Rêves sur le toit du monde

Rêves sur le toit du monde raconte le pari complétement insensé de Michael Magnus Nybrandt pour créer la première équipe nationale de football du Tibet qui affronta celle du Groënland en juin 2001. Entre pressions politiques et footballistiques, ce doux rêveur relate cette passionnante histoire dans un album publié par Des ronds dans l’o et mise en image par Thomas Engelbrecht Mikkelsen.

Tour du Tibet à vélo

Eté 1997. Michael et son ami Thomas décident de se rendre au Tibet, sur le toit du monde, pour en faire le tour à vélo. Après les vérifications musclées de leur matériel par la police des airs à l’aéroport, ils retrouvent Jamphel leur guide.

Arrivés à Lhassa, ils observent émerveillés le Potala, le palais qui fut la résidence des Dalaï-lama depuis le XVIIe siècle, abandonné par Tenzin Gyatso l’actuel chef spirituel en exil depuis 1959. La présence chinoise est de tous les instants au Tibet.

« Nous sommes minoritaires dans notre propre pays. La langue et la culture chinoise dominent dans tous les domaines. La culture tibétaine est en voie d’extinction. L’invasion chinoise et cette politique de destruction n’est pas seulement une tragédie pour le Tibet, mais pour l’Humanité entière »

En tandem, ils parcourt les routes, rencontrant au passage des habitants étonnés par leur équipement qui les accueillent chaleureusement par un thé ou de la tsampa (farine d’orge grillée).

Une passion : le football

Au trente-cinquième jour de leur périple, Thomas et Michael se rendent dans un monastère. Après une nuit à la belle étoile, ils sont réveillés par un jeune moine qui les invite à jouer au football. Les souvenirs de parties à Dharamsala reviennent en mémoire du chef du monastère. Le foot est une vraie passion dans ce pays.

La nuit suivante, Michael fait un étrange rêve : il est le coach de l’équipe nationale du Tibet ! Il va mettre tout en œuvre pour le réaliser, notamment pendant son Kaospilot (programme d’études alternatives de 3 années au Danemark). Il pousse les portes mais tout n’est pas simple…

Rêves sur le toit du monde : histoire, géopolitique, humanisme

Rêves sur le toit du monde a tous les ingrédients pour plaire au plus grand nombre. Cette très belle autobiographie parle d’histoire, de sport, de géopolitique, de spiritualité et d’humanisme.

Michael Magnus Nybrandt se met en scène dans cet album avec du recul, parfois de l’autodérision. Bienveillant, profondément humain et chaleureux, il tente un pari fou, celui de faire disputer pour la première fois un match de football à l’équipe nationale du Tibet. Il va s’en dire que tout ne sera pas simple : le gouvernement chinois menace, tempête et met la pression sur le jeune homme, ajouter à cela une FIFA (fédération internationale de football) qui joue les timides en se réfugiant derrière une neutralité de façade ( il n’y a pas plus politique qu’une instance sportive comme le Comité International Olympique, voir l’excellent ouvrage JO politiques de Pascal Boniface) pour ne pas incommoder le puissant Empire du milieu.

Comme le Tibet n’est reconnu ni par l’ONU ni par la FIFA, aucun pays ne veut (ne peut ?) jouer contre lui au football. Quand la géopolitique met des bâtons dans les roues d’un projet pas si anodin cela donne une saveur particulière à Rêves sur le toit du monde.

Pour dénoncer les actes souvent ignobles de la Chine, le scénariste les fait incarner par Jamphel qui n’hésite pas à raconter, à pleurer sur le sort de ses compatriotes et de révéler au monde que la culture tibétaine se meurt. Parce que oui l’album est aussi là pour dévoiler la triste réalité d’un pays envahit par un autre.

De l’ombre nait la lumière

Comme le montre les clichés photographiques à la fin de l’album, Rêves sur le toit du monde se termine bien ! Grâce à l’abnégation et la volonté farouche de Michael Magnus Nybrandt, le match se déroulera en juin 2001 contre le Groënland, un pays lui aussi rattaché à un autre, un pays froid et rugueux, des points communs avec le Tibet. Il faut ajouter à cela, une grande marque de vêtements de sport qui décide de soutenir le projet et l’on assiste – avec beaucoup d’émotion – à ce jour unique et historique.

Parce que le sport doit avant tout rester un moment de joie, de partage, d’amusement et de liberté, Rêves sur le toit du monde touche le lecteur par ces vecteurs forts, telle notre devise : liberté, égalité, fraternité qui aurait pu convenir à ce moment quasi magique. Les mots du Dalaï-lama en préface ajoute de la grandeur à cet album, comme un écho à son pays qui se rêve indépendant.

Pour mettre cette histoire en image, c’est Thomas Engelbrecht Mikkelsen qui déploie tout son talent. Né en 1987, il est illustrateur et professeur d’art. Le dessin du Copenhaguois est très vivant et moderne. Le format à l’italienne de l’album lui permet de jouer avec les cadrages sur ses personnages mais aussi sur les très beaux décors du Tibet.

Article posté le jeudi 07 juin 2018 par Damien Canteau

Rêves sur le toit du monde de Michael M. Nybrandt et Thomas E. Mikkelsen (Des ronds dans l'o) décrypté par Comixtrip
  • Rêves sur le toit du monde
  • Scénariste : Michael Magnus Nybrandt
  • Dessinateur : Thomas Engelbrecht Mikkelsen
  • Editeur : Des ronds dans l’o
  • Parution : 13 juin 2018
  • Prix : 25€
  • ISBN : 9782374180540

Résumé de l’éditeur : Il y a vingt ans, un jeune Danois parcourait le Tibet à vélo, quand il fut surpris par un orage qui l’obligea à trouver refuge dans un monastère. Là, il découvrit la passion hors norme du peuple tibétain pour le football. Au cours de ce même périple, il prit conscience de la cruauté avec laquelle les autorités chinoises traitaient les Tibétains. C’est alors que lui vint l’idée de créer une équipe nationale tibétaine de football afin d’attirer l’attention sur le sort tragique du peuple tibétain et de faire connaître sa culture unique au reste du monde – tout en laissant de côté les tensions géopolitiques. Ce livre nous raconte comment l’équipe de football du Tibet a vu le jour. Mais aussi, et surtout, comment un rêve peut devenir réalité à force de persévérance et de détermination. Avec une préface de Sa Sainteté le Dalaï Lama.

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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