310463

Résumé de l’éditeur : Dernier de sa lignée divine, Eustis le satyre mène une vie oisive et solitaire dans le monde moderne. Lorsqu’il découvre que d’autres dieux ont survécu, il part à la recherche de son ami Pan, curieux disparu qui semble cristalliser l’attention de tout le nouveau panthéon de l’« Hôtel Olympus ». Mais Eustis n’est qu’une divinité mineure, et peut-être vient-il de mettre le doigt dans un engrenage dangereux…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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