Skateboard Chronicles

Placés en famille d’accueil, Nell et Mia fuient et se réfugient dans un parc d’attractions abandonné. Jérôme Hamon et Mattéo Simonacci racontent leur parcours dans Skateboard Chronicles, un récit doux-amer autour de l’adolescence et de l’enfance. Tendre et dur à la fois !

De fréquents oublis

Encore une fois, Julia, la mère de Nell, n’est pas venue à la réunion parents-professeurs du lycée. Pire, elle n’est pas venue chercher sa petite fille Mia à l’école.

En grand frère protecteur, Nell doit alors se rendre au commissariat pour la récupérer. Là, comme à son habitude, c’est Franck qui s’en est occupé. Le policier les ramène alors chez eux.

Nell et Mia sont placés

Accro au crack, Julia ne s’était pas réveillée pour aller chercher Mia. Les deux enfants sortent alors jouer dans la vieille voiture dans le jardin. Franck annonce à la jeune femme que le procureur a ouvert une enquête contre elle. En attendant, Mia et Nell vont être placés.

Si la famille d’accueil semble bienveillante dans un premier temps, le couple durcit les règles car les deux enfants sont trop libres dans leurs comportement. Contraints par ce tour de vis, Nell décide d’aller squatter dans l’ancien parc d’attractions abandonné. C’est le début d’une vie de bohème pas toujours rose, entre manque de nourriture, froid et jeu du chat et de la souris avec les autorités…

De l’amour, de l’amour, de l’amour

Ce que l’on apprécie au plus haut point chez Jérôme Hamon, c’est sa capacité à parler avec une très grande justesse de l’enfance et de l’adolescence. Loin de l’univers de la danse (Emma et Capucine) et de l’anticipation (Green Class), il imagine une famille qui éclate après les difficultés de la vie dans Skateboard Chronicles.

Si l’on pourrait croire qu’elle est dysfonctionnelle par l’attitude de Julia, elle ne l’est pas tant que cela. On ressent un immense amour entre Nell, Mia et Julia. Si elle se drogue et n’est plus en mesure de les élever, à aucun moment leurs sentiments ne sont altérés. C’est de l’amour, parfois maladroit, mais c’est de l’amour.

De l’âpreté de l’enfance

Dans Skateboard Chronicles, les lecteurs sont attendris et sont dans l’empathie pour ses deux gosses. S’ils se sont toujours élevés seuls, ils n’en sont pas malheureux pour autant. Cette liberté, Mia et Nell l’aiment par dessus tout. Cette mère parfois absente ne les a pas empêché de grandir et de s’épanouir.

Nell semble être un élève sérieux. Même s’il a grandi plus vite que la moyenne, il a la tête sur les épaules. Il est aussi ébranlé par cette jeune lycéenne qui lui apprend à faire du skate. Les premiers émois et les idylles naissantes, c’est aussi l’un des thèmes favoris de Jérôme Hamon.

Quant à Mia, elle est insouciante et pleine de vie. Dans sa bulle – comme dans un rêve – elle s’amuse souvent seule. Proche des animaux et des insectes, elle est végane. Elle représente ce côté poétique de Skatebaord Chronicles.

De la bienveillance en bande dessinée

S’il ne ménage jamais ses personnages (les sacrifices pour être danseuse de haut niveau dans Emma et Capucine, un virus dans Green Class), Jérôme Hamon a une infinie tendresse pour eux. Les faisant fuir le monde d’adulte qui ne comprennent pas, ils les fait s’émanciper et grandir par des obstacles que même un adulte aurait du mal à franchir. Parce que oui, ses personnages sont forts et s’élèvent avec abnégation contre les montagnes dressées sur leurs parcours. Ils sont braves et vaillants.

Nell et Mia connaissent la déchirure du placement en famille d’accueil, l’abandon d’une mère et le refuge dans un monde loin du confort mais ils sont épaulés par des êtres bienveillants. En premier lieu, il y a Franck, le vieux policier bientôt à la retraite. Toujours prêt à couvrir les méfaits de Julia, il a pris sous ses ailes cette famille particulière. Lui aussi les aime à sa manière. Il y a aussi les camarades du jeune adolescent qui viennent apporter nourriture et réconfort dans leur fuite.

Skatebaord Chronicles, un très beau dessin moderne et vivant

Comme à son habitude, Jérôme Hamon sait s’entourer de jeunes talents pour la partie graphique. Pour Skateboard Chronicles, il a choisi de faire équipe avec Matteo Simonacci. Né à Rome en 1982, il suit des cours à l’École Internationale de Comics. Il débute sa carrière avec une histoire publiée dans Heavy Metal, le magazine américain, petit frère de Métal Hurlant. Son premier album est signé aux Humanoïdes Associés : Delta, avec Roberto Ricci et Jean-Louis Fonteneau. Avec ce dernier, il dessine deux tomes de Furya chez Glénat.

Pour cette belle chronique sociale, il réalise des planches en noir et blanc, agrémentées de gris, de très belle facture. Un peu dans la même veine que sa camarade italienne Flavia Biondi (Les générations), il développe un trait moderne et très vivant.

Les lecteurs apprécieront aussi le magnifique clin d’oeil à la merveilleuse série Sunny de Taiyou Matsumoto. Dans le jardin de Nell et Mia trône une vieille voiture délabrée où ils peuvent jouer, à l’image de la Nissan jaune dans le manga. Le maître mangaka avait été placé dans un orphelinat comme il le montre dans son autobiographie, les deux enfants de Skateboard Chronicles le sont aussi dans une famille d’accueil.

Skatebaord Chronicles : une très jolie bande dessinée sur l’enfance, son âpreté, la vulnérabilité de l’adolescence, les dysfonctionnement d’une famille pas comme les autres et de la bienveillance. Une belle surprise !

Article posté le dimanche 05 juillet 2020 par Damien Canteau

Skateboard Chronicles de Jérome Hamon et Matteo Simonacci (Marabulles / Marabout)
  • Skateboard Chronicles
  • Scénariste : Jérôme Hamon
  • Dessinateur : Matteo Simonacci
  • Editeur : Marabulles
  • Parution : 18 mars 2020
  • Prix : 16.90€
  • ISBN : 9782501122320

Résumé de l’éditeur : Neil, adolescent ordinaire négligé par sa mère, est obligé d’assumer de lourdes responsabilités quand celle-ci part en cure de désintoxication. La cohabitation avec sa famille d’accueil se passe mal alors le garçon s’enfuit et, avec sa petite soeur Mia, il élit domicile dans un parc d’attraction abandonné.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir