Pulp

New-York, les années 30. Un vieil homme du nom de Max Winter tente de gagner sa vie en écrivant des scénarios de bande dessinée de cowboys. Au fond de lui, et alors que le monde change, il sait que l’homme qu’il était vit toujours. C’est cette histoire qu’Ed Brubaker et Sean Phillips racontent dans Pulp, paru chez Delcourt.

PULP : I’M A POOR LONESOME COWBOY…

À une époque que tous considèrent comme éloignée, il était craint et respecté. Dans l’immensité des plaines du Far West, il s’était créé une vie et même une histoire.

Désormais, dans les années 30, il est enfermé entre les buildings dans une ville qu’il ne comprend plus. Au milieu du troupeau, il est Max Winter, un scénariste de magazines Pulp spécialisé dans les Westerns.

Les histoires qu’il raconte, lui seul sait qu’il les a vécues. Mais peu importe, tant que ça permet de rapporter un peu d’argent. Et même si ça impose de se taire devant un éditeur ignare.

« C’est du bon boulot Max, faut juste changer cette fin. Couper tout ce tralala sur le Mexique… Nos lecteurs s’en balancent du Mexique. »

Dans un autre temps, un affront de ce type se serait réglé avec un colt. Mais avec le poids des années, Max Winter se contente désormais d’encaisser et de ruminer.

Pourtant, dans les années 30, même à New-York, l’humanité s’apprête à plonger dans ses heures les plus sombres.

Max aura-t-il la force de s’y opposer ? Souhaitera-t-il seulement le faire ?

PULP : FICTION ?

On ne présente plus Ed Brubaker

Son talent lui a valu de nombreux prix Eisner. Et avec Pulp, il montre une nouvelle fois son incroyable capacité à emporter son lecteur dans une aventure mêlant action et vision désabusée du monde.

En seulement 65 pages, il nous fait voyager entre deux eaux, entre deux époques, entre deux visons de la justice…

Et finalement, deux facettes à priori dissonantes trouvent une cohérence parfaite.

Qu’il ait les traits de Red, le hors-la-loi des hautes plaines, ou bien de Max Winter, le vieillissant scénariste de magazines Pulp, c’est bien la même personne qui a traversé l’histoire. Et finalement, c’est son chant du cygne qui résonnera dans ce monde qui ne lui convient plus.

PHILLIPS DE PÈRE…

Comme toujours lorsqu’on trouve Ed Brubaker au scénario, la partie graphique revient au talentueux Sean Phillips.

Dès le premier coup d’œil sur la bande dessinée, on est subjugué par la couverture. La composition parfaite permet d’admirer le visage d’un cowboy surplombant le même homme sur un cheval cabré. Le style rappelle le très regretté Jean Giraud et son légendaire personnage Blueberry.

Et puis, on découvre la première page.

Par un trait vif et précis, Sean Phillips parvient à dépeindre à la perfection les situations les plus diverses. Entre ombre et lumière tamisée, le New-York des années 30 prend vie au moment même où l’Europe s’apprêtait à connaître la peste brune.

Et dans ce registre, le dessinateur excelle. Il retranscrit à tour de rôle les étendues sauvages, les rues étouffées par les gratte-ciels et les réunions où on arbore avec de moins en moins de scrupules des croix gammées.

Ainsi, les plans se succèdent avec une efficacité et une fluidité remarquables, tant et si bien qu’au bout d’un moment, on a l’impression de regarder un film noir.

…EN FILS.

Le fait est que l’ambiance sombre est parfaitement rendue par la colorisation de Jacob Phillips, le digne fils de son père. Il parvient en effet à reproduire des effets de lumière absolument saisissants. Et au milieu de la pénombre, parfois, il laisse apparaître une tâche rouge, comme le nom du héros, comme le sang qui coule, comme le drapeau nazi…

 

Avec Pulp, le duo Ed Brubaker, Sean Phillips (Kill or Be Killed, Fondu au noir) aborde des thématiques qui lui réussissent à merveille. Western anachronique, cette œuvre reste dans les esprits, longtemps après avoir refermé la dernière page.

Article posté le dimanche 06 juin 2021 par Victor Benelbaz

Pulp d'Ed Brubaker et Sean Phillips (Delcourt)
  • Pulp
  • Scénariste : Ed Brubaker
  • Dessinateur : Sean Phillips
  • Coloriste : Jacob Phillips
  • Traducteur : Romain Galand
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Prix : 12 €
  • Parution : 12 mai 2021
  • ISBN : 9782413039518

Résumé de l’éditeur : PULP est un thriller, une réflexion sur une vie de violence et un hommage appuyé aux Pulps, délivrée par la dream team constituée de Ed Brubaker et Sean Phillips.

Max Winters, un écrivain de Pulps dans les années 1930 à New York, est entraîné dans une histoire qui rappelle celles qu’il écrit pour cinq cents le mot – des histoires mettant en scène un hors-la-loi du Far West qui rend justice à coups de revolver. Max sera-t-il aussi efficace que ses héros face à des braqueurs de banque, des espions nazis et des ennemis issus de son passé?

À propos de l'auteur de cet article

Victor Benelbaz

Victor Benelbaz

Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.

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