Néo Faust

Ultime œuvre de Osamu Tezuka, Néo Faust est une adaptation très libre du conte populaire allemand mis en lumière par Goethe. Pour cela, le maître du manga transpose le récit dans les années 70 au Japon. A lire pour le plaisir !

RÉVOLTES ÉTUDIANTES

Université No Good, Japon 1970. Les étudiants sont en grève depuis plusieurs jours et exigent que les responsables du campus viennent leur parler et s’expliquent sur l’argent qui aurait disparu des caisses. Ils sont aussi en révolte contre la présence des américains sur leur territoire. Si tous les professeurs sont apeurés, Ichonoseki ne semble pas du tout concerné.

Vieux professeur de science qui travaille seul dans son laboratoire depuis 50 ans, il semble dépité par les événements, par son sort et amer concernant ses recherches sur l’univers qui n’ont pas abouties. Il n’a qu’une seule chose en tête, en finir avec la vie. D’ailleurs, il avait gardé une fiole dans le cas où il s’apercevrait qu’il était atteint des premiers signes de sénilité. Mais son entreprise de suicide est arrêtée par une charge des CRS.

RENCONTRE AVEC LE DIABLE

Après l’assaut, une élégante jeune femme tente de se cacher dans le laboratoire du professeur Ichinoseki. Il découvre rapidement que c’est le Diable incarné ! Sous les traits de cette femme, elle se nomme Méphistophélès. Elle lui propose de l’aide par un contrat mais il décline dans un premier temps.

Elle revient alors sous une autre forme et lui prédit sa mort dans les cinq prochaines minutes. Elle lui propose de nouveau un contrat. Après la signature avec son sang, il retrouvera ses 20 ans et Méphisto sera alors son guide dans le monde des jouissances. Sa mission sera achevée lorsqu’il s’estimera satisfait et déclarera : « Instant, arrête-toi, tu es si beau ».

Ichinoseki se retrouve alors chez une vieille mégère – sorte de sorcière – qui lui fait boire des élixirs et se réveille alors dans un très beau corps de jeune homme…

NEO FAUST : ŒUVRE INACHEVÉE DE OSAMU TEZUKA

Trois ans après la publication de La grande pagaille du diletta (sur les médias et la transmission), les éditions FLBLB poursuivent leur travail de patrimoine autour de l’œuvre de Osamu Tezuka avec Néo Faust (elles avaient publié auparavant Debout l’Humanité !, Alabaster et L’homme qui aimait les fesses).

Dans la postface, Seiji Mori – archiviste des productions Tezuka – explique que ce manga fut publié dans l’hebdomadaire Asahi Journal du 1er janvier au 16 décembre 1988 sous la forme de 40 épisodes. Interrompu par deux fois, à cause de la santé défaillante du mangaka, il continuera de travailler dessus jusqu’au 9 février 1989, jour de sa mort. L’histoire reste donc inachevée comme le montre les 7 dernières planches livrées sous forme de croquis. Parallèlement, il usait ses crayons sur Gringo et Ludwig B. (non publiés en France).

La version FLBLB est la troisième tentative de Tezuka. En effet, il avait essayé un première fois en 1950 puis en 1971 en transposant le récit dans le Japon médiéval.  Au départ, cette histoire devait être un long métrage animé prévu en 1984 mais les financements étant délicats à réunir, il décida de privilégier le manga.

TEMPS QUI PASSE, VIEILLESSE, MALADIE ET CAPITALISME

Dans cette ultime œuvre, Osamu Tezuka met en lumière des thématiques fortes qui lui sont chères. Il faut souligner que le maître mangaka avait proposé des ouvrages plus sombres et moins enfantins dans les dernières années de sa vie (Ayako ou L’histoire des trois Adolf).

Ainsi, il transpose le récit de Goethe dans les années 70 et plus particulièrement lors des manifestations étudiantes dirigées par l’extrême gauche radicale (relire les chroniques des mangas Mishima boys et Unlucky young men sur ce sujet) qui refusait de se soumettre au diktat des Américains sur leur territoire depuis la Seconde Guerre Mondiale mais aussi le rejet de la Guerre du Vietnam.

Sujet maintes fois abordés dans la bande dessinée – notamment dans Le sculpteur de Scott McCloud Faust est aussi un fantastique récit sur le temps qui passe et l’envie des protagonistes de s’en jouer. Ici, Ichinoseki souhaite vivre une nouvelle jeunesse qu’il n’a jamais connu, lui qui a consacré ses belles années à la science. A l’aide d’un élixir de jouvence, il réapparait sous une forme plus attrayante, ce qui lui permet de jouir de tout et surtout des femmes; en écho à son un autre manga de Tezuka L’homme qui aimait les fesses (FLBLB).

L’auteur de Mako, Rumi et Chii fait aussi un parallèle entre sa propre condition physique – son cancer de l’estomac – et l’un des personnages Daizo Sakane (Il prendra sous son aile le nouveau Ichinoseki et le renommera Daiichi). Ainsi, comme pour lui, le lecteur découvrira un homme qui se meurt ainsi que sa déchéance physique (Saizo qui était bien portant avant sa maladie).

De plus, Tezuka pose des questions sur la science et les méfaits sur l’Homme par le professeur mais aussi par son envie de recréer Adam et Eve. Enfin, il fustige le capitalisme à outrance par le personnage de Daizo Sakane, un homme qui veut gagner toujours plus d’argent (il construira des autoroutes juste avant les JO de Tokyo en 1964). Il sera en cheville avec des hommes politiques qu’il corrompt jusqu’à l’os.

Néo Faust : le dernier manga de Osamu Tezuka à lire absolument ! Un chef-d’œuvre inachevé dense et passionnant, se terminant sur une ultime case vide : poignant !

Article posté le mardi 27 septembre 2016 par Damien Canteau

Sublime dernière oeuvre de Osamu Tezuka, Néo Faust (Flblb) décryptée par Comixtrip le site BD de référence
  • Néo Faust
  • Auteur : Osamu Tezuka
  • Editeur : Flblb
  • Prix : 20€
  • Parution : 18 août 2016

Résumé de l’éditeur : 1970. Au plus fort des manifestations étudiantes qui secouent le Japon, et tandis qu’un jeune chercheur du nom de Daiichi complote pour lui succéder, le professeur Ichinoseki constate avec amertume qu’au bout d’une vie de recherches, il n’est pas parvenu à percer les secrets de l’univers. Alors qu’il se résout au suicide, une sorcière nommée Méphisto lui fait signer un contrat qui stipule qu’en échange de son âme, il a droit à une nouvelle vie. La sorcière le ramène alors en 1958 et lui fait prendre un élixir qui lui rend sa jeunesse, mais efface sa mémoire. Un grand patron corrompu le prend sous son aile et le renomme Daiichi. Seul héritier d’une immense fortune, le nouveau Faust va pouvoir mettre en oeuvre son ambition délirante : recréer Adam et Eve.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir