Ma vie en prison

Étudiant, Kim Hong-mo fut emprisonné après des actions contre le gouvernement. Il raconte cette période dans Ma vie en prison, une autobiographie sur le quotidien des prisonniers en Corée du Sud. Un manwha fort et politique. Passionnant !

Kim, leader de la protestation étudiante

Délégué des étudiants de la faculté des beaux-arts de l’université Hongik, puis vice-président du syndicat étudiant, Kim Hong-mo fut un des leaders de la protestation estudiantine dans les années 1990.

Pendant son cursus, il s’est rapproché des meneurs syndicalistes. Auprès d’eux, il apprit la vérité sur le soulèvement du Gwanju le 18 mai 1980. Alors que la version officielle faisait état de massacres par les Coréens du Nord, ce ne fut pas le cas. Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo, militaires, furent les responsables. Ces deux hommes politiques gouvernèrent par la suite la Corée du Sud. A la fin du mandat de ce dernier, en juin 1992, 100 000 étudiants se sont réunis à l’université de Hanyang et créèrent le CNRU (Conseil national des représentants universitaires).

Une vie en prison

En 1996, Kim est recherché mais il est bien aidé par ses camarades de lutte. Des avis de recherche avec une récompense en argent sont placardés. Après un cache-cache avec la police lors de ses manifestations, Kim est arrêté, comme de nombreux autres contestataires. 5000 sont incarcérés. Il est jugé et envoyé à la prison de Yeongdeungpo.

Lors de la première nuit, il partage la cellule de vieux papys, très chaleureux. Puis dans un second temps, il est transféré dans une autre, plus petite que la première. Là, il fait la connaissance de gros durs; les multirécidivistes. Il n’en mène pas large.

Il y a là Sang-hyeon le chef de la cellule qui lit et étudie tout le temps, Chun-kil ayant agressé un chauffeur de taxi, Chunsam le gangster, Yong-sik le gamin un peu simplet ou encore Jan Sopal, un criminel rangé des affaires.

Luttes communes

Petit à petit, Kim arrive à parler avec ses nouveaux camarades de cellule. Finalement, ils semblent être plutôt sympathiques.

Rapidement, ses envies de combats reviennent à la surface. Le jeune homme entre en contact avec d’autres étudiants incarcérés, avec les femmes de l’autre côté du grand mur et commence à revendiquer, à crier et à chanter. L’écho se propage dans les autres cellules. Ses camarades d’infortune commencent alors à le soutenir et mettent leurs réseaux en branle. Les luttes deviennent quotidiennes et les mots sont durs vis-à-vis du gouvernement…

Ma vie en prison, le récit d’un cri pour la démocratie

Pour Kim Hong-mo, combattre l’injustice est un devoir, une lutte de tous les instants. Ma vie en prison est un excellent récit autobiographique, entre humiliations, répressions mais toujours empli de lueurs d’espoir. Tout n’est pas noir dans cette histoire. Mieux, des scènes nous font même sourire, notamment grâce à ses compagnons de cellule, souvent drôles.

Le manhwaga (mangaka coréen) construit son récit avec des flash-backs notamment pour nous dévoiler comment il s’est retrouvé incarcéré. Il alterne donc entre sa vie dans la cellule et son passé d’étudiant en lutte. Si les premiers temps sont délicats – il doit apprivoiser ses camarades d’infortune – ses convictions ne se sont pas éteintes – mieux elles se sont renforcées – et la lutte est présente dans sa prison. Le combat contre les répressions et contre le gouvernement se déploient par delà les murs de la cellule 6.

Grand témoignage sur l’histoire de la corée du sud

A l’image de Mémoires d’un frêne de Choi Yong-tak, de Intraitable de Choi Kuy-sok ou Le parfum des hommes de Kim Su-bak, Ma vie en prison est un titre fort. Ces manwhagas n’hésitent pas utiliser le médium bande dessinée pour faire témoigner des personnes sur des actes délictueux s’étant déroulés en Corée du Sud. Ce pays est encore une toute jeune démocratie et reste encore fragile, vacillant à cause des scandales qui la secouent, notamment avec Samsung ou sur son passé pendant la Guerre de Corée.

Se mettant en scène, Kim Hong-mo réalise un album quasi documentaire sur les prisons dans son pays. Les cellules sont petites (la sienne fait 16 m² pour 9 détenus) et la servilité au chef de tous les instants (notamment au directeur), la vie très ordonnée et régit (par un système pyramidal).

Restent les camarades de cellule du mangaka. Ce sont des personnages haut en couleur, très codifiés, ayant chacun son rôle dans l’espace réduit de la prison. S’ils sont parfois de grands délinquants, il n’en demeurent pas moins très touchants.

Edité par Kana, Ma vie en prison est un témoignage fort du quotidien de personnes incarcérées dans un prison de Corée du Sud, mais surtout les luttes pour la dignité, contre toutes les formes d’injustice. Passionnant !

Article posté le jeudi 11 juin 2020 par Damien Canteau

Ma vie en prison de Kim Hong-mo (Kana)
  • Ma vie en prison
  • Auteur : Kim Hong-mo
  • Éditeur : Kana, collection Made In
  • Prix : 18 €
  • Parution : 03 juin 2020
  • ISBN : 9782505076278

Résumé de l’éditeur : Corée du Sud, mai 1980. En pleine période d’instabilité politique, des manifestations d’étudiants et de syndicats réclament la fin de la corruption et la révélation des malversations de l’état. Le gouvernement militaire sud-coréen leur oppose une répression violente. A Gwangju, 6e plus grande ville de Corée du Sud, l’armée avec le soutien de la loi martiale perpètre un véritable massacre : 163 morts, 166 disparus et plus de 3 000 blessés. 17 ans plus tard, révolté quand il se rend compte de la gravité de ces faits et de l’impunité de leurs responsables, Yongmin, jeune dessinateur et étudiant à l’université de Hongik, délaisse ses études pour rejoindre les mouvements étudiants de protestation, réclamant justice. Lors d’une manifestation, il est arrêté par la police et incarcéré. Il rejoint alors une cellule où il va devoir se familiariser avec les gangsters, meurtriers et autres détenus de droit commun !!

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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